Château d’Annecy : de la résidence des comtes au château racheté pour 1,52 €

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLa tour de la Reine · la façade Renaissance du logis Nemours · le puits de 40 m · la terrasse sur les toits
À faireVisite du Musée-Château · montée par la rampe pavée · repérer l’ancienne entrée des abris de 1939
L’histoire en une phraseRésidence des comtes de Genève, puis caserne pendant près de 300 ans, sauvée en 1953
L’expérienceLire 500 ans d’histoire dans une seule cour, puis regarder la Vieille Ville d’en haut
Pour quiCurieux d’histoire, familles, amateurs de panoramas, visiteurs d’un jour de pluie

Tout le monde le voit, perché au-dessus de la Vieille Ville. Beaucoup le prennent pour un château « de conte ».

Son histoire est bien plus mouvementée. Résidence des comtes de Genève, il devient ensuite une caserne pendant près de trois siècles. Après la guerre, des centaines de sans-logis s’y installent. En 1953, la Ville le rachète pour une somme symbolique : mille anciens francs, soit 1,52 €.

Voici comment lire ce château, bâtiment par bâtiment, et ce qu’il faut regarder en le visitant.

Un château posé sur le rocher

Pourquoi ici ? Parce que le château est construit sur un éperon rocheux, juste au-dessus du Thiou, la rivière qui sort du lac. De là, on voit loin vers le nord et l’est. Le poste d’observation idéal.

Le rocher se voit encore. Il affleure au pied de la tour de la Reine et forme la base du logis Nemours. C’est le point le plus haut. Ensuite, il s’enfonce : vers le fond de la cour, les premières pierres de la tour Perrière sont posées environ neuf mètres plus bas. Les Musées d’Annecy avancent une explication : il y aurait eu là des carrières de pierre, d’où le nom de « Perrière ».

Les débuts du château, eux, restent mal connus. Les textes sont rares. On sait qu’il est la résidence des comtes de Genève, et que la ville se développe à ses pieds. Cette naissance est racontée dans notre article sur la naissance d’Annecy.

Cinq bâtiments, cinq époques

Le château n’a pas été construit d’un seul coup. C’est un assemblage de bâtiments, chacun avec son époque et sa fonction.

La tour de la Reine, la plus ancienne

C’est elle qui veille sur l’entrée depuis le XIIIe siècle. Une trentaine de mètres de haut, des murs de plus de quatre mètres d’épaisseur à la base.

Depuis la place du Château, on peut y lire trois chantiers successifs, chacun avec sa propre maçonnerie. Le dernier étage, le seul daté par les textes, est ajouté au XVe siècle sous Janus de Savoie.

Et la « reine » ? Elle n’a jamais existé. Selon les Musées d’Annecy, la légende d’une reine emprisonnée dans la tour n’apparaît qu’au XVIIIe siècle et a été inventée de toutes pièces. Elle a surtout donné un joli nom à ce qu’on appelait simplement la grande tour ou la grosse tour.

Le Vieux logis, celui des comtes

Construit au XIIIe siècle sur le côté nord, il est le cœur de la vie des comtes de Genève. Au rez-de-chaussée, la cuisine garde deux grandes cheminées et un four à pain. À côté, la salle des colonnes doit son nom aux quatorze colonnes qui portaient le sol de la salle du dessus.

À l’étage, la grande salle accueillait les réceptions, les conseils, et la justice jusqu’au XVe siècle. Son plafond à caissons est attribué à Amédée VIII de Savoie, qui restaure le logis après les incendies du début du XVe siècle.

La tour et le logis Perrière, le côté administratif

Ajoutés au XVe siècle, ils fixent la limite du château à l’est et surveillent la porte Perrière, en contrebas. Le logis, appelé à l’origine logis du Gouvernement, abrite les comptes du comté et des salles de prestige. Au deuxième étage, des traces d’anciens décors peints sont encore visibles.

Le logis Nemours, la touche Renaissance

Au XVIe siècle, la famille des Genevois-Nemours, une branche de la maison de Savoie, construit ce logis. L’initiative revient à Charlotte d’Orléans, jeune veuve, apparentée au roi François Ier.

C’est la plus belle façade de la cour : pierres soigneusement taillées, fenêtres à meneaux finement travaillées, une petite tourelle en poivrière. À l’intérieur, sur trois niveaux, des pièces en enfilade, chacune avec sa cheminée, ouvertes vers le sud. Le confort a remplacé la défense.

Petit détail littéraire : le fils de Charlotte, Jacques de Genevois-Nemours, est resté célèbre comme le héros du roman La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette.

Le logis Neuf, le plus discret

Construit un peu plus tard, il n’a ni la belle façade ni les fonctions de prestige du logis Nemours. Un bâtiment pratique.

Près de 300 ans de caserne

En 1659, la famille des Genevois-Nemours s’éteint. La dernière héritière, Marie-Jeanne Baptiste, part pour Turin, capitale des États de Savoie, et épouse son cousin Victor-Amédée II. Les princes ne reviendront plus.

Un château vide, à l’époque, finit souvent en carrière de pierres. Celui d’Annecy a un autre destin : il devient une caserne. Et paradoxalement, c’est ce qui le sauve. Les militaires entretiennent le bâtiment à l’économie, sans grandes transformations, si bien qu’il garde dans l’ensemble l’aspect qu’il avait au départ des princes.

Les occupants se succèdent : troupes françaises, espagnoles, autrichiennes au gré des guerres. En 1796, il faut loger 800 fantassins et 100 chevaux. En 1873, le 30e régiment d’infanterie s’y installe. L’écrivain savoyard Henry Bordeaux, qui y fait son service vers 1890, se souvient surtout des punaises, et des levers de soleil sur la Tournette depuis la terrasse.

Le château n’a connu qu’un seul siège, en juillet 1709, pendant la guerre de Succession d’Espagne. Les troupes autrichiennes menacent de faire sauter des mines au pied de la terrasse Perrière. Les soldats français retranchés se rendent juste avant.

Le plafond qui a failli devenir du béton

À la fin du XIXe siècle, le génie militaire veut remplacer le vieux plafond à caissons de la grande salle, vermoulu, transformée en dortoir pour 81 soldats. Les projets : une dalle en béton armé, ou un plafond métallique sur des colonnes en fonte. On envisage même de l’abaisser pour mieux chauffer la salle.

L’archiviste Max Bruchet et l’architecte Charles Suisse obtiennent le classement du château et une restauration à l’identique, en 1902-1903. Le plafond a gardé son allure du XVe siècle. Mais regardez-le en pensant à ceci : ses poutres maîtresses ne sont pas des troncs de sapin. Ce sont des poutrelles métalliques habillées de bois.

Le même Charles Suisse a sauvé, au même moment, le Palais de l’Isle, en contrebas.

1947-1953 : des sans-logis au Musée-Château

L’armée quitte le château en 1947. Au même moment, Annecy manque cruellement de logements. Le préfet et des élus laissent quelques personnes occuper une ou deux pièces. D’autres arrivent ensuite, sans autorisation, pendant cinq ans. Les pouvoirs publics, inquiets, renoncent à les expulser.

Le 12 juillet 1952 au matin, un réchaud à alcool explose et un violent incendie éclate dans la salle des colonnes. Il ne se propage pas. Le château abrite alors 351 personnes. Toutes sont relogées avant la fin de l’année.

En mars 1953, la Ville rachète le château pour mille anciens francs, soit 1,52 €. Une somme symbolique : c’est elle qui paiera la restauration. En 1956, une première exposition ouvre dans la salle des colonnes. Il faudra une quarantaine d’années de travaux, jusqu’à la restauration de la tour et du logis Perrière (1988-1992), pour ouvrir tout le château au public.

Le château sous le château : les abris de 1939

Sous la colline, il existe un autre château, invisible : un réseau de galeries creusé à partir du printemps 1939, à l’initiative du maire Joseph Blanc, pour abriter près de 3 000 personnes en cas de bombardement. Les travaux, réalisés à l’explosif par une entreprise de Thonon, s’achèvent en 1943.

Après la guerre, les galeries trouvent des usages inattendus : une champignonnière, puis, de 1963 à 1994, les caves d’affinage du fromager Schmidhauser.

Elles sont fermées et ne se visitent pas. Mais en montant la ruelle pavée vers le château, regardez à hauteur d’homme : une entrée maçonnée, fermée par une grille, est l’un des anciens accès.

Ce qu’il faut regarder pendant la visite

  1. Le rocher. Au pied de la tour de la Reine, cherchez la roche nue sous les murs : c’est le socle de tout le château.
  2. Les trois maçonneries de la tour de la Reine. Depuis la place du Château, repérez les changements de pierre entre le bas, le milieu et le haut.
  3. Le puits. Une quarantaine de mètres, creusé dans le rocher, signalé dès 1371. Ce n’est pas une oubliette : c’était la réserve d’eau du château.
  4. Les marques de tâcherons. Sur certaines pierres, des lettres et des signes gravés. Les tailleurs de pierre marquaient ainsi leur travail.
  5. La façade du logis Nemours. Comparez ses grandes fenêtres à meneaux aux petites ouvertures de la tour de la Reine : deux siècles et deux façons de vivre.
  6. Le plafond de la grande salle. Ses caissons sont du XVe siècle par l’allure, mais l’armature est du début du XXe.

À savoir avant d’y aller

  • Prix moyen : selon l’Office de tourisme, 6,50 € plein tarif (7 € en juillet et août), 3,50 € en tarif réduit (4 € l’été). Gratuit pour les moins de 12 ans, et pour tous le premier dimanche du mois, d’octobre à mai.
  • Durée : environ une heure pour le musée, d’après l’Office de tourisme. Ajoutez le temps de la terrasse.
  • Horaires : ouvert tous les jours sauf le mardi, avec quelques jours fériés de fermeture. Vérifiez les horaires de la saison sur le site des Musées d’Annecy.
  • Niveau physique : une courte montée par la rampe pavée ou la côte Perrière, puis des escaliers à l’intérieur.
  • Avec enfants ? : oui. Le puits, la tour de la Reine et l’histoire de la caserne marchent très bien.
  • PMR, poussette ? : la montée est raide et pavée, et le château est un monument ancien : renseignez-vous auprès du musée avant de venir.
  • Toilettes ? : toilettes publiques au parking de l’Hôtel de Ville, en bas de la Vieille Ville.
  • Parking ? : la Vieille Ville est piétonne. Garez-vous dans un parking du centre, comme celui de l’Hôtel de Ville, puis montez à pied.

Depuis Annecy : Au-dessus de la Vieille Ville, à pied.

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Est-ce que ça vaut le coup ?

  • Pour les enfants ? Oui. Une vraie tour, un puits de 40 mètres et des soldats qui dormaient dans la grande salle : ça se raconte tout seul.
  • Combien ça coûte ? Quelques euros, et rien le premier dimanche du mois d’octobre à mai.
  • Quel est le meilleur moment ? En fin de journée pour la lumière sur les toits de la Vieille Ville, ou un jour de pluie pour la visite.
  • Y a-t-il beaucoup de monde ? En été, comme toute la Vieille Ville. Le matin et hors saison sont plus calmes.
  • Et si c’est plein ? Faites d’abord le tour extérieur depuis la place du Château, puis revenez au musée en fin d’après-midi.

Une demi-journée entre le château et le Thiou

  • Le matin : montée par la rampe pavée, en repérant l’ancienne entrée des abris, puis visite du Musée-Château.
  • Le midi : redescendez vers le Thiou. Passage de l’Évêché, La Table du Thiou sert une tartiflette très appréciée de ses clients, pour 20 à 30 € par personne.
  • L’après-midi : le Palais de l’Isle, juste en contrebas : après le pouvoir « d’en haut », le pouvoir « d’en bas », celui des prisons et des juges.
  • Plan B en cas de pluie : le château lui-même, presque entièrement à l’abri. Le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet complète la visite.
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Vous préférez qu’on vous raconte la Vieille Ville en marchant ? Des visites guidées se réservent en ligne.

Mon conseil AnnecyPocket : avant d’entrer, restez cinq minutes sur la place du Château, face à la tour de la Reine. Cherchez les trois maçonneries, puis le rocher à sa base. Vous aurez compris le château avant même d’avoir payé votre billet.

Selon votre profil

  • En famille : trois missions. Trouver le rocher sous la tour. Deviner la profondeur du puits (environ 40 m). Imaginer 81 soldats dormant dans la grande salle.
  • En couple : montée en fin de journée, la terrasse quand la lumière tombe sur les toits, puis la descente vers les quais du Thiou.
  • Pour les passionnés d’histoire : gardez cinq dates en tête : XIIIe siècle (tour de la Reine), XVIe siècle (logis Nemours), 1659 (départ des princes), 1952 (l’incendie), 1953 (le rachat).

À proximité

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Questions fréquentes des voyageurs

Le château d’Annecy se visite-t-il ?

Oui. Il abrite le Musée-Château, ouvert tous les jours sauf le mardi. Comptez environ une heure de visite.

Pourquoi la tour s’appelle-t-elle « tour de la Reine » ?

À cause d’une légende apparue au XVIIIe siècle, selon laquelle une reine y aurait été enfermée. Les Musées d’Annecy la jugent inventée : on parlait avant de la grande tour.

Combien la Ville a-t-elle payé le château ?

Mille anciens francs, soit 1,52 €, en mars 1953. Une somme symbolique : la Ville prenait à sa charge toute la restauration.

Le château a-t-il des souterrains ?

Pas de souterrain médiéval connu. Mais des abris ont été creusés sous la colline à partir de 1939, puis ont servi de caves d’affinage jusqu’en 1994. Ils ne se visitent pas.

Le puits du château est-il une oubliette ?

Non. C’est un puits d’une quarantaine de mètres creusé dans le rocher et signalé dès 1371, qui fournissait l’eau du château.

Pour aller plus loin

Conclusion

Le château d’Annecy n’est pas un décor figé. Il a été la maison des comtes, l’élégante résidence des Genevois-Nemours, une caserne pleine de punaises, un refuge pour 351 sans-logis, puis un musée racheté pour 1,52 €. Chaque bâtiment de la cour garde la trace d’une de ces vies. La prochaine fois que vous le verrez depuis les quais, cherchez la tour de la Reine : c’est par elle que tout a commencé.

Vous avez une photo ancienne du château, du temps de la caserne ou des sans-logis ? Écrivez-nous depuis la page contact.

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