


En un coup d’œil
| À voir aujourd’hui | Le puits Saint-Jean et sa plaque · la marquise du n° 13 · l’ancien Hôtel d’Angleterre au n° 9 |
|---|---|
| À faire | Balade libre et gratuite, 340 mètres en ligne droite · lèche-vitrine · pause salon de thé |
| L’histoire en une phrase | La rue neuve tracée hors des murs, où ont vécu les reliques de François de Sales et le premier grand hôtel d’Annecy |
| L’expérience | Passer, en 340 mètres, de la Vieille Ville pavée à la ville du XXe siècle |
| Pour qui | Curieux d’histoire, couples, familles, amateurs de shopping |
La rue Royale, à Annecy, on la prend pour aller de la gare à la Vieille Ville. Des boutiques, des vitrines, du monde. On ne lève pas la tête.
Pourtant, cette rue a accueilli pendant près d’un siècle le tombeau de François de Sales. Son grand hôtel a payé l’ouverture des Gorges du Fier. Et le puits posé à son extrémité est bien plus vieux qu’elle.
Alors on va la lire autrement : comme la porte par laquelle Annecy est sortie de ses murs.
Dans cet article
La rue Royale, c’est quoi exactement ?
La rue Royale est une rue commerçante du centre d’Annecy, longue de 340 mètres, parfaitement droite. Elle part du carrefour du puits Saint-Jean, à l’entrée de la Vieille Ville, et file vers le nord jusqu’à l’avenue de Chambéry, côté gare. De l’autre côté du puits, la rue du Pâquier la prolonge vers le lac.
Sur la première partie, elle est pavée et piétonne. Plus loin, après le canal et le jardin de l’Évêché, les pavés s’arrêtent et les voitures reviennent.
Ce qui frappe d’abord, c’est sa ligne. Dans la Vieille Ville, les rues tournent, se resserrent, suivent l’eau. La rue Royale, elle, a été tracée à la règle.
Au départ, un puits plus vieux que la rue
Commencez par le carrefour. Au milieu, une margelle de pierre ronde et une fontaine ; tout près, une plaque gravée d’une croix. C’est le puits Saint-Jean. Les Annéciens appellent encore tout le carrefour « le puits Saint-Jean ».
Lisez la plaque. Le puits a été creusé au XVe siècle par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, un ordre religieux et militaire, ceux de la commanderie du Genevois, devant leur église. C’est de là que vient le nom.
En 1689, la ville le fait restaurer. La margelle porte une inscription latine au nom des syndics de l’époque, les élus qui administraient la ville. Elle dit que « l’amour ardent de la cité » a procuré aux habitants « des eaux fraîches ».
Puis l’eau se gâte. Le puits est fermé en 1789, abandonné en 1805. Un avocat, Fernex, conserve les pierres de la margelle. Quelques années plus tard, le puits se trouve pile sur le tracé de la nouvelle rue : il est comblé.
Il revient en 1976. La margelle est remise en place au carrefour « à l’occasion de la création d’une zone réservée aux piétons », dit la plaque. Aujourd’hui, ce n’est plus un puits : c’est une simple fontaine reliée au réseau d’eau, entourée des pierres de 1689.
Le détail à chercher : la croix à huit pointes en haut de la plaque. C’est la croix des chevaliers de Saint-Jean.
Pourquoi une rue si droite ?
Avant d’être la rue Royale, elle s’appelait la rue Neuve. Elle apparaît pour la première fois sur un plan de 1794. On la construit en 1822 et elle est achevée l’année suivante.
Pourquoi si droite ? Parce qu’elle applique une idée de la fin du XVIIIe siècle : ouvrir les villes vers l’extérieur. Jusque-là, Annecy vivait serrée dans ses murs, autour du château et du Thiou. La rue Neuve trace une sortie franche, en ligne droite, vers le nord, là où se construiront les quartiers du XIXe et du XXe siècle. Une perspective dégagée, au lieu d’un dédale.
Ce qui se voit encore : la rue raconte cette croissance en marchant. Au début, côté puits, elle ressemble encore à la Vieille Ville. Ensuite viennent les façades alignées du XIXe siècle. Tout au bout, vers l’avenue de Chambéry, les immeubles du XXe siècle. Trois époques sur 340 mètres.
Le tombeau de François de Sales était ici
Voici l’histoire que presque personne ne connaît. Pendant près d’un siècle, la rue Royale a été le cœur religieux d’Annecy.
À la Révolution, les religieuses de la Visitation, l’ordre fondé à Annecy par François de Sales et Jeanne de Chantal, sont chassées. Quand elles reviennent, en 1824, il ne reste que huit survivantes sur les quarante et une expulsées en 1793. Le nouvel évêque d’Annecy, Mgr de Thiollaz, leur achète un terrain le long de la rue neuve : le grand quadrilatère entre les rues Vaugelas, de la Gare, Royale et de la Poste.
Le 16 août 1824, Charles-Félix, le roi de Sardaigne dont dépend alors la Savoie, et la reine Marie-Christine posent eux-mêmes la première pierre du monastère. Les 20 et 23 août 1826, on y transporte les reliques de François de Sales, depuis la cathédrale, et celles de Jeanne de Chantal, depuis l’église Saint-Maurice. La rue neuve abrite désormais le tombeau des deux fondateurs.
En 1877-1878, l’église est refaite sur les plans d’un architecte italien, le comte de la Vénerie. Elle est prête pour les grandes fêtes d’août 1878, qui célèbrent François de Sales devenu docteur de l’Église.
Mais la ville pousse autour du monastère. En 1904, le maire Marius Ferrero ouvre des discussions avec les religieuses pour récupérer le terrain. Le 2 août 1911, la communauté quitte la rue Royale pour un nouveau monastère sur les pentes du Semnoz, avec les reliques. C’est l’actuelle basilique de la Visitation, sur les flancs du Semnoz.
Ce qui se voit encore : rien du monastère. Le terrain est exproprié pour construire un nouvel hôtel des Postes. L’actuelle poste et le square de Stalingrad marquent son emplacement. Pourquoi l’a-t-on oublié ? Parce que tout a été rasé, et parce qu’aujourd’hui on associe François de Sales à la basilique de la colline, pas à une rue de boutiques.
Au n° 9, le palace qui a payé les Gorges du Fier
Au 9 rue Royale, en face de l’église Notre-Dame-de-Liesse, se dresse l’ancien Hôtel d’Angleterre. Il ouvre en 1852 : c’est le premier grand hôtel d’Annecy. Il reçoit du beau monde, dont le duc de Nemours et la famille impériale de Russie. On raconte la naissance de ces établissements dans notre article sur les premiers palaces et hôtels de luxe.
L’anecdote vaut le détour. Selon la Ville d’Annecy, c’est cet hôtel qui a financé l’ouverture à la visite des Gorges du Fier, le canyon de Lovagny, ouvert au public en 1869. Un hôtel de la rue Royale qui aménage une attraction naturelle pour ses clients : le tourisme d’Annecy commence aussi ici.
Ce qui se voit encore : le bâtiment. Il abrite aujourd’hui une banque et un appart’hôtel, Le Royal, qui revendique cet héritage.
Au n° 13, une marquise protégée comme un monument
Quelques numéros plus loin, au 13, arrêtez-vous devant la devanture en bois sculpté. Au-dessus, une grande marquise en fer forgé et en verre. Elle date du dernier quart du XIXe siècle.
Cette devanture, marquise comprise, est inscrite aux Monuments historiques depuis le 28 décembre 1984. Pas l’immeuble : seulement la façade de boutique. Le même jour, une autre devanture de la Vieille Ville a reçu la même protection, au n° 35 de la rue Sainte-Claire, la rue à arcades.
Le détail à chercher : sous la marquise, sur la droite, l’entrée de la Galerie des Sorbiers, un passage couvert qui s’enfonce dans l’immeuble.
1976 : la rue rendue aux piétons
Pendant longtemps, la rue Royale est une rue à voitures. En 1975, la ville décide d’en faire une rue piétonne, pour redonner vie à la Vieille Ville, au tourisme et au commerce. Un premier essai, rue de l’Île, avait échoué.
Les travaux durent moins de six mois. La rue piétonne est inaugurée par le ministre de la Qualité de la vie et s’ouvre aux promeneurs l’été 1976. Le 19 juin 1976, ce ministre, André Fosset, inaugure aussi la fontaine du puits Saint-Jean, avec sa margelle retrouvée. Deux ans plus tard, selon le guide Tourisme Annecy, les commerçants constatent des ventes en hausse de 30 %.
La rue née pour faire sortir la ville de ses murs devient alors le passage naturel entre la gare et la Vieille Ville.
Lire la rue Royale en 6 arrêts
Partez du puits et marchez vers le nord, comme la ville au XIXe siècle.
- Le puits Saint-Jean : la margelle de 1689, la plaque et sa croix.
- Le n° 2, Au Fidèle Berger : une maison de chocolat et de pâtisserie installée là depuis plus d’un siècle, à la devanture remarquée.
- Le n° 9, l’ancien Hôtel d’Angleterre : levez les yeux sur la façade, puis retournez-vous vers Notre-Dame-de-Liesse.
- Le n° 13 : la devanture en bois et sa marquise, puis l’entrée de la Galerie des Sorbiers.
- Le canal et le jardin de l’Évêché : là où les pavés s’arrêtent et où commence la ville moderne.
- Vers la rue de la Poste : le quartier où se dressait le monastère de la Visitation, jusqu’en 1911.
Vous préférez qu’on vous raconte la ville en marchant ? Des visites guidées de la Vieille Ville se réservent en ligne.
À savoir avant de flâner rue Royale
- Prix moyen : gratuit, accès libre toute l’année.
- Durée : 340 mètres en ligne droite. Comptez davantage pour les 6 arrêts et les vitrines.
- Meilleure période : toute l’année.
- Niveau physique : facile, tout est plat.
- Avec enfants ? : oui. La croix de la plaque, la marquise et le passage couvert font une petite chasse aux détails.
- PMR et poussette : l’itinéraire depuis la gare est plat. La première partie de la rue est pavée.
- Chien accepté ? : oui dans la rue, voie publique. En terrasse ou en boutique, demandez.
- Toilettes ? :
- Parking ? : la première partie est piétonne. Le plus simple est de venir à pied depuis la gare d’Annecy : 7 minutes et 500 mètres jusqu’au puits Saint-Jean, par la rue Vaugelas.
Vous arrivez en train avec vos bagages ? Une consigne près de la gare vous permet de faire la balade les mains libres.
Voir les consignes à bagagesDepuis Annecy : 7 minutes à pied depuis la gare, 500 m, itinéraire plat.
Est-ce que ça vaut le coup ?
- Pour les enfants ? Oui, si on en fait une chasse aux détails : la croix de la plaque, la marquise, le passage couvert.
- Avec une poussette ? Oui, c’est plat. Sur les pavés, ça secoue un peu plus.
- Combien ça coûte ? Rien. Seules les visites guidées sont payantes.
- Quel est le meilleur moment ? Le matin, avant l’ouverture des boutiques, pour regarder les façades et lire la plaque tranquillement.
- Y a-t-il beaucoup de monde ? C’est une grande rue commerçante, donc animée aux heures d’ouverture des boutiques.
- Et si c’est plein ? Venez tôt le matin, ou faites la balade dans l’autre sens, depuis l’avenue de Chambéry, et gardez le puits pour la fin.
Une matinée rue Royale
- Le matin : arrivez à pied depuis la gare. Commencez par un petit-déjeuner à la Brasserie des Antiquaires, au 6 bis : notée 4,4/5 sur plus de 600 avis, elle ouvre dès 7 h certains jours selon sa fiche. Les clients parlent surtout de son décor Art déco, de son vol-au-vent et de ses profiteroles ; comptez 30 à 70 € par personne pour un repas. Puis faites les 6 arrêts.
- Le midi : restez à la Brasserie des Antiquaires, ou filez vers les arcades de la Vieille Ville.
- L’après-midi : au départ du puits, la rue du Pâquier mène au Pâquier, la grande pelouse au bord du lac.
- Plan B en cas de pluie : une pause au salon de thé d’Au Fidèle Berger, au n° 2, puis la basilique de la Visitation, là où les reliques sont parties en 1911. Pour prolonger le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte toute l’évolution de la ville.
Mon conseil AnnecyPocket : arrêtez-vous d’abord au puits. Faites le tour de la margelle, lisez la plaque jusqu’au bout, puis tournez-vous vers le nord. Devant vous, 340 mètres de ligne droite : c’est exactement le chemin qu’Annecy a pris pour sortir de ses murs. Marchez-le en comptant les époques, et la rue Royale cessera d’être une rue de boutiques.
Selon votre profil
- En famille : donnez une mission aux enfants : trouver la croix à huit pointes, puis la marquise de verre, puis l’entrée du passage couvert. Tout est plat, et la première partie est sans voitures.
- En couple : venez un matin, prenez un café à la Brasserie des Antiquaires, puis remontez la rue jusqu’au jardin de l’Évêché avant de rejoindre le lac par la rue du Pâquier.
- Pour les passionnés d’histoire : combinez la rue Royale et la basilique de la Visitation dans la même journée. Vous suivez le trajet des reliques de 1911, de la ville vers la colline.
À proximité
- RestaurantBrasserie des Antiquaires6 bis rue Royale
- Salon de théAu Fidèle Berger2 rue Royale
- À voirÉglise Notre-Dame-de-Liesseface au n° 9
- Plan B pluiePalais de l'Islewp:108
- HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,4 km à vol d’oiseau
Dormir près de la rue Royale
Carte proposée par Stay22 : en l’ouvrant, vous chargez ce service, qui peut déposer des cookies. Réservation sur le site du partenaire ; AnnecyPocket peut toucher une commission, sans surcoût pour vous.
Questions fréquentes des voyageurs
Pourquoi la rue Royale d’Annecy est-elle si droite ?
Elle a été tracée d’un coup, en 1822-1823, pour ouvrir la ville vers l’extérieur, selon une idée de la fin du XVIIIe siècle. Elle s’appelait d’abord la rue Neuve.
Qu’est-ce que le puits Saint-Jean ?
C’est un puits creusé au XVe siècle par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, restauré en 1689. Sa margelle a été remise en place en 1976, quand la rue est devenue piétonne.
La rue Royale est-elle piétonne ?
Oui, sur sa première partie, côté puits Saint-Jean, depuis 1976. Plus loin, vers l’avenue de Chambéry, les voitures circulent.
Où était le monastère de la Visitation rue Royale ?
Entre les rues Vaugelas, de la Gare, Royale et de la Poste, de 1824 à 1911. L’actuelle poste et le square de Stalingrad marquent son emplacement.
Que voir rue Royale à Annecy ?
Le puits Saint-Jean et sa plaque, l’ancien Hôtel d’Angleterre au n° 9 et la devanture à marquise du n° 13, inscrite aux Monuments historiques. Au n° 2, la maison Au Fidèle Berger est installée là depuis plus d’un siècle.
Pour aller plus loin
- Dans le même esprit : La rue Carnot
- Autour de la rue Royale : Le Pâquier
- Alternative : Les passages méconnus d’Annecy
- Toute la rubrique : La Vieille Ville
Conclusion
La rue Royale à Annecy n’est pas qu’une rue de boutiques. C’est la sortie que la ville s’est ouverte au XIXe siècle, la rue où ont reposé les reliques de François de Sales, celle du premier grand hôtel et du retour du puits Saint-Jean. La prochaine fois, lisez la plaque du puits, levez les yeux au n° 9 et arrêtez-vous sous la marquise du n° 13.
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