Les premiers habitants d’Annecy : avant le lac, il y avait la montagne

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLe porche rocheux de la Balme-de-Thuy, plein sud au-dessus du Fier · la cascade de Morette, toute proche
À faire (gratuit)Visite guidée de l’abri en été, le jeudi et le vendredi · circuit des cascades · sentier des Roselières à Saint-Jorioz
À manger, à boireDes gaufres à L’Imprévu, à Thônes · pique-nique au parking de l’abri
L’histoire en une phraseDes chasseurs ont fréquenté cet abri pendant près de 10 000 ans, bien avant les premiers villages au bord du lac
L’expérienceSe tenir sous le rocher choisi par les premiers habitants de la région
Pour quiFamilles (atelier enfants), couples, amis, curieux d’histoire
DuréeUne matinée avec le circuit des cascades

On imagine souvent que l’histoire d’Annecy commence avec les Romains. Ou avec les canaux de la Vieille Ville. En réalité, quand Boutae, la ville romaine, sort de terre, des humains vivent dans la région depuis des milliers d’années.

Et ils ne sont pas au bord du lac. Ils sont dans la montagne, sous un rocher, au-dessus d’une rivière.

Qui étaient ces premiers habitants d’Annecy ? Pourquoi ont-ils choisi la montagne avant l’eau, et pourquoi sont-ils finalement descendus vers le lac ? On remonte le fil, et on vous dit où vous pouvez encore vous tenir à leur place aujourd’hui.

Avant les hommes : un glacier, puis un lac tout neuf

Pour comprendre où se sont installés les premiers habitants, il faut d’abord regarder le décor.

Pendant la dernière glaciation, la cuvette d’Annecy est sous la glace. Quand le glacier se retire, il laisse une vallée creusée et un lac. Les études ne donnent pas toutes la même date : on parle d’environ 16 000 à 18 000 ans. Retenez l’ordre de grandeur plutôt qu’un chiffre précis.

Le plus surprenant vient ensuite. Bien avant que quelqu’un ne s’installe sur les rives du lac, l’occupation humaine s’organise autour des reliefs. Les premiers groupes cherchent un abri sec, du gibier, de l’eau courante et de la pierre à tailler.

Tout ça, ils le trouvent dans la vallée du Fier.

La Balme-de-Thuy : 10 000 ans sous le même rocher

Le Fier, c’est la rivière qui descend des Aravis, passe à Thônes et coule ensuite vers l’ouest. Près de Thônes, sur la commune de La Balme-de-Thuy, un grand porche rocheux s’ouvre au-dessus de son cours, à 620 mètres d’altitude. On l’appelle aussi « la Vieille Église ».

Ce n’est pas une église, évidemment. C’est un abri sous roche : une avancée de falaise qui protège de la pluie, orientée plein sud. C’est même lui qui a donné son nom au village, une « balme » désignant justement un abri sous roche. Sous ce toit de pierre, les archéologues ont retrouvé les traces d’une présence humaine sur près de dix mille ans.

Le site a été fouillé à partir des années 1970, notamment par les équipes de J.-P. Ginestet et P. Bintz. Il est classé Monument historique depuis le 19 février 1979.

Des chasseurs qui taillaient du cristal

La pierre du coin pose un vrai problème. Les occupants de l’abri utilisent une chaille grise locale, une roche siliceuse proche du silex, mais très mauvaise à tailler.

Leur solution ? Le cristal de roche. Le quartz hyalin, ce quartz transparent des Alpes, représente jusqu’à 25 % des outils dans les niveaux les plus anciens, ceux de l’Épipaléolithique, juste après la dernière glaciation. Au Mésolithique, la période suivante des derniers chasseurs-cueilleurs, il en représente encore près de 10 %.

Et ce cristal ne se ramasse pas par terre. Dans les Alpes, on a identifié des filons de quartz portant des cupules d’extraction : de petits creux laissés quand on attaque la roche par le feu pour la faire éclater.

Autrement dit, ces chasseurs connaissaient leurs montagnes. Ils savaient où trouver le bon minéral, comment le détacher, et ils circulaient loin pour aller le chercher.

Un abri habité à plusieurs saisons

On pourrait croire à un simple camp d’été pour chasseurs de passage. Les restes retrouvés racontent autre chose.

Les ossements montrent qu’on chassait le bouquetin, le chamois, le cerf et le sanglier. Mais on pêchait aussi dans le Fier. Et l’étude des vertèbres de poissons indique que l’abri était occupé à plusieurs moments de l’année.

Ces groupes ne vivaient donc pas au jour le jour. Ils combinaient la chasse en altitude et la pêche en rivière, selon un calendrier bien rodé.

Pourquoi on en parle si peu

Quand on parle des origines d’Annecy, l’abri de la Balme-de-Thuy est rarement cité. D’abord parce qu’il n’est pas à Annecy, mais dans la vallée de Thônes. Ensuite parce qu’il ne s’ouvre avec une guide que deux jours par semaine, en été. C’est justement ce qui en fait une sortie à part : une plongée dans l’histoire de l’humanité en Haute-Savoie, à une demi-heure d’Annecy.

Petit détail qui dit tout de l’esprit du lieu : dès les années 1970, les archéologues ont fait participer le grand public et les jeunes de la vallée aux fouilles. Depuis la fin des recherches, dans les années 1990, la commune et la Communauté de communes des Vallées de Thônes y proposent des animations chaque été.

Du chasseur à l’éleveur : le grand basculement

L’abri a une autre force : il a été occupé assez longtemps pour qu’on voie la façon de vivre changer, couche après couche.

Dans les niveaux les plus récents, les archéologues ne trouvent plus seulement des restes de chasse. Ils trouvent des sépultures, des traces de parcage d’animaux domestiques et des outils agricoles.

C’est la révolution du Néolithique, vue depuis un seul rocher. Les humains ne se contentent plus de prélever ce que la nature offre. Ils élèvent des bêtes et cultivent la terre.

Pourquoi ce changement ? L’agriculture et l’élevage ne sont pas inventés ici. Ils arrivent progressivement depuis le Proche-Orient et atteignent les Alpes au fil des siècles. À la Balme-de-Thuy, une vie déjà bien organisée autour des saisons laisse peu à peu la place à la production.

Et un agriculteur a besoin de quelque chose qu’un chasseur peut négliger : des terres plates et fertiles. C’est là que le lac entre enfin en scène.

Saint-Jorioz : les premiers habitants à s’installer au bord de l’eau

Sur la rive ouest du lac, au lieu-dit les Marais, à Saint-Jorioz, se trouve l’un des plus anciens villages connus du bassin annécien. Il date du Néolithique moyen, vers 3800 avant J.-C.

On ne l’a découvert qu’en 1989. Les archéologues y ont relevé 1 123 pieux préhistoriques sur 2 000 m², et identifié au moins deux petites habitations. Les objets retrouvés montrent des influences venues à la fois du sud et du nord : les cultures dites du Chasséen et de Cortaillod. Le lac est déjà un carrefour.

Pourquoi le lac, et pourquoi à ce moment-là

Ce n’est pas un hasard de calendrier. À cette période, un climat plus chaud et plus sec fait baisser le niveau du lac. Des plages de craie lacustre et de tourbe se retrouvent à l’air libre.

Pour des agriculteurs, c’est idéal : du terrain plat, fertile, avec l’eau et le poisson à portée de main. Ils défrichent par le feu la forêt de chênes, d’ormes et de tilleuls pour ouvrir des clairières. C’est la première fois que l’homme transforme vraiment le paysage du lac.

Pourquoi ils sont partis

Vers 3500 avant J.-C., le climat se dégrade : plus froid, plus humide. Le lac remonte et noie les plages. Les villages sont abandonnés, et les habitants se replient vers l’arrière-pays.

Et si l’eau n’était pas remontée ? La rive ouest aurait peut-être continué à se peupler sans interruption, et le cœur du bassin annécien se trouverait peut-être aujourd’hui du côté de Saint-Jorioz. Ce n’est qu’une hypothèse, mais elle fait réfléchir. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra attendre plus de 1 500 ans, et une nouvelle baisse des eaux, pour que des villages reviennent sur les rives.

Non, ils ne vivaient pas sur l’eau

C’est l’idée reçue la plus tenace. Au XIXe siècle, après l’hiver très sec de 1853-1854, les lacs alpins baissent et révèlent des milliers de pieux dans la vase. Les savants de l’époque imaginent alors des « cités lacustres » perchées sur des plateformes au-dessus de l’eau.

La réalité est plus simple. Les maisons étaient construites sur les rives sorties de l’eau, lors des phases de basses eaux. Les pieux servaient de fondations dans un sol mou, pas de pilotis au-dessus des vagues.

Aujourd’hui, le site des Marais fait partie des 111 « sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes » inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2011. Trois d’entre eux se trouvent autour du lac d’Annecy.

Et après ?

L’histoire ne s’arrête pas en 3500 avant J.-C. Les villages reviennent sur les rives à l’âge du Bronze, plus grands et mieux organisés, aux Mongets et au Crêt de Chatillon, à Sevrier. Puis, bien plus tard, les Romains fondent Boutae dans la plaine des Fins.

Chacune de ces étapes suit le même fil : on s’installe là où la nature le permet, et on part quand elle change.

Où se mettre à la place des premiers habitants

Les villages du lac dorment sous l’eau et sous la vase, protégés par l’UNESCO : c’est grâce à ça qu’ils sont si bien conservés, et la plongée y est interdite. L’abri de la Balme-de-Thuy, lui, vous accueille.

En arrivant, tout commence au parking, en contrebas du site : un chalet d’accueil y raconte l’histoire des fouilles. C’est aussi là que démarre l’atelier des enfants. Puis on monte vers le porche avec la guide, une Guide du Patrimoine Savoie Mont Blanc.

Sous le rocher, regardez ce qui n’a pas changé depuis la Préhistoire :

  • l’orientation du porche, plein sud ;
  • la hauteur au-dessus du Fier ;
  • la rivière juste en contrebas.

Ce sont exactement les atouts qui ont fait choisir ce rocher il y a des milliers d’années.

En dehors des visites, l’abri reste protégé derrière sa clôture : on l’aperçoit, et on y entre avec la guide, le jeudi ou le vendredi en été.

À savoir avant d’aller à l’abri de la Balme-de-Thuy

  • Prix moyen : gratuit, visite guidée comprise.
  • Durée : comptez la matinée si vous enchaînez avec le circuit des cascades (environ 1 h).
  • Meilleure période : en été, pendant les visites. Généralement de début juillet à fin août, le jeudi et le vendredi (à titre indicatif, du 9 juillet au 28 août lors de la saison 2026). Pas d’attente, d’après les visiteurs.
  • Visites : visite adulte à 11 h sans réservation ; atelier enfants à 9 h 30 sur réservation, rendez-vous au chalet d’accueil du parking (Office de Tourisme Thônes Cœur des Vallées, 04 50 02 00 26). Les dates changent chaque année : vérifiez avant de partir.
  • Niveau physique : facile. Le porche se trouve au-dessus du parking, et le circuit des cascades est classé facile.
  • Avec enfants ? : oui, avec un atelier rien que pour eux.
  • PMR et poussette : l’accueil et les équipements sont au parking. Renseignez-vous auprès de l’Office de Tourisme.
  • Chien accepté ? : sur le circuit des cascades, oui, tenu en laisse. Pour la visite guidée, demandez à l’Office de Tourisme.
  • Toilettes ? : toilettes sèches au parking.
  • Parking ? : gratuit, en contrebas du site, route de la Vieille Église, 74230 La Balme-de-Thuy. Tables de pique-nique.
  • Depuis Annecy : environ 30 minutes en voiture (18 km par la D909). En bus : lignes Y62-63, arrêt Thônes Morette, à moins de 500 m.

Depuis Annecy : environ 30 minutes en voiture (18 km par la D909). En bus : lignes Y62-63, arrêt Thônes Morette.

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Une journée sur les traces des premiers habitants

  • Le matin : l’abri de la Balme-de-Thuy, un jeudi ou un vendredi d’été, pour la visite de 11 h. Avec des enfants, visez l’atelier de 9 h 30 (sur réservation). Juste après, le circuit des cascades part de l’abri : une boucle facile de 1,6 km, surtout en sous-bois, jusqu’à la cascade de Morette, surnommée « Nant Debout ». Elle est ouverte d’avril à octobre.
  • Le midi : direction Thônes, à deux pas. Notre adresse : L’Imprévu, 9 place Avet. Des gaufres salées et sucrées (la chèvre-miel a beaucoup de succès), une terrasse, 10 à 20 € par personne et un accueil souriant souvent salué dans les avis : 4,9/5 sur plus de 350 avis. La salle est petite et l’adresse a la cote : arrivez un peu avant midi. Si vous préférez rester au vert, les tables de pique-nique du parking de l’abri sont là pour ça.
  • L’après-midi : retour vers le lac, à Saint-Jorioz. Le sentier des Roselières part de l’embarcadère : 4,1 km aller-retour, gratuit, ouvert toute l’année, avec des panneaux sur la nature et l’histoire. Vous longez l’une des plus grandes roselières du lac, tout près de la rive où se sont installés les premiers agriculteurs. Le village des Marais, lui, reste sous l’eau, bien protégé. Prolongez vers le Marais de l’Enfer, en zone Natura 2000, avec ses deux petites criques.
  • Plan B en cas de pluie : le Musée-Château d’Annecy et sa salle d’archéologie, consacrée aux trouvailles du lac.

Mon conseil AnnecyPocket : calez la sortie un jeudi ou un vendredi, arrivez à l’abri pour 11 h et gardez vos chaussures de marche pour le circuit des cascades juste après. Une matinée, et vous aurez vu à la fois le rocher des premiers chasseurs et la cascade toute proche.

Ce qu’il vous faut pour cette sortie

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Selon votre profil

  • En famille : l’atelier enfants du matin (sur réservation), les toilettes sèches, les tables de pique-nique et des gaufres à Thônes pour finir : la sortie est simple. Avant d’y aller, racontez-leur l’histoire du cristal de roche attaqué par le feu.
  • En couple : une matinée dans une vallée de montagne, la cascade de Morette, puis l’après-midi au bord du lac sur le sentier des Roselières.
  • Entre amis : la visite gratuite de 11 h, le circuit des cascades, une pause à L’Imprévu, et une question à poser à la guide : « Pourquoi ici, et pas au bord du lac ? »

À proximité

  • RestaurantL'ImprévuThônes, 9 place Avet
  • À voirCascade de Moretteboucle facile de 1,6 km depuis l'abri
  • BaladeSentier des RoselièresSaint-Jorioz, 4,1 km aller-retour
  • Plan B pluieMusée-Château d'Annecysalle d'archéologie du lac
  • HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 11 km à vol d’oiseau

Dormir près de la Balme-de-Thuy

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Questions fréquentes des voyageurs

Qui étaient les premiers habitants d’Annecy ?
Les premiers habitants connus de la région sont des chasseurs-cueilleurs, notamment à l’abri sous roche de la Balme-de-Thuy, près de Thônes, fréquenté depuis environ 10 000 ans. Les premiers agriculteurs installés au bord du lac arrivent à Saint-Jorioz vers 3800 avant J.-C.

Annecy a-t-elle été fondée par les Romains ?
Non. Boutae, la ville romaine, arrive des milliers d’années après les premiers habitants. Des villages existaient déjà sur les rives du lac au Néolithique puis à l’âge du Bronze.

Les villages préhistoriques du lac étaient-ils construits sur l’eau ?
Non. Les maisons étaient bâties sur des rives sorties de l’eau, lors des périodes de basses eaux. L’image de villages sur pilotis au milieu du lac est une invention du XIXe siècle.

Peut-on voir des vestiges des premiers habitants ?
Les sites du lac sont sous l’eau et protégés : on ne les voit pas, et la plongée est interdite. L’abri de la Balme-de-Thuy, lui, se visite gratuitement l’été avec une guide, le jeudi et le vendredi.

Pourquoi les premiers habitants ont-ils quitté les rives du lac vers 3500 avant J.-C. ?
Le climat est devenu plus froid et plus humide, et le niveau du lac est remonté. Les plages habitées ont été noyées et les villages abandonnés.

Pour aller plus loin

Conclusion

La prochaine fois que vous longerez la rive de Saint-Jorioz ou que vous passerez près de Thônes, pensez-y : bien avant les châteaux et les canaux, des gens ont choisi ces endroits pour de très bonnes raisons. Du soleil, de l’eau, du gibier, de la terre plate.

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