


En un coup d’œil
| À voir aujourd’hui | Le clocher de 72 m · les 12 colonnes de marbre · les vitraux · la mosaïque du chœur · les tombeaux des deux saints |
|---|---|
| À faire | Visite libre de la basilique · la vue sur Annecy et le lac depuis l’esplanade · la crypte |
| L’histoire en une phrase | Le monastère fondé en 1610 a dû quitter la ville basse : la basilique est née de ce déménagement |
| L’expérience | Une église lumineuse, une vue d’ensemble sur Annecy, quatre siècles d’histoire en un seul lieu |
| Pour qui | Curieux d’histoire, marcheurs, amateurs de panoramas, pèlerins, visiteurs d’un jour de pluie |
On la voit de partout : depuis le lac, depuis la Vieille Ville, depuis la route du Semnoz. Avec son clocher blanc et ses arcs ronds, beaucoup la prennent pour une église du Moyen Âge.
Raté. La basilique de la Visitation a été construite entre 1922 et 1930, et consacrée en 1949. C’est l’un des plus jeunes grands monuments d’Annecy.
Mais l’histoire qu’elle raconte commence en 1610. Elle passe par une maison de la Vieille Ville, des reliques cachées sous un plancher pendant la Révolution, un bureau de poste, et un vitrail que peu de visiteurs savent lire. Voici comment la comprendre, et quoi regarder une fois sur place.
Dans cet article
1610 : un ordre né dans une petite maison de la Vieille Ville
Tout commence très loin de la colline. Le 6 juin 1610, François de Sales, évêque de Genève installé à Annecy depuis que Genève est passée à la Réforme, et Jeanne de Chantal, une veuve de la noblesse bourguignonne, fondent l’ordre de la Visitation Sainte-Marie.
L’idée est neuve pour l’époque : une vie de prière ouverte aussi aux femmes de santé fragile, sans les austérités physiques des ordres anciens.
La fondation a lieu dans une petite maison, la maison de la Galerie, aujourd’hui rue de la Providence. Elle existe toujours. Très vite trop petite, la communauté s’installe dans la maison Nicollin, près du lac, qui devient le premier monastère. Son église, consacrée par François de Sales en 1617 puis reconstruite vers 1645, est aujourd’hui l’église Saint-François-de-Sales, dans la Vieille Ville. On y voit encore l’emplacement des premiers tombeaux des fondateurs.
François de Sales meurt en 1622, Jeanne de Chantal en 1641. Leurs corps reposent dans l’église du monastère, et les pèlerins affluent.
1794 : les reliques cachées entre deux planchers
Dans la nuit du 26 mars 1793, en pleine Révolution, les visitandines fuient le premier monastère en emportant les reliques. Elles ne vont pas plus loin que Duingt, où les soldats de la République les ont devancées. Les sœurs partent en exil, les reliques reviennent à Annecy, à la cathédrale Saint-Pierre.
Le paradoxe : les autorités révolutionnaires tiennent à les garder. Selon l’historien Christian Regat, ce n’est pas par piété. Les couteaux, les épées et les armes qui faisaient vivre la ville ne sont plus qu’un souvenir, et le pèlerinage est devenu sa principale source de revenus.
Mais sous la Terreur, la menace devient sérieuse : en janvier 1794, le conventionnel Albitte exige que l’on abatte tous les clochers du département.
Dans la nuit du 21 janvier 1794, quatre Annéciens, MM. Amblet, Balleydier, Burquier et Rochette, entrent dans la cathédrale. Ils remplacent les corps des deux saints par des squelettes pris dans les caveaux du monastère des Clarisses. Les vraies reliques partent dans deux caisses en sapin vers la maison Amblet, au bout de l’actuelle rue Jean-Jacques-Rousseau. Elles y restent cachées entre deux planchers.
Le secret tient plus de dix ans. Après le Concordat, une vérification, le 26 mai 1806, établit que ce sont bien les reliques du premier monastère. Le 28 mai 1806, le corps de saint François est porté en procession depuis la maison Amblet à travers toute la ville.
Pourquoi c’est peu connu ? Parce que la maison Amblet ne porte aucun panneau. On passe dans la rue Jean-Jacques-Rousseau sans savoir qu’elle a servi de cachette.
1826-1911 : de la rue Royale à la colline
En 1824, l’évêque Mgr de Thiollaz fait construire un nouveau monastère pour les visitandines, alors en pleine campagne, à la sortie de la ville. L’église est achevée en 1826. Les reliques y sont transférées les 21 et 23 août, en présence du roi Charles-Félix et de la reine Marie-Christine, devant une foule que la Visitation estime à 100 000 personnes. Cet épisode est raconté dans notre article sur la rue Royale.
Le problème : la ville grandit autour. En 1866, la gare s’installe juste derrière le monastère.
Contrairement à une idée répandue, la mairie ne chasse pas les religieuses par un vote. En 1901, le maire Louis Boch leur demande de prouver leur utilité. Le 23 novembre, le conseiller Marius Ferrero propose de déplacer la Visitation pour dégager la gare. Mais au vote à bulletin secret, dix-sept voix se prononcent pour le maintien des religieuses, quatre contre.
Ce qui fait basculer les choses, c’est un incendie. Dans la nuit du 30 août 1904, la Poste d’Annecy, alors rue Royale, est ravagée par le feu. Marius Ferrero, devenu maire, annonce aux sœurs que le nouvel hôtel des Postes sera construit sur leur terrain. Refuser, c’était risquer la suppression de la communauté.
Un terrain est trouvé au-dessus de la ville, au lieu-dit Sur-les-Chars, à l’orée de la forêt du Crêt du Maure, la première pente du Semnoz. Le nouveau monastère, dessiné par l’architecte Louis Ruphy, est commencé en 1909. Dans la nuit du 1er au 2 août 1911, les religieuses quittent la rue Royale à 23 h et arrivent sur la colline à 3 h 30 du matin.
À la place de l’ancien monastère, on trouve aujourd’hui la Poste et le square de Stalingrad.
2 août 1911 : 50 000 pèlerins dans les rues
Le jour même, Annecy vit l’une des plus grandes fêtes de son histoire : la translation des reliques vers le nouveau monastère. Selon l’historien Christian Regat, on compte cinquante-deux prélats, quatre mille prêtres et cinquante mille pèlerins. Dix-sept trains spéciaux ont roulé toute la nuit.
Le cortège part du Pâquier à 8 h. Les religieuses, cloîtrées, ne défilent pas : ce sont des sœurs tourières qui représentent les monastères de la Visitation. Les châsses avancent sur des chars, celle de Jeanne suivie par ses lointains parents, celle de François par la famille de Sales.
Petit détail que les guides oublient : parmi les pèlerins de 1911 figurent trois futurs papes, selon la même source. Mgr Ratti (futur Pie XI), Mgr Pacelli (futur Pie XII) et un jeune abbé de Bergame, Angelo Roncalli (futur Jean XXIII).
1922-1949 : bâtir une basilique pour deux saints
L’église du monastère reste à construire. On commence par le bas : la crypte, taillée dans le rocher calcaire dès 1911 sur les plans de l’architecte Henri Adé, est inaugurée le 14 juin 1912. Les reliques y restent jusqu’en 1949.
Henri Adé avait aussi dessiné un projet complet pour l’église, très abouti. Il est écarté au profit d’Alfred-Henri Recoura, architecte grenoblois et premier grand prix de Rome. Résultat : un bâtiment à deux signatures, la crypte d’Adé en dessous, l’église de Recoura au-dessus.
La Première Guerre mondiale retarde tout. La première pierre de l’église est posée le 7 mai 1922. L’essentiel est construit en 1930, mais la Seconde Guerre mondiale ralentit encore le chantier. La consécration n’a lieu que le 2 juillet 1949, par le cardinal Tedeschini, qui revient le 26 août 1951 pour en faire une basilique.
Le style ? Christian Regat le qualifie de « néo-romano-byzantin de Sicile ». En clair : des arcs en plein cintre, des colonnes, des mosaïques, une silhouette blanche en calcaire. Rien de médiéval, tout est du XXe siècle.
Ce qu’il faut regarder sur place
Le clocher et le porche
Le clocher mesure 72 mètres en tout. Sa flèche de 19 mètres porte une croix de bronze de 7 mètres, bénie le 6 novembre 1927. On entre par un porche haut de 20 mètres, au sommet d’un grand escalier de granit.
Levez les yeux au-dessus du portail : la grande verrière en forme de claustra n’est pas un simple motif. Elle porte en bas-reliefs les armes de la Visitation, de la famille de Sales et de la famille Frémyot, celle de Jeanne de Chantal. Le portail lui-même, offert par le banquier Léon Laydernier, est orné d’un tympan sculpté par Joseph Peterlongo, achevé en 1951.
Les douze colonnes de marbre
La nef, longue de 48 mètres, est divisée en trois par douze colonnes de marbre. Elles ont une histoire de chantier étonnante : le toit a été posé avant elles. Les colonnes ont été dressées de 1927 à 1929, puis épannelées, c’est-à-dire dégrossies et taillées, sur place, sous la toiture déjà en place.
Les vitraux, et celui que peu de visiteurs savent lire
Entre les pilastres, les grands vitraux racontent la vie de saint François à gauche et celle de sainte Jeanne à droite. Ils ont été posés de 1941 à 1952, dessinés par Charles Plessard et réalisés par le maître verrier Francis Chigot, de Limoges.
L’un d’eux a une particularité que l’église elle-même ne met pas en avant. Selon Christian Regat, dans sa brochure publiée par la Visitation, il porte les armoiries du maréchal Pétain et de la Légion, ses donateurs, après le passage du chef de l’État français à la Visitation lors de sa visite officielle à Annecy, le 23 septembre 1941. Il n’a jamais été retiré. Aucun panneau ne le signale : c’est un témoin discret de ces années-là.
La mosaïque du chœur et les tombeaux
Le mur du fond est couvert d’une grande mosaïque du Christ en croix, dessinée par le décorateur hollandais Molkenboer. Deux grands anges sculptés en 1930 par L’Hoëst gardent l’entrée du chœur.
Les corps de François de Sales et de Jeanne de Chantal reposent dans deux sarcophages de cuivre doré, réalisés à Lyon en 1933 dans le style Art déco par l’orfèvre Amédée Cateland. Les visages et les mains des deux saints y sont en bronze doré.
La crypte
Sous la nef, la crypte d’Henri Adé est couverte d’une voûte surbaissée sur de gros piliers. Elle est dédiée au Sacré-Cœur : cherchez les marguerites un peu partout, en clin d’œil à sainte Marguerite-Marie Alacoque, une visitandine de Paray-le-Monial. Le dallage de marbre et les autels viennent de l’église de la rue Royale. Depuis le 20 juin 2007, la crypte abrite aussi les dépouilles de Mgr Pierre-Joseph Rey et du père Pierre-Marie Mermier, fondateurs en 1838 des Missionnaires de Saint-François-de-Sales.
Le carillon qui donne l’heure à Annecy
Le clocher abrite un carillon de la fonderie Paccard, agrandi peu à peu jusqu’à trente-huit cloches selon Christian Regat. Son bourdon, Marie-Françoise, est classé et pèse 3 954 kg, soit près de quatre tonnes.
Écoutez bien, il ne joue pas n’importe quoi. À l’heure, le Magnificat. Au quart, l’Iste Confessor. À la demie, le Salve Regina. Aux trois quarts, le Vexilla Regis.
En 1986, pour la venue de Jean-Paul II, la fonderie Paccard fond deux cloches. La seconde, 160 kg, baptisée Karol, est intégrée au carillon. Le pape vient prier devant les tombeaux le 7 octobre 1986, avant une messe sur le Pâquier.
À savoir avant d’y aller
- Prix moyen : l’entrée de la basilique est libre.
- Horaires : selon le site de la Visitation, de 7 h 15 à 18 h 30 en semaine et de 8 h 30 à 18 h le dimanche. Boutique de 9 h 30 à 12 h et de 14 h 20 à 17 h 15 en semaine.
- Durée : prévoyez du temps pour la nef, la crypte et l’esplanade.
- Niveau physique : à pied, la montée depuis le centre ou le lac prend une vingtaine de minutes d’après les visiteurs, et elle se mérite.
- Avec enfants ? : oui, avec les colonnes, les vitraux à décoder et le carillon à écouter.
- PMR, poussette ? : l’entrée principale se fait par un grand escalier de granit. Renseignez-vous auprès de la basilique avant de venir.
- Parking ? : un parking, le parking de la Visitation, se trouve avenue de la Visitation, juste à côté.
- Adresse : 11 avenue de la Visitation, 74000 Annecy.
- Tenue : c’est un lieu de culte en activité, avec un monastère toujours habité. Visite en silence pendant les offices.
Depuis Annecy : Environ 20 minutes à pied depuis le centre, en montée.
Est-ce que ça vaut le coup ?
- Pour les enfants ? Oui. Un clocher de 72 m, une cloche qui pèse comme une petite voiture de livraison, et un vitrail mystère à trouver.
- Combien ça coûte ? Rien, l’entrée est libre.
- Quel est le meilleur moment ? Le matin ou en fin de journée pour la vue sur le lac, et à l’heure pile pour entendre le Magnificat.
- Y a-t-il beaucoup de monde ? Les visiteurs la décrivent comme un lieu calme, loin de l’agitation du bord du lac.
- Et s’il pleut ? C’est justement une bonne visite de jour de pluie : tout se passe à l’intérieur.
Une demi-journée sur les pas de la Visitation
- Le matin : commencez en bas, par la Vieille Ville : la maison de la Galerie, rue de la Providence, puis l’église Saint-François-de-Sales, ancien premier monastère. Passez rue Jean-Jacques-Rousseau, où les reliques ont été cachées.
- Le midi : rue Royale, à deux pas de l’emplacement du monastère de 1826, la Brasserie des Antiquaires (6 bis rue Royale) est une bonne halte.
- L’après-midi : montez à la basilique, par le même chemin que les religieuses dans la nuit du 1er août 1911. Nef, crypte, puis l’esplanade pour la vue.
- Plan B en cas de pluie : la basilique et sa crypte, entièrement à l’abri. Le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet complète la journée.
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Mon conseil AnnecyPocket : montez à pied, et arrivez quelques minutes avant l’heure pile. Restez sur l’esplanade, face au lac, quand le carillon joue le Magnificat. Puis entrez et cherchez le vitrail de 1941 : vous verrez la basilique autrement.
Selon votre profil
- En famille : trois missions. Compter les colonnes de marbre (12). Trouver les marguerites de la crypte. Repérer les armoiries au-dessus du portail.
- En couple : montée en fin de journée, la vue sur Annecy et le lac depuis l’esplanade, puis la descente vers la Vieille Ville quand les lumières s’allument.
- Pour les passionnés d’histoire : gardez cinq dates en tête : 1610 (fondation), 1794 (les reliques cachées), 1904 (l’incendie de la Poste), 1911 (la translation), 1949 (la consécration).
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Questions fréquentes des voyageurs
La basilique de la Visitation date-t-elle du Moyen Âge ?
Non. Elle a été construite de 1922 à 1930 et consacrée en 1949. C’est l’ordre de la Visitation qui date de 1610, pas le bâtiment.
Pourquoi la basilique est-elle construite sur la colline ?
Parce que le monastère de la rue Royale a dû céder son terrain à la nouvelle Poste après l’incendie de 1904. Les religieuses ont reconstruit leur monastère au-dessus de la ville, où elles s’installent en 1911.
Qui repose dans la basilique de la Visitation ?
Saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, fondateurs de l’ordre en 1610. Leurs corps sont dans deux sarcophages de cuivre doré réalisés en 1933.
La basilique de la Visitation est-elle gratuite ?
Oui, l’entrée est libre. Selon le site de la Visitation, elle est ouverte de 7 h 15 à 18 h 30 en semaine et de 8 h 30 à 18 h le dimanche.
Que joue le carillon de la Visitation ?
Le Magnificat à l’heure, l’Iste Confessor au quart, le Salve Regina à la demie et le Vexilla Regis aux trois quarts. Son bourdon, Marie-Françoise, pèse près de quatre tonnes.
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Conclusion
La basilique de la Visitation n’est pas un vestige du Moyen Âge. C’est la dernière étape d’un long voyage : une petite maison de la Vieille Ville, un monastère au bord du lac, des reliques cachées sous un plancher, un monastère rue Royale effacé par la Poste, puis la colline. Chaque détail de l’église, du claustra aux colonnes et au vitrail de 1941, garde la trace d’une de ces époques. La prochaine fois que vous verrez son clocher depuis le lac, vous saurez d’où il vient.
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