En un coup d’œil
| À voir aujourd’hui | L’inscription de Paculus dans le défilé de Dingy · la borne milliaire de Veyrier-du-Lac · la borne de Sevrier au Musée-Château |
|---|---|
| À faire | Balade libre et gratuite sur la voie romaine de Dingy · arrêt à la mairie de Veyrier-du-Lac |
| À manger, à boire | Cuisine de village à l’Auberge du Marmiton, à Dingy-Saint-Clair |
| L’histoire en une phrase | Les routes qui ont fait naître Boutae, dont une payée par un riche Allobroge |
| L’expérience | Lire un nom gravé dans la falaise il y a près de 2 000 ans, au-dessus du Fier |
| Pour qui | Curieux d’histoire, familles, cyclistes et randonneurs |
Autour d’Annecy, on roule tous les jours sur les traces de Rome sans le savoir. Les grandes directions qui sortent de la ville, vers Genève, vers Aix-les-Bains, vers Faverges, étaient déjà celles des voies romaines.
Il reste peu de chose de ces routes. Mais ce peu est étonnant : un passage taillé dans la falaise avec le nom de celui qui l’a payé, et deux bornes kilométriques romaines qui ont fini en bénitier et en contrepoids.
On vous emmène les retrouver, du défilé de Dingy à la mairie de Veyrier-du-Lac.
Dans cet article
Trois routes et un carrefour
Tout commence par une conquête. En 121 avant J.-C., Rome soumet les Allobroges, le peuple gaulois qui tient la région. Pour tenir un territoire, il faut pouvoir y circuler : les Romains organisent des routes.
Dans la plaine des Fins, au nord de l’actuelle Vieille Ville, trois d’entre elles se croisent. Une file au nord vers Genève. Une autre part au sud-ouest vers Aix-les-Bains. La troisième descend au sud-est vers Faverges, l’antique Casuaria, et la vallée qui mène au col du Petit-Saint-Bernard, l’une des grandes portes vers l’Italie.
À ce carrefour naît un bourg de passage : Boutae, la ville romaine à l’origine d’Annecy. Elle n’a pas été posée là par hasard. Elle existe parce que les routes s’y rencontrent.
Première idée reçue à ranger : les Romains ne sont pas les premiers à s’installer ici. Bien avant eux, des villages se dressaient au bord du lac, comme le racontent les sites palafittiques. Les Romains, eux, ont apporté autre chose : des routes calibrées, mesurées et entretenues, où passent soldats, voyageurs et marchandises. Sur ce qui circulait déjà avant eux, voyez les premiers échanges commerciaux de la région.
La voie taillée dans la falaise de Dingy
C’est le grand témoin des routes romaines autour d’Annecy, et il se visite librement. Au nord-est d’Annecy, la rivière du Fier se fraie un passage étroit entre les falaises : le défilé de Dingy, entre Dingy-Saint-Clair et Nâves-Parmelan.
Sur la rive droite, à une trentaine de mètres au-dessus de l’eau, une portion de voie romaine d’environ 120 mètres a traversé les siècles. Elle repose d’abord sur un mur de soutènement, puis sur deux arcades de 7 mètres d’ouverture. Ensuite, elle s’enfonce dans la roche : deux passages ont été taillés à la verticale dans le calcaire, longs de près de 19 et de 27 mètres. La voie fait en moyenne 4 mètres de large.
Le long de ces passages, trois niches vides sont creusées dans la paroi. Elles auraient pu accueillir de petits autels.
Le nom gravé dans la roche
À l’entrée nord-ouest du passage, un cadre mouluré d’environ 88 centimètres sur 62 porte trois lignes en latin, toujours très lisibles :
L. TINCIVS / PACVLVS / PERVIVM FEC.
Traduction : « Lucius Tincius Paculus a fait faire ce passage ».
L’inscription est signalée dès le XVIe siècle. Elle a été classée monument historique en 1900, et la portion de voie en 1929.
Ce qui frappe, c’est que l’inscription ne parle ni d’un empereur ni d’un gouverneur. Elle parle d’un particulier. Paculus est vraisemblablement un notable allobroge très aisé, qui a financé à ses frais l’ouverture du passage. Les Romains appelaient cela l’évergétisme : un riche citoyen offre un équipement à la collectivité, et grave son nom pour qu’on s’en souvienne.
Route publique ou chemin privé ?
Les historiens n’ont pas tranché. Pour certains, ce passage appartient à un itinéraire public aménagé sous l’empereur Claude, au milieu du Ier siècle. Pour d’autres, c’est une voie privée, celle d’un grand propriétaire qui en laissait l’usage aux habitants. Les deux hypothèses la placent au Ier siècle de notre ère. Et elle a survécu à presque tout le reste.
Dingy, le domaine des Tincii
Ce que peu de visiteurs savent : le nom même du village viendrait de cette famille. Selon l’explication la plus courante, Dingy dérive d’un domaine gallo-romain, Tinciacum, « le domaine de Tincius ». L’inscription du défilé appuie cette hypothèse. Se promener à Dingy, c’est peut-être traverser les terres de la famille de Paculus.
Les bornes milliaires, les panneaux kilométriques de Rome
Sur les grandes routes, les Romains plantaient des bornes milliaires : des colonnes de pierre qui indiquaient la distance, comptée en milles. Un mille romain fait un peu moins d’un kilomètre et demi. Sur la borne, on gravait aussi le nom de l’empereur qui avait fait construire ou réparer la route.
Autour du lac d’Annecy, deux d’entre elles ont été retrouvées. Et toutes deux ont eu une seconde vie inattendue.
La borne devenue bénitier, à Veyrier-du-Lac
C’est un fragment de colonne en calcaire de 81 centimètres de haut, dont la partie supérieure a disparu. À un moment de son histoire, on l’a creusé pour en faire un bénitier.
Son parcours est un petit roman. Elle est sortie de l’eau en 1926, au bord du lac. Puis on l’a oubliée. On l’a retrouvée en 1967, dans un jardin.
Les épigraphistes y lisent une dédicace à l’empereur Constantin, gravée après le 25 décembre 307, et l’indication du 23e mille (M P XXIII) sur la route qui reliait Genève à la vallée d’Albertville. Elle est protégée au titre des monuments historiques depuis 1995.
Elle se trouve aujourd’hui à la mairie de Veyrier-du-Lac, dans le jardin. L’erreur la plus courante : passer devant sans la voir, en la prenant pour un simple élément de décor.
La borne devenue contrepoids, à Sevrier
L’autre borne a été découverte en 1816 au hameau de Létraz, au-dessus de Sevrier, au lieu-dit le nant de la Creuse. Elle a été dressée au IVe siècle, lors d’une réfection de la route entre Boutae et Casuaria, qui passait par là.
Elle aussi est dédiée à Constantin, mais le nom de l’empereur a été martelé. Et elle a perdu une partie de son texte : on l’a retaillée pour en faire un contrepoids. Il n’en reste que la partie basse, 65 centimètres de haut.
Elle est conservée au Musée-Château d’Annecy et classée monument historique depuis 1935.
Quand les routes ne servent plus
Ces deux bornes racontent la fin de l’histoire. Quand l’Empire romain s’effondre, plus personne n’entretient le réseau. Les colonnes de pierre perdent leur raison d’être et deviennent des matériaux comme les autres, qu’on récupère, qu’on creuse ou qu’on retaille. La ville, elle, se déplacera vers le Thiou : c’est l’histoire de la naissance de la ville.
Où voir les voies romaines aujourd’hui
Pas de grande chaussée pavée à parcourir ici. Les voies romaines d’Annecy se lisent par fragments, et c’est ce qui en fait une vraie chasse au trésor.
Le défilé de Dingy-Saint-Clair
Garez-vous au parking gratuit de la voie romaine, au bord du Fier, juste après le pont. La route qui monte vers Nâves-Parmelan, qui porte le nom de « Voie Romaine », suit le tracé antique : après une cinquantaine de mètres de montée, vous arrivez sur la voie romaine. L’inscription est à hauteur d’homme, environ 1,5 mètre au-dessus de la route, sur la paroi.
Le regard part ensuite vers la vallée du Fier, en contrebas. C’est la meilleure façon de comprendre le travail des Romains : ils n’ont pas contourné la falaise, ils l’ont entaillée.
La mairie de Veyrier-du-Lac
La borne de Constantin est dans le jardin de la mairie, rue de la Tournette. Elle se regarde librement. Associez-la à une balade au bord du lac.
Le Musée-Château d’Annecy
La borne de Sevrier y est conservée avec les collections archéologiques de Boutae.
À savoir avant d’y aller
- Prix : gratuit, à Dingy comme à Veyrier.
- Quand : toute l’année, de jour.
- Travaux fin 2026 : la RD16 du défilé de Dingy est fermée pour des travaux de sécurisation depuis le 14 septembre 2026, jusqu’à début décembre selon le Département. Pendant ce temps, la route de la Voie Romaine sert de déviation : alternat aux heures de pointe en semaine, sens unique de Nâves vers Dingy le reste du temps, et vélos seulement dans ce sens. Vérifiez la circulation avant de partir.
- Prudence : la voie est une route étroite au pied d’une falaise, partagée avec les voitures. Restez sur le bord, gardez les enfants près de vous et restez attentifs aux voitures.
- Poussette : la route est goudronnée, mais étroite et partagée avec la circulation : mieux vaut un porte-bébé.
- En voiture depuis Annecy : environ 20 à 25 minutes jusqu’au défilé de Dingy, selon l’itinéraire.
- En bus pour Veyrier-du-Lac : ligne 20 depuis Bonlieu, environ 30 minutes de trajet.
Depuis Annecy : environ 20 à 25 minutes en voiture depuis Annecy
Une demi-journée sur les routes romaines
- Le matin : le défilé de Dingy. Lisez l’inscription de Paculus, puis cherchez les niches creusées dans la paroi.
- Le midi : restez au village. L’Auberge du Marmiton, au chef-lieu de Dingy-Saint-Clair, que ses clients décrivent comme un restaurant de village à l’ambiance vintage, compte de 20 à 30 € par personne, noté 4,6/5 sur Google (222 avis). Les avis reviennent souvent sur sa fondue savoyarde, ses plats aux cèpes, son accueil chaleureux et ses prix raisonnables. Il sert le midi du mardi au dimanche ; fermé le lundi. Réservation au 04 50 02 06 11.
- L’après-midi : direction Veyrier-du-Lac et la borne de Constantin, dans le jardin de la mairie. Puis descendez au bord du lac. Pour vous repérer entre le lac, le Parmelan et les villages, une carte au 1:25 000 reste l’outil le plus sûr.
- Plan B en cas de pluie : le Musée-Château d’Annecy et ses collections archéologiques.
Mon conseil AnnecyPocket : avant de partir, relisez à voix haute les trois lignes de l’inscription : L. TINCIVS, PACVLVS, PERVIVM FEC. Sur place, vous les reconnaîtrez tout de suite dans la pierre, et « déchiffrer le latin » devient un jeu facile à proposer aux enfants. C’est le moment où la falaise devient une page d’histoire.
Selon votre profil
- En famille : le jeu de piste parfait. Trouver le cadre gravé, compter les niches, puis chercher la borne dans le jardin de la mairie de Veyrier.
- Cyclistes : la route de la Voie Romaine est un joli détour, mais pendant les travaux de fin 2026, les vélos ne peuvent la prendre que dans le sens Nâves vers Dingy.
- Randonneurs : Dingy est au pied du Parmelan. L’inscription peut ouvrir ou conclure une journée de marche.
- Passionnés d’histoire : gardez le Musée-Château pour compléter la visite avec la borne de Sevrier et les objets de Boutae.
À proximité
- RestaurantAuberge du Marmitonchef-lieu de Dingy-Saint-Clair
- PatrimoineBorne milliaire de Veyrier-du-Lacjardin de la mairie
- MuséeMusée-Château d'Annecyborne de Sevrier
- RandonnéeParmelanau-dessus de Dingy
- HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 5,1 km à vol d’oiseau
Dormir près de Dingy-Saint-Clair
Carte proposée par Stay22 : en l’ouvrant, vous chargez ce service, qui peut déposer des cookies. Réservation sur le site du partenaire ; AnnecyPocket peut toucher une commission, sans surcoût pour vous.
Questions fréquentes des voyageurs
Où voir une voie romaine près d’Annecy ?
Dans le défilé de Dingy-Saint-Clair, à une vingtaine de minutes en voiture d’Annecy. Une portion d’environ 120 mètres, taillée dans la falaise au-dessus du Fier, se voit librement et gratuitement, avec son inscription latine.
Qui était Lucius Tincius Paculus ?
Un notable de l’époque romaine, probablement un riche Allobroge, qui a fait ouvrir à ses frais le passage taillé dans la roche à Dingy-Saint-Clair. Son nom est gravé dans la falaise depuis le Ier siècle.
Qu’est-ce qu’une borne milliaire ?
Une colonne de pierre plantée au bord des routes romaines, qui indiquait la distance en milles et le nom de l’empereur. Près d’Annecy, on en voit une à la mairie de Veyrier-du-Lac et une autre au Musée-Château.
Par où passaient les voies romaines autour d’Annecy ?
Trois voies se croisaient à Boutae, l’Annecy romaine : vers Genève au nord, vers Aix-les-Bains au sud-ouest, et vers Faverges au sud-est, en direction du col du Petit-Saint-Bernard et de l’Italie.
Pourquoi les bornes romaines du lac sont-elles abîmées ?
Après la fin de l’Empire romain, elles ont été réutilisées comme de simples pierres. Celle de Veyrier-du-Lac a été creusée en bénitier, celle de Sevrier retaillée en contrepoids.
Pour aller plus loin
- Dans le même esprit : Boutae, l’Annecy romaine
- Autour des voies romaines : Les premiers échanges commerciaux
- Alternative : Le Musée-Château d’Annecy
- Toute la rubrique : Les origines d’Annecy
Conclusion
Les routes romaines d’Annecy ne se parcourent plus d’un bout à l’autre. Elles se devinent : un nom gravé dans une falaise, une colonne creusée dans un jardin, une pierre retaillée dans un musée. La prochaine fois que vous quitterez Annecy vers Thônes, faites le détour par le défilé de Dingy. Lucius Tincius Paculus vous y attend depuis près de deux mille ans.
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