Les arcades d’Annecy : pourquoi la Vieille Ville se visite à l’abri

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLes rues à arcades · les bustes des Saisons de l’hôtel de Sales · la porte penchée de la rue de l’Île
À faireBalade libre et gratuite, 700 mètres à plat · le tour complet sans quitter les arcades ou presque
L’histoire en une phraseUne ville de bois rebâtie en pierre, qui a avancé ses étages au-dessus de la rue
L’expérienceTraverser la Vieille Ville à l’abri, en lisant les voûtes d’une maison à l’autre
Pour quiCurieux d’histoire, familles, couples, visiteurs surpris par la pluie

Il pleut sur Annecy ? Inutile de sortir le parapluie dans la Vieille Ville : passez sous les arcades.

Ces galeries couvertes, on les traverse sans les regarder. Rue Sainte-Claire, rue Filaterie, rue Perrière, rue de l’Île, rue du Pâquier : la Vieille Ville en est pleine. Pourtant, chaque arcade raconte une maison, un propriétaire, une époque. L’une d’elles est protégée comme un monument. Une autre abrite une porte qui s’enfonce dans le sol.

On vous apprend à les lire, pilier après pilier.

Une arcade, c’est quoi exactement ?

Une arcade, à Annecy, c’est le rez-de-chaussée d’une maison qui recule. Les étages, eux, avancent au-dessus du trottoir et reposent sur de gros piliers de pierre. Dessous, on marche à couvert, et les boutiques ouvrent sous les voûtes.

Résultat : une galerie qui court d’une maison à l’autre, le long de la rue. Ce n’est pas un bâtiment unique. C’est une suite de maisons voisines qui ont toutes fait le même choix.

Où les trouver ? Partout dans la Vieille Ville :

  • rue Sainte-Claire, la plus longue et la plus connue ;
  • rue Filaterie, à deux pas de la cathédrale Saint-Pierre ;
  • rue Perrière et rue de l’Île, le long du Thiou, autour du Palais de l’Isle ;
  • rue du Pâquier, avec l’hôtel de Sales ;
  • et même au tout début de la rue Carnot, côté puits Saint-Jean, comme on le raconte dans notre article sur la rue Carnot.

Pourquoi Annecy s’est mise à l’abri

Pour comprendre les arcades, il faut commencer par un incendie.

En 1412, Annecy brûle. C’est le pire incendie de son histoire : la ville est presque entièrement réduite en cendres, selon la Ville d’Annecy. À l’époque, les toits sont couverts de tavaillons, de petites tuiles de bois. Le feu saute d’un toit à l’autre.

Annecy appartient alors à la maison de Savoie. Amédée VIII, comte de Savoie (il en deviendra le premier duc), fait reconstruire la ville. Cette fois, les maisons sont rebâties en pierre et couvertes de lauze, une pierre plate plus épaisse que l’ardoise. On raconte ces incendies et la ville du Moyen Âge dans la naissance de la ville.

La pierre change tout. Elle coûte cher, elle dure, elle supporte du poids. Et dans une ville serrée entre ses remparts, la place manque. Avancer les étages au-dessus de la rue, sur des piliers, c’est gagner des pièces sans rétrécir la chaussée. Au rez-de-chaussée, la boutique gagne un auvent de pierre : on vend et on achète à l’abri de la pluie et de la neige.

Attention à un raccourci que l’on lit souvent : aucune source ne dit qu’Amédée VIII a ordonné les arcades. Il a imposé la pierre. Les arcades sont venues ensuite, maison par maison. La plupart de celles que l’on voit aujourd’hui sont plus tardives : les guides les datent surtout des XVIe et XVIIe siècles.

Pourquoi on l’ignore souvent ? Parce qu’une arcade n’affiche presque jamais sa date. Rue du Pâquier, pourtant, l’une d’elles le fait. On y vient.

Lire une arcade comme un livre d’histoire

Maintenant, ralentissez. Et levez les yeux.

Les piliers. Comparez-les d’une maison à l’autre. Certains sont massifs et carrés, d’autres épaulés par un contrefort. Ils ne sont pas taillés sur un même modèle.

Les arcs. Sous les galeries, les arcs se suivent sans se ressembler. Certains sont faits de gros blocs clairs, d’autres de pierres plus sombres. Leur courbe n’est pas la même, leur hauteur non plus.

Les plafonds. Entre deux arcs, regardez au-dessus de votre tête : ici un plafond plat et lisse, là une poutre de bois.

Pourquoi ces différences ? L’explication la plus simple : chaque arcade appartient à une maison, et chaque maison a été bâtie ou refaite par son propriétaire, avec ses moyens et à son époque. Une rue à arcades, c’est une ligne continue faite de morceaux différents. Une fois qu’on l’a vu, on ne voit plus que ça.

Ce qui se voit encore : rue Sainte-Claire, au n° 31, la petite fontaine Quiberet est logée au pied du contrefort d’une arcade. Fontaine et arcade font corps. On raconte son histoire dans notre balade dans la rue Sainte-Claire.

L’hôtel de Sales : les arcades protégées comme un monument

Rendez-vous au 10 rue du Pâquier. Une façade rose, une rangée d’arcades, un balcon en fer forgé. Et, juste au-dessus des arcs, quatre bustes de pierre.

C’est l’hôtel de Sales, un hôtel particulier de la fin du XVIIe siècle. Selon la Ville d’Annecy, il est construit entre 1688 et 1690 ; la notice du département le dit bâti par un petit-neveu de François de Sales, l’évêque de Genève le plus célèbre d’Annecy.

Ses arcades ont un statut à part. Depuis un arrêté du 17 mars 1930, elles sont inscrites aux Monuments historiques, avec les vantaux de la porte, le balcon en fer forgé et l’escalier. Ce n’est pas seulement la maison qui est protégée : les arcades sont nommées dans l’arrêté.

Ce qui se voit encore :

  • Les quatre Saisons. Le printemps porte des fleurs, l’été des épis de blé, l’automne des feuilles de vigne et du raisin. L’hiver est un vieil homme emmitouflé.
  • La plaque. Sur un pilier, une plaque posée par les Amis du Vieil Annecy en 1932 résume l’histoire de la maison : « construit vers 1690 ». Elle ajoute que la cour de Sardaigne, c’est-à-dire la famille royale de Savoie devenue rois de Sardaigne, y descendait lors de ses séjours à Annecy au XVIIIe siècle.

Pour une fois, une arcade vous donne sa date. Profitez-en.

La porte penchée de la rue de l’Île

Direction le Thiou. À l’angle de la rue de l’Île et du passage de l’Île, sous les arcades, cherchez une petite porte. Elle penche. Elle semble même s’enfoncer dans le sol.

La Ville d’Annecy la range parmi ses détails insolites. Son explication est prudente : les maisons en pierre, plus lourdes que les anciennes maisons de bois, auraient provoqué des tassements irréguliers dans un sous-sol humide. Aucune étude technique ne le confirme. Même chez les Annéciens, les explications divergent : certains parlent de portes posées sans fondation, d’autres des pieux qui portent la vieille ville.

Ce qui est sûr, c’est qu’on est au bord du Thiou, à quelques pas du Palais de l’Isle. Et si la piste du sol humide est la bonne, cette petite porte raconte ce que les arcades ne montrent pas : des maisons de pierre posées au bord de l’eau.

L’architecte qui voulait les raser

Les arcades ont eu un ennemi. À la fin du XVIIIe siècle, Charles Gallo, architecte du royaume de Piémont-Sardaigne installé à Annecy, trouve ces rues de travers. Il veut supprimer les arcades de la rue Sainte-Claire pour aligner les façades, comme dans une ville neuve.

Il n’y parvient pas. Sa maison, transformée en 1794 au bout de la rue, abrite aujourd’hui les Amis du Vieil Annecy, l’association qui a posé la plaque de l’hôtel de Sales. Toute l’histoire est dans notre article sur la rue Sainte-Claire.

Annecy, Chambéry, Alby : trois façons de vivre sous les arcades

Annecy n’est pas seule. En Savoie, on aime les arcades. Mais pas toutes pour les mêmes raisons.

À Chambéry, rue de Boigne. La rue est percée au XIXe siècle, entre 1824 et 1830 selon le Routard, grâce à la fortune du général de Boigne, un enfant de Chambéry enrichi en Inde. Ses arcades sont longues et uniformes, d’inspiration italienne, selon l’office de tourisme de Chambéry. Une rue dessinée d’un seul trait.

À Alby-sur-Chéran, village médiéval au sud-ouest d’Annecy, les arcades forment le cœur historique du bourg. Les cordonniers y travaillaient : le musée de la Cordonnerie, sur la place du Trophée, raconte ce métier qui a fait vivre le village.

À Annecy, rien de tout ça. Ni grand plan, ni rue tracée à la règle. Des maisons qui, une à une, ont avancé leurs étages. C’est pour ça que les arcades d’Annecy sont si irrégulières, et c’est pour ça qu’elles sont si vivantes.

Le tour des arcades en 6 arrêts

Bonne nouvelle : on peut relier presque toutes les arcades de la Vieille Ville en une seule balade. Comptez 9 minutes et 700 mètres, tout à plat, selon Google Maps, sans les arrêts.

  1. Le 10 rue du Pâquier, l’hôtel de Sales : les quatre Saisons, la plaque de 1932.
  2. La rue Filaterie : les arcades d’une rue de boutiques, entre le Pâquier et la cathédrale.
  3. Le passage couvert : un passage traverse les maisons qui longent la cathédrale Saint-Pierre et ressort sous les arcades de la rue Filaterie. Presque en face, un autre passage mène rue du Collège, au bord du canal Saint-Dominique. Là, des maisons en encorbellement de bois montrent à quoi ressemblait autrefois le bord du Thiou.
  4. La rue de l’Île : la porte penchée, à l’angle du passage de l’Île.
  5. La rue Perrière : les arcades au bord du Thiou, et leurs terrasses.
  6. La rue Sainte-Claire : la plus longue galerie, jusqu’à la fontaine Quiberet et la porte Sainte-Claire.

Vous préférez qu’on vous raconte la Vieille Ville en marchant ? Des visites guidées se réservent en ligne.

À savoir avant de flâner sous les arcades

  • Prix moyen : gratuit, rues piétonnes en accès libre toute l’année.
  • Durée : 9 minutes de marche pour le tour complet. Prévoyez davantage pour les arrêts, les vitrines et une pause.
  • Meilleure période : toute l’année. C’est même la balade idéale un jour de pluie.
  • Niveau physique : facile, tout est plat.
  • Avec enfants ? : oui. Trouver les quatre Saisons et la porte penchée, c’est un jeu de piste tout trouvé.
  • PMR et poussette : l’itinéraire est plat. Le sol est pavé dans une bonne partie de la Vieille Ville : ça secoue un peu.
  • Chien accepté ? : oui dans la rue, voie publique. En terrasse et en boutique, demandez.
  • Toilettes ? : toilettes publiques de la Manufacture, 1 quai des Clarisses, près de la place Sainte-Claire, et aux Jardins de l’Europe, quai Jules-Philippe.
  • Parking ? : les rues sont piétonnes. Le plus simple est de venir à pied depuis la gare : 7 minutes et 550 mètres jusqu’à l’hôtel de Sales, selon Google Maps.

Vous arrivez en train avec vos bagages ? Une consigne près de la gare vous permet de faire la balade les mains libres.

Voir les consignes à bagages

Depuis Annecy : 7 minutes à pied depuis la gare, 550 m, itinéraire plat.

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Est-ce que ça vaut le coup ?

  • Pour les enfants ? Oui, en chasse aux détails : les Saisons, la porte penchée, la truite de la fontaine Quiberet.
  • Avec une poussette ? Oui, c’est plat. Sur les pavés, ça secoue un peu plus.
  • Combien ça coûte ? Rien. Seules les visites guidées sont payantes.
  • Quel est le meilleur moment ? Le matin, avant l’installation des terrasses : on voit mieux les piliers et les voûtes. Et n’importe quel jour de pluie.
  • Y a-t-il beaucoup de monde ? D’après ceux qui la fréquentent, la Vieille Ville est très animée en saison et les jours de marché.
  • Et si c’est plein ? Venez avant l’installation des terrasses, ou faites le tour dans l’autre sens, en partant de la porte Sainte-Claire.

Un jour de pluie sous les arcades

  • Le matin : arrivez à pied depuis la gare. Commencez par l’hôtel de Sales, puis suivez les 6 arrêts jusqu’à la rue Sainte-Claire.
  • Le midi : restez dans les rues à arcades. Rue Perrière, au n° 7, Le Beignet Alpin est noté 4,8/5 sur près de 970 avis, pour 20 à 30 € par personne. Les clients citent surtout ses beignets de pommes de terre, sa charcuterie et sa tarte aux myrtilles.
  • L’après-midi : filez au Palais de l’Isle, juste à côté, et à son centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine.
  • Plan B en cas de pluie : c’est déjà le plan. Pour prolonger le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte toute l’évolution de la ville.
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Mon conseil AnnecyPocket : faites le tour un jour de pluie, et faites-en un défi : aller de l’hôtel de Sales à la porte Sainte-Claire en restant le plus possible sous les arcades. Vous ne pourrez pas tout faire à couvert, il faut traverser des rues et des ponts. Mais vous verrez la Vieille Ville comme ses marchands la voyaient : une suite d’abris de pierre, maison après maison.

Selon votre profil

  • En famille : donnez trois missions aux enfants : retrouver l’hiver parmi les quatre Saisons de l’hôtel de Sales, trouver la porte penchée, puis compter les arcs de la rue Sainte-Claire.
  • En couple : venez tôt le matin, avant les terrasses, pour regarder les voûtes tranquillement, puis déjeunez rue Perrière, au bord du Thiou.
  • Pour les passionnés d’histoire : lisez la plaque de l’hôtel de Sales, puis comparez avec la rue de Boigne, à Chambéry : deux idées de la ville sous les arcades.

À proximité

Dormir près des arcades de la Vieille Ville

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Questions fréquentes des voyageurs

Pourquoi y a-t-il des arcades à Annecy ?

Après le grand incendie de 1412, la ville est rebâtie en pierre. Les maisons ont ensuite avancé leurs étages au-dessus de la rue, sur des piliers : on gagnait de la place, et les boutiques du rez-de-chaussée vendaient à l’abri.

Quelles rues d’Annecy ont des arcades ?

La rue Sainte-Claire, la rue Filaterie, la rue Perrière, la rue de l’Île et la rue du Pâquier, dans la Vieille Ville. Le début de la rue Carnot en a aussi quelques-unes.

Les arcades d’Annecy sont-elles protégées ?

Celles de l’hôtel de Sales, au 10 rue du Pâquier, sont inscrites aux Monuments historiques depuis 1930, avec son balcon, sa porte et son escalier. Le bâtiment reste une propriété privée, qui se regarde depuis la rue.

Où est la porte penchée d’Annecy ?

À l’angle de la rue de l’Île et du passage de l’Île, sous les arcades, tout près du Palais de l’Isle. Son inclinaison viendrait de tassements du sol, sans étude qui le confirme.

Que faire à Annecy quand il pleut ?

Suivre les arcades de la Vieille Ville, de la rue du Pâquier à la rue Sainte-Claire, puis visiter le Palais de l’Isle. Le tour fait 700 mètres, tout à plat.

Pour aller plus loin

Conclusion

Les arcades d’Annecy ne sont pas un décor. Ce sont des maisons qui ont avancé leurs étages pour gagner de la place, sur une ville rebâtie en pierre après le feu. Chacune a ses piliers, ses arcs, son plafond. Une seule donne sa date, rue du Pâquier. Une autre penche, rue de l’Île. La prochaine fois qu’il pleut, ne vous abritez pas : promenez-vous dessous.

Vous avez une photo ancienne des arcades d’Annecy ? Écrivez-nous depuis la page contact.

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