La naissance d’Annecy : de la colline d’Annecy-le-Vieux au château du Thiou

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLe château et sa tour de la Reine · le Palais de l’Isle sur le Thiou · le clocher roman d’Annecy-le-Vieux
À faireMonter au château à pied · visiter le Musée-Château · flâner le long du Thiou
À manger, à boirePlanches et verre de vin à la Guinguette du Château, sur la rampe
L’histoire en une phraseUne ville qui quitte sa colline pour se serrer au pied d’un château, au bord du Thiou
L’expérienceLire la vieille ville comme un plan de défense et de moulins
Pour quiCurieux d’histoire, couples en balade, familles en jeu de piste

Annecy n’est pas née au bord du lac. Ni d’un coup.

Après la ville romaine de la plaine, il y a eu une colline, un grand domaine agricole, puis un château posé sur un rocher au-dessus d’une rivière. C’est au pied de ce château, le long du Thiou, que la ville qu’on visite aujourd’hui a vraiment commencé.

Pendant un temps, il y a même eu deux Annecy : la vieille et la neuve. Voici comment on est passé de l’une à l’autre, et où en voir les traces en une demi-journée.

Après Boutae, une ville sur la colline

L’histoire commence par un départ. Boutae, la ville romaine de la plaine des Fins, est détruite au IIIe siècle, relevée, puis abandonnée peu à peu après les invasions du début du Ve siècle. La plaine est ouverte, difficile à défendre.

Les habitants montent alors sur le coteau voisin, au pied du mont Veyrier, là où se trouve aujourd’hui Annecy-le-Vieux. Une grande villa agricole d’époque romaine y occupe déjà les pentes ensoleillées, au-dessus de la plaine et du lac. Elle accueille de nouveaux habitants et devient le centre de la vie locale.

Au IXe siècle, ce domaine appartient au roi. Le Dictionnaire historique de la Suisse le signale en 879 comme une villa royale, sous le nom d’Anericiacum. C’est le premier Annecy : un domaine sur une colline, pas encore une ville au bord de l’eau.

D’où vient le nom d’Annecy

Le nom vient de ce domaine. Le suffixe gaulois -acum signifie « la propriété de ». Reste à savoir de qui.

  • L’hypothèse la plus racontée, reprise par la Ville d’Annecy : un propriétaire gallo-romain, Annicius, dont la villa Aniciaca aurait donné son nom au lieu.
  • Une autre lecture, proposée par des linguistes : un nom de personne germanique, Anerik, latinisé.

Dans les deux cas, Annecy porte le nom d’un domaine et de son maître, pas d’un dieu ni d’un héros. Les érudits d’autrefois avaient imaginé une déesse Isis, une « île » grecque ou un général romain fondateur : de belles histoires, sans aucune preuve.

Au Moyen Âge, les copistes écrivent le nom de mille façons. Le cartulaire de l’abbaye de Talloires, rédigé vers 1200, donne entre autres Anassiaci novi et Annessiacum. Ce novi, « neuf », annonce la suite.

Le château et le Thiou : pourquoi la ville est descendue

Au XIe siècle, une tour de défense s’élève sur le dernier rocher du Semnoz, juste au-dessus de l’endroit où le lac se vide dans le Thiou. L’emplacement est parfait. D’un côté, le lac. De l’autre, la plaine et les routes vers Genève. Entre les deux, un passage étroit qu’il suffit de tenir.

Le Thiou fait le reste. Cette courte rivière qui sort du lac a du courant toute l’année : de quoi faire tourner des moulins et des ateliers. La sécurité du château en haut, la force de l’eau en bas : la population quitte peu à peu la colline et vient s’installer entre les deux.

Un texte de 1107 confirme la naissance de ce nouveau bourg sur les rives du Thiou. Il cite déjà une église Saint-Maurice, sous le château. Au XIIe siècle, une maison forte est bâtie sur une île de la rivière, là où l’on contrôle le passage de l’eau : c’est l’actuel Palais de l’Isle, daté de 1132 par plusieurs sources.

Et sans ce château ? La colline d’Annecy-le-Vieux serait sans doute restée le centre. Les bords du Thiou n’auraient porté que des moulins isolés, et la vieille ville aux canaux que l’on photographie aujourd’hui n’aurait jamais existé.

Deux Annecy pour un seul nom

Le nouveau bourg prend le nom d’Annecy-le-Neuf. Le domaine de la colline devient, logiquement, Annecy-le-Vieux. La « vieille » perd vite son rang : elle garde des manoirs et des relais de chasse des familles nobles et bourgeoises de la ville d’en bas.

Les deux noms ont traversé les siècles. Annecy-le-Vieux est restée une commune à part jusqu’au 1er janvier 2017, date de sa fusion dans la commune nouvelle d’Annecy.

Les comtes de Genève font d’Annecy une capitale

À la fin du XIIe siècle, les comtes de Genève, pressés par les évêques de Genève, quittent cette ville et s’installent à Annecy : d’abord au manoir de Novel, au fond de la plaine des Fins, puis au château, qu’ils agrandissent au XIIIe siècle. En 1219, un texte montre le château devenu leur résidence principale. Annecy est désormais la capitale du comté de Genevois.

On vous raconte cette famille dans notre article sur les comtes de Genève. Ce qu’elle change pour la ville tient en quelques jalons.

  • Une enceinte. Dès le XIIIe siècle, la ville est entourée de remparts, avec quatre portes principales : Perrière, du Sépulcre, de Boutz et du Pâquier.
  • Une monnaie. En 1355, le comte Amédée III reçoit de l’empereur le droit de frapper monnaie d’or et d’argent. L’atelier s’installe au Palais de l’Isle, jusque-là prison des comtes.
  • Des droits pour les habitants. Le 19 novembre 1367, les franchises d’Annecy sont confirmées : les règles qui protègent les bourgeois et fixent les limites de la ville. C’est le plus ancien texte connu sur ces franchises.
  • Un pape né au château. Robert de Genève, fils d’Amédée III, y voit le jour. Élu pape en 1378 sous le nom de Clément VII, il devient le pape d’Avignon du Grand Schisme. En 1394, il fait de l’église Notre-Dame-de-Liesse une collégiale, nécropole des comtes.

1401 : Annecy devient savoyarde

La lignée des comtes de Genève s’éteint avec Robert. Son héritier, Odon de Villars, vend le comté en 1401 au comte de Savoie Amédée VIII, pour 45 000 florins d’or. Annecy entre dans les États de Savoie, et Amédée VIII vient s’installer au château à partir de 1405.

La ville n’en a pas fini avec les épreuves. Le 3 février 1412, un incendie la détruit, château compris ; Amédée VIII aide à la reconstruire. En 1422, le cardinal de Brogny fait bâtir la grande église Saint-Dominique, qui deviendra l’église Saint-Maurice. Le 13 mai 1448, un second incendie ravage de nouveau la ville.

Ce que peu de visiteurs savent : l’église Saint-Maurice de la vieille ville a d’abord porté le nom de Saint-Dominique. Celle que citait le texte de 1107, au pied du château, était une autre église, plus ancienne.

Ce qu’on voit encore aujourd’hui

La naissance d’Annecy ne se lit pas dans un seul monument. Elle se lit dans un trajet : de la rivière au château, puis jusqu’à la colline.

Le château et la tour de la Reine

Le château d’Annecy est le point de départ de toute l’histoire. Sa tour de la Reine, un donjon carré d’environ 38 mètres de haut, a des murs de près de 4 mètres d’épaisseur ; sa base date de la seconde moitié du XIIIe siècle. Le château est un assemblage de bâtiments d’époques différentes, du logis médiéval des comtes au logis Nemours de la Renaissance.

Détail à chercher : un puits d’environ 40 mètres de profondeur, déjà mentionné en 1428, qui garantissait l’eau en cas de siège.

Le château appartient à la Ville depuis 1953 et abrite le Musée-Château. Les salles se visitent avec un billet.

Le Palais de l’Isle, gardien du Thiou

Cinq minutes plus bas, le Palais de l’Isle se dresse au milieu du Thiou. Maison forte, prison des comtes, atelier monétaire, palais de justice, prison jusqu’en 1864 : il résume à lui seul le rôle de la rivière dans la ville. Classé monument historique en 1900, il accueille aujourd’hui un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine.

Le clocher roman d’Annecy-le-Vieux

Pour voir la « vieille » Annecy, montez sur la colline. Le clocher roman du XIIe siècle, classé monument historique en 1908, est le témoin le plus ancien du bourg d’avant la ville. Sur chaque face, deux étages de baies jumelles à colonnettes. Selon l’office de tourisme, un bloc de pierre antique réemployé, portant une dédicace à Jupiter, est visible à sa base : un clin d’œil de l’époque romaine au pied d’un clocher médiéval.

Le clocher se trouve à côté de l’église Saint-Laurent, un édifice plus récent rebâti vers 1840.

À savoir avant d’y aller

  • Prix : la vieille ville et le clocher d’Annecy-le-Vieux se découvrent librement ; le Musée-Château et le Palais de l’Isle sont payants.
  • Gratuit : le premier dimanche du mois, d’octobre à mai, l’entrée au Musée-Château et au Palais de l’Isle est gratuite.
  • Horaires et tarifs : sur le site des musées d’Annecy, musees.annecy.fr, à consulter avant de venir.
  • Niveau physique : une courte montée. Du Palais de l’Isle au château : environ 5 minutes à pied, 250 mètres et environ 25 mètres de dénivelé par la rampe du Château.
  • Poussette et fauteuil : la rampe est en pente ; l’escalier du Château, l’autre chemin, est à éviter avec une poussette.
  • Annecy-le-Vieux : environ 25 minutes en bus depuis le Palais de l’Isle, ou 50 minutes à pied (3,3 km), selon Google Maps.

Depuis Annecy : environ 5 minutes à pied depuis le Palais de l’Isle, par la rampe du Château

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Une demi-journée sur les traces de la naissance d’Annecy

  • Le matin : commencez au bord du Thiou, devant le Palais de l’Isle : c’est là que l’eau et le pouvoir se rejoignent. Montez ensuite au château par la rampe et prenez le temps de la visite.
  • Le midi ou en fin de journée : notre adresse est sur le chemin, au 6 rampe du Château. La Guinguette du Château est un bar à vin noté 4,6/5 sur Google (590 avis), de 10 à 20 € par personne. Les avis parlent souvent de ses planches, de ses cocktails et de sa terrasse. Elle ouvre à 16 h selon sa fiche Google : idéale pour finir la balade. Téléphone : 04 56 34 63 61.
  • L’après-midi : prenez le bus pour Annecy-le-Vieux et allez voir le clocher roman, là où tout a commencé. Pour aller plus loin dans l’histoire de la ville, un classique : l’Histoire d’Annecy signée par l’historien Paul Guichonnet.
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  • Plan B en cas de pluie : le Musée-Château lui-même, qui se visite à couvert.

Mon conseil AnnecyPocket : faites la balade dans le sens de l’histoire, pas dans celui des cartes postales. Commencez par le clocher d’Annecy-le-Vieux, redescendez vers le Thiou, puis montez au château. On comprend alors d’un coup pourquoi la ville s’est serrée là, entre la rivière et le rocher.

Selon votre profil

  • En famille : transformez la visite en enquête : trouver la tour la plus épaisse du château, le palais au milieu de l’eau, puis le clocher le plus ancien de la colline.
  • En couple : le château en fin d’après-midi, puis un verre à la Guinguette du Château, sur la rampe.
  • Passionnés d’histoire : gardez le Musée-Château pour la fin, une fois la ville parcourue : ses salles prennent alors tout leur sens.

À proximité

  • Bar à vinLa Guinguette du Château6 rampe du Château
  • MuséeMusée-Château d'Annecydans le château
  • MonumentLe Palais de l'Islesur le Thiou
  • BaladeLe ThiouVieille Ville
  • HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,6 km à vol d’oiseau

Dormir près du château d’Annecy

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Questions fréquentes des voyageurs

Comment est née la ville d’Annecy ?

Après l’abandon de la ville romaine de Boutae, les habitants se sont installés sur la colline d’Annecy-le-Vieux. Au XIe siècle, un château a été bâti au-dessus du Thiou et la population est descendue à son pied : c’est le bourg d’Annecy-le-Neuf, devenu l’actuelle Vieille Ville.

Quelle est la différence entre Annecy-le-Vieux et Annecy-le-Neuf ?

Annecy-le-Vieux est le premier Annecy, un domaine sur la colline. Annecy-le-Neuf est le bourg né au pied du château, le long du Thiou, attesté en 1107. Annecy-le-Vieux a fusionné avec Annecy en 2017.

D’où vient le nom d’Annecy ?

Il vient d’un grand domaine agricole de la colline d’Annecy-le-Vieux, nommé d’après son propriétaire avec le suffixe gaulois -acum. On cite le plus souvent un Gallo-Romain nommé Annicius ; des linguistes proposent un nom germanique.

Pourquoi le château d’Annecy a-t-il été construit à cet endroit ?

Il domine l’endroit où le lac se vide dans le Thiou, entre le lac et la plaine. Ce passage étroit se défend facilement, et la rivière fournissait l’énergie des moulins.

Quand Annecy est-elle devenue savoyarde ?

En 1401, quand Amédée VIII de Savoie a acheté le comté de Genevois pour 45 000 florins d’or. Annecy était auparavant la capitale des comtes de Genève.

Pour aller plus loin

Conclusion

Annecy n’a pas été fondée en un jour. Elle a glissé de la plaine à la colline, puis de la colline à la rivière, toujours à la recherche d’un endroit sûr et utile. La prochaine fois que vous longerez le Thiou, levez les yeux vers le château : c’est sous ses murs que la ville a choisi de naître.

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