Les sites palafittiques du lac d’Annecy : les villages préhistoriques que l’eau a cachés

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLe four de Sevrier et les objets sortis du lac au Musée-Château · le large du port de Sevrier, au-dessus du Crêt de Chatillon
À faireSalle des palafittes du Musée-Château · balade sur la rive de Sevrier et la Voie verte
À manger, à boireFriture de perche au Bistrot du Port, sur le port de Sevrier
L’histoire en une phrasePendant des millénaires, des villages se sont installés sur les rives du lac, puis l’eau les a recouverts et protégés
L’expérienceRegarder le lac en sachant ce qu’il garde sous la surface
Pour quiCurieux d’histoire, familles, couples, plaisanciers
DuréeUne heure environ pour le Musée-Château

Sous le lac d’Annecy dorment des villages vieux de plusieurs milliers d’années. Pas de ruines, pas de murs. Des milliers de pieux de bois plantés dans la vase, quelques mètres sous la surface.

Ces sites palafittiques sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et pourtant, rien ne les signale à la surface.

Qui vivait là ? Pourquoi ces villages ont-ils disparu ? Et surtout, où peut-on encore les « voir » aujourd’hui ? On vous emmène, du port de Sevrier jusqu’aux salles du château.

Un palafitte, ce n’est pas une maison sur l’eau

Le mot vient de l’italien : palo, le pieu, et figgere, ficher. Un palafitte, c’est un habitat posé sur des pieux enfoncés dans le sol.

L’image qui vient tout de suite, ce sont des cabanes perchées au-dessus des vagues. C’est faux. Au moment où ces villages sont construits, le niveau du lac est plus bas qu’aujourd’hui. Les maisons s’élèvent sur des rives sorties de l’eau, et les pieux servent de fondations dans un sol mou. On l’a raconté en détail dans notre article sur les premiers habitants d’Annecy.

Ce qui a changé, c’est le lac. Il est remonté, et il a avalé les villages.

La découverte, elle, date du XIXe siècle. En 1854, une forte baisse des eaux d’hiver révèle des pieux et des objets dans le lac de Zurich, en Suisse. On se met alors à chercher partout ailleurs. En août 1856, les premiers palafittes français sont identifiés dans le lac d’Annecy, à Duingt et à Sevrier.

Trois sites UNESCO, trois époques

Le 27 juin 2011, l’UNESCO inscrit 111 sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes au patrimoine mondial. Ils se trouvent dans six pays : Allemagne, Autriche, France, Italie, Slovénie et Suisse.

Trois d’entre eux sont dans le lac d’Annecy. Et ce ne sont pas les seuls vestiges : la commune de Sevrier compte une quarantaine de sites répertoriés autour du lac. Les trois sites inscrits racontent chacun une époque différente.

  • Les Marais, à Saint-Jorioz : un village du Néolithique moyen, celui des premiers agriculteurs du lac.
  • Les Mongets, à Sevrier : un village de l’âge du Bronze ancien.
  • Le Crêt de Chatillon, à Sevrier : un village de l’âge du Bronze final, au large.

Les Mongets : un village dessiné au cordeau

Les arbres utilisés pour construire les Mongets ont été abattus entre 1803 et 1766 avant J.-C. Ce site du Bronze ancien est extrêmement rare.

Sous l’eau, le plan du village se lit encore. Un chemin de rondins part de la rive et traverse deux palissades. Derrière, deux doubles rangées de pieux marquent l’emplacement des maisons.

Autrement dit, ce n’est pas un hameau qui a poussé au hasard. Quelqu’un a pensé l’accès, la protection et l’alignement des habitations. Dans les années 1990, les archéologues y ont relevé 700 pieux et piquets, et 170 de plus en 2015.

Le Crêt de Chatillon : une île au large de Sevrier

Le Crêt de Chatillon est un haut-fond, une sorte de colline sous l’eau, à 800 ou 900 mètres de la rive de Sevrier selon les sources. Il est aujourd’hui recouvert par 3 mètres d’eau. Tout autour, le fond plonge à 45 mètres côté Sevrier, et à plus de 60 mètres côté large.

À l’âge du Bronze final, le niveau plus bas en fait une île ou presque. C’est là qu’un village s’installe, un emplacement qui fait penser à un rôle défensif.

On y a trouvé un moule de hache, preuve qu’on y travaillait le bronze. Une pirogue monoxyle en chêne, creusée dans un seul tronc, y est encore en place sous l’eau : c’est la seule embarcation de cette période recensée dans les lacs savoyards. Les archéologues signalent aussi une épée en bronze retrouvée sur le site, qu’ils interprètent comme une offrande déposée volontairement.

Bâti en quinze ans

Comment sait-on tout ça avec autant de précision ? Grâce à la dendrochronologie, la datation par les cernes du bois.

Chaque année, un arbre fabrique un cerne plus ou moins épais selon le climat. En comparant la suite des cernes d’un pieu avec des séries de référence, on retrouve l’année où l’arbre a été abattu.

Au Crêt de Chatillon, le résultat donne le vertige. Une première occupation vers 1100-1050 avant J.-C. Puis une seconde, courte : ses pieux ont été abattus entre 915 et 900 avant J.-C. Quinze ans à peine pour bâtir un village sur une île du lac.

Lors de la campagne de 2019, les archéologues du Drassm, le service de l’État chargé de l’archéologie sous l’eau, y ont repéré 2 750 pieux et piquets.

Pourquoi tout s’arrête vers 800 avant J.-C.

Pendant des millénaires, les villages vont et viennent au rythme du lac. Quand le climat devient plus sec, le niveau baisse, les rives se découvrent, et les villages s’y installent. Quand il redevient plus froid et plus humide, l’eau remonte, et les habitants partent.

Vers 800 avant J.-C., l’eau remonte une dernière fois, et pour de bon. C’est la fin des villages au bord des lacs alpins.

C’est aussi ce qui les a sauvés. Ensevelis sous l’eau et les sédiments, privés d’oxygène, le bois, les plantes, les textiles et même les restes de nourriture ne pourrissent pas. À l’air libre, il ne resterait presque rien.

Sans cette montée des eaux, les rives auraient sans doute été cultivées, construites, retournées pendant les siècles suivants. Les villages engloutis sont devenus une archive.

Le four de Sevrier : l’objet qui fait encore débattre

S’il ne fallait retenir qu’un objet, ce serait lui. Le four de Sevrier sort des eaux du Crêt de Chatillon en 1974, en morceaux. Il est restauré, et le Musée-Château le présente comme l’exemplaire le plus complet connu à ce jour en Europe.

Pendant longtemps, on y voit l’un des plus anciens fours de potier d’Europe de l’Ouest. Puis l’archéologue et céramiste Jean Coulon reprend le dossier, et lui consacre un livre entier. Four de potier, four domestique pour cuire les aliments ? Le musée lui-même le dit : l’objet a été tour à tour interprété comme un four de potier ou comme un four culinaire.

Pourquoi le doute ? Sur un fragment comparable, des grains de millet carbonisés auraient été retrouvés, ce qui fait pencher vers la cuisine. Ce que peu de visiteurs remarquent : le musée expose justement, dans la même collection, des graines de millet carbonisées sorties du lac du Bourget.

C’est aussi pour ça qu’on en parle peu : une question ouverte se raconte moins facilement qu’une certitude.

Pourquoi on ne peut pas aller les voir

C’est la première question qu’on se pose : peut-on plonger pour voir les villages engloutis ? Non. La plongée et le mouillage des bateaux sont interdits sur les sites.

Ce n’est pas une précaution de principe. Les sites sont fragiles, et ils s’abîment déjà :

  • les vagues, naturelles ou soulevées par les bateaux, érodent les Mongets, qui ne sont qu’à 2 mètres de profondeur ;
  • les écrevisses invasives creusent leurs terriers dans la vase des Marais et mélangent les couches archéologiques ;
  • les chaînes de mouillage traînent sur le fond au gré du vent. Lors de la campagne de 2019, une chaîne a arasé des pieux sur le site de Sous les Guerres, à Veyrier-du-Lac, qui ne fait pas partie des sites inscrits.

Ce que peu de visiteurs savent : les bouées jaunes de Sevrier

On lit souvent que les bouées jaunes au large de Sevrier balisent les villages préhistoriques. D’après la préfecture, ce n’est pas le cas : quatre bouées jaunes délimitent l’herbier de la Planche, une zone de plantes aquatiques fermée à la navigation du 15 juin au 30 septembre. Un autre balisage signale le haut-fond du port.

Les sites palafittiques, eux, ne se signalent pas. C’est aussi une façon de les protéger.

Une légende née au fond de l’eau ?

Le lac a sa propre histoire de village englouti : celle d’un village puni par une fée pour son égoïsme, une veille de Noël. Certains y voient un écho des pieux que les pêcheurs apercevaient au fond par eau claire. On vous raconte la légende complète dans les légendes du lac.

Où « voir » les palafittes aujourd’hui

Les villages restent sous l’eau. Mais il y a deux endroits pour les comprendre : un musée, et une rive.

Au Musée-Château d’Annecy, dans le logis Perrière

Une partie des objets sortis du lac est exposée au Musée-Château d’Annecy. Traversez la cour : le logis Perrière, au fond, est consacré à l’archéologie et à l’environnement des lacs.

La visite commence par les poissons du lac et les pêcheurs, puis on remonte le temps jusqu’aux palafittes. Les découvertes viennent surtout du Roselet, à Duingt, et du Crêt de Chatillon, à Sevrier. Des objets venus d’autres lacs complètent la collection : le Bourget, le Léman, l’ouest de la Suisse.

À repérer :

  • le four de Sevrier, et la question qu’il pose ;
  • les graines de millet carbonisées, qui rendent le débat très concret ;
  • les bois, comme une planche à mortaise venue du Léman : s’ils existent encore, c’est parce que la vase les a privés d’oxygène pendant environ trois mille ans.

Depuis le port de Sevrier

Au port de Sevrier, tournez-vous vers le large. Le Crêt de Chatillon se trouve à 800 ou 900 mètres, sous 3 mètres d’eau. Il n’y a rien à voir à la surface, et c’est tout l’intérêt : vous savez ce que les baigneurs ignorent.

De là, la Voie verte, la piste cyclable du tour du lac, longe la rive ouest vers Saint-Jorioz, là où s’étaient installés les premiers agriculteurs des Marais.

À savoir avant d’aller au Musée-Château

  • Prix : autour de 7 € en plein tarif en été, un peu moins le reste de l’année (6,50 € de septembre à décembre 2026), tarif réduit possible.
  • Gratuit : le premier dimanche du mois, d’octobre à mai.
  • Durée : environ 1 h pour l’ensemble du musée.
  • Horaires : ils varient selon la saison, vérifiez-les sur le site des Musées d’Annecy avant de monter.
  • Accès : on monte au château par des rampes et des escaliers depuis la Vieille Ville.
  • Chien accepté ? : non, les animaux ne sont pas acceptés au musée.
  • Avec enfants ? : oui, le four et les objets du quotidien sortis des lacs parlent aux plus jeunes.
  • Depuis Annecy jusqu’au port de Sevrier : environ 13 minutes en voiture (7,7 km par la D1508), une vingtaine de minutes en bus, ou à vélo par la Voie verte.

Depuis Annecy : environ 13 minutes en voiture (7,7 km par la D1508), une vingtaine de minutes en bus, ou à vélo par la Voie verte

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Une journée sur les traces des palafittes

  • Le matin : le Musée-Château et le logis Perrière, pour voir les objets avant de voir le lac.
  • Le midi : direction le port de Sevrier. Notre adresse : Le Bistrot du Port, 236 route du Port, avec sa terrasse au bord de l’eau, face aux Dents de Lanfon et à la Tournette. Choisissez la friture de perche ou la quenelle de brochet : des poissons de lac, pour rester dans l’esprit de la journée. Il y a un parking, et on peut même y arriver en bateau grâce au ponton. Fermé le lundi, le mercredi soir et le dimanche soir : réservation au 04 50 52 45 00.
  • L’après-midi : la Voie verte de Sevrier vers Saint-Jorioz, à pied ou à vélo, le long de la rive des premiers villages.

Pas de vélo sous la main ? Le plus simple est d’en louer un à Annecy et de rejoindre Sevrier par la piste.

  • Plan B en cas de pluie : inversez la journée, et gardez le musée pour le moment où il pleut.

Mon conseil AnnecyPocket : faites-le dans cet ordre, musée d’abord, lac ensuite. Après avoir vu le four et les bois sortis de la vase, le large de Sevrier ne ressemble plus du tout à un simple plan d’eau.

Selon votre profil

  • En famille : au musée, lancez le défi « four de potier ou four de cuisine ? ». Puis le port de Sevrier et un bout de Voie verte à vélo.
  • En couple : le musée le matin, la terrasse du Bistrot du Port le midi, et une fin d’après-midi au bord de l’eau à Sevrier.
  • Plaisanciers : le mouillage est interdit sur les sites palafittiques. Avant de jeter l’ancre, renseignez-vous sur les zones autorisées.
  • Passionnés d’histoire : pour remettre les palafittes dans toute l’histoire de la ville, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte l’évolution d’Annecy.
Voir le livre sur Amazon

À proximité

  • RestaurantLe Bistrot du PortSevrier, 236 route du Port
  • MuséeMusée-Château d'Annecylogis Perrière, archéologie des lacs
  • BaladeVoie verte du tour du lacrive ouest, de Sevrier vers Saint-Jorioz
  • BaladeMarais de l'EnferSaint-Jorioz
  • HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 5,0 km à vol d’oiseau

Dormir près de Sevrier

Carte proposée par Stay22 : en l’ouvrant, vous chargez ce service, qui peut déposer des cookies. Réservation sur le site du partenaire ; AnnecyPocket peut toucher une commission, sans surcoût pour vous.

Questions fréquentes des voyageurs

C’est quoi, un site palafittique ?

C’est l’emplacement d’un village préhistorique construit sur des pieux de bois, au bord d’un lac. Ceux du lac d’Annecy datent du Néolithique et de l’âge du Bronze, et sont aujourd’hui sous l’eau.

Combien de sites palafittiques UNESCO y a-t-il dans le lac d’Annecy ?

Trois : Les Marais à Saint-Jorioz, Les Mongets et le Crêt de Chatillon à Sevrier. Ils font partie des 111 sites autour des Alpes inscrits au patrimoine mondial en 2011.

Peut-on plonger pour voir les villages engloutis du lac d’Annecy ?

Non. La plongée et le mouillage sont interdits sur les sites pour protéger les pieux et les couches archéologiques.

Où voir les objets retrouvés dans le lac ?

Au Musée-Château d’Annecy, dans le logis Perrière consacré à l’archéologie des lacs. On y voit notamment le four de Sevrier, découvert en 1974.

Pourquoi les villages ont-ils été abandonnés ?

Le niveau du lac est remonté vers 800 avant J.-C. et a noyé les rives habitées. Privés d’oxygène sous l’eau et la vase, les vestiges se sont conservés.

Pour aller plus loin

Conclusion

Les sites palafittiques d’Annecy ne se visitent pas, et c’est pour ça qu’ils existent encore. La prochaine fois que vous serez au port de Sevrier, regardez le large : à moins d’un kilomètre, un village de l’âge du Bronze dort sous trois mètres d’eau.

Vous avez une anecdote sur les palafittes du lac ou une info à partager ? Écrivez-nous depuis la page contact.

Certains liens de cette page sont affiliés : ils ne vous coûtent rien de plus et soutiennent AnnecyPocket. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. En savoir plus.

Défiler vers le haut