Les marchés d’autrefois à Annecy : du poisson sur le pont Morens à la foire de la Saint-André

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLe pont Morens, ancien pont de la Poissonnerie · le passage de l’Évêché · les étals de la rue Sainte-Claire
À faireLe marché de la Vieille Ville le mardi, le vendredi ou le dimanche matin · la foire de la Saint-André début décembre
L’histoire en une phraseDu poisson vendu sur un pont couvert de maisons, une foire née avec les libertés de la ville
L’expérienceFaire son marché là où les Annéciens le font depuis plus de cinq siècles
Pour quiCurieux d’histoire, familles, gourmands, amateurs de marchés

Le pont Morens, vous l’avez sûrement traversé. Un pont de pierre, des étals les jours de marché, le Palais de l’Isle à deux pas. Rien d’extraordinaire, en apparence.

Pourtant, pendant des siècles, ce pont portait des maisons de trois étages. On l’appelait le pont de la Poissonnerie, et ses habitants l’avaient surnommé « le château branlant ».

Les marchés d’autrefois à Annecy ont laissé peu de bâtiments. Mais ils ont laissé des noms, des règles et des habitudes qui tiennent encore. On vous emmène les lire dans la ville.

Pourquoi Annecy faisait son marché au bord de l’eau

Au Moyen Âge, Annecy est une petite ville serrée entre le château, ses murs et le Thiou, la rivière qui sort du lac. Le commerce se fait là où passent les gens : dans les rues et sur les ponts.

Et les gens passent par le pont Morens. Selon l’Inventaire général du patrimoine culturel, la rue du Pont Morens était l’un des grands axes pour traverser le Thiou vers le nord, en direction de Genève. Le site tourisme-annecy.net rappelle que les voyageurs et les marchands de la route d’Italie vers Genève l’empruntaient.

C’est aussi un pont solide. Probablement un pont-levis, puis un pont de bois au Moyen Âge, il est désigné comme pont de pierre dans des textes datés de 1293-1431 et de 1367. C’est sans doute le premier pont de pierre de la ville. Son nom, écrit « Morene » ou « Morent » entre 1512 et 1659, viendrait peut-être du latin morans : permanent, stable. Le pont qui tient, face aux ponts de bois.

Un pont solide, sur la route de Genève, au-dessus d’une eau qui emporte tout. On comprend que le poisson s’y soit vendu.

Le pont de la Poissonnerie et son « château branlant »

D’après l’Inventaire, on vend du poisson sur le pont Morens depuis 1499. En 1617, les textes l’appellent tout simplement le « pont de la Poissonnerie ».

On lui donnait aussi un troisième nom, le pont Saint-Georges, à cause d’un petit oratoire dédié au saint posé sur le pont.

Puis le pont se couvre de maisons. Elles montent jusqu’à trois étages, accrochées au-dessus du Thiou. Le site tourisme-annecy.net parle de trois maisons posées sur des piliers de pierre mal faits, dont une penchait nettement. Les Annéciens trouvent le surnom : le château branlant. Pas un château, donc. Un pâté de maisons qui ne tenait pas très droit.

Ces maisons apparaissent encore sur le cadastre de 1866. Les voisins, privés de lumière et de passage, réclamaient leur démolition depuis longtemps, selon le même site, qui cite deux expertises en 1881 et 1884, puis le rachat de l’ensemble par la mairie en 1885. Le château branlant disparaît en 1886.

Le peintre Paul Cabaud l’a représenté sur un tableau. C’est grâce à des images comme la sienne qu’on peut encore imaginer le pont couvert.

Ce que le pont ne dit pas : sa largeur

On lit parfois que le pont Morens est très large, environ 7 mètres, parce qu’il devait porter les maisons. C’est plus compliqué. L’Inventaire précise que le pont a été élargi en 1854, et que c’est à cette occasion qu’on a démoli l’oratoire Saint-Georges. La largeur que vous voyez aujourd’hui doit donc beaucoup aux travaux du XIXe siècle.

Ce qui se voit encore :

  • Le biais. Le pont ne traverse pas le Thiou tout droit, il est construit de travers.
  • Les trois voûtes, depuis le quai de l’Évêché ou le quai de l’Île. D’après tourisme-annecy.net, le pont est fait de deux ponts accolés : regardez sous l’arche de droite, les piliers sont décalés.
  • Les étals. Les jours de marché et de brocante, le pont accueille toujours des stands. Sur un groupe d’anciens Annéciens, une vieille photo légendée « pont Morens, jour de marché 1948 » montre que l’habitude ne date pas d’hier.

Le marché sous surveillance : prix fixés et Carême sans viande

À quelques mètres en aval, au passage de l’Évêché, se trouvaient les boucheries. Le bâtiment enjambait le Thiou, le plancher était percé pour jeter les déchets à la rivière, et des filets attendaient en aval les poissons engraissés. On raconte cette histoire, et ce qu’est devenu le bâtiment, dans notre article sur le Thiou et ses boucheries.

Ce qu’on sait moins, c’est que ce marché était très encadré. D’après le parcours des guides de la Ville présenté par Haute-Savoie Tourisme, la Ville contrôlait le commerce de la viande et en fixait les prix. Elle interdisait d’abattre les bêtes malades ou déjà mortes. Et pendant le Carême, les quarante jours avant Pâques, la vente de viande était interdite, sauf pour les personnes fragiles.

Faire son marché à Annecy, ce n’était donc pas seulement acheter. C’était acheter selon les règles de la ville et le calendrier de l’Église.

Au début du XIXe siècle, ces boucheries, en mauvais état, sont reconstruites un peu plus loin : le nouveau bâtiment, inauguré en 1833, est aujourd’hui la salle Pierre Lamy. Selon l’office de tourisme, des boutiques de boucherie donnaient sur ce qui allait devenir la rue de la République.

La foire de la Saint-André, née avec les libertés de la ville

Le marché, c’est chaque semaine. La foire, c’est une fois par an. Et à Annecy, il en reste une : la foire de la Saint-André, le premier mardi de décembre.

D’après la presse locale, le premier document qui la mentionne date du 19 novembre 1367. Ce jour-là, le comte de Genève confirme les franchises de la ville, c’est-à-dire les droits et libertés des habitants. La foire fait partie du paquet.

En 1563, nouveau renouvellement des franchises, par Janus de Savoie. Le texte cite alors quatre foires : le lundi après la Saint-André, quatre semaines après le lundi de Pâques, le lundi après la Madeleine et le lundi après la Saint-Michel. Toutes exonérées d’impôts et de taxes. Les bouchers qui abattaient des bêtes pendant la foire, eux, devaient payer une redevance.

Trois de ces foires ont disparu. La Saint-André a tenu. Elle a seulement changé de visage : toujours selon la presse locale, on n’y vend plus ni bétail ni machines depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, c’est une marée humaine. Environ 1 100 commerçants, 5,5 kilomètres d’étals de la gare à la Vieille Ville et le long de l’avenue d’Albigny, de 9 heures à 19 heures, et une fête foraine installée place des Romains pendant deux semaines. On vous dit tout de son histoire dans notre article sur la foire de la Saint-André.

Le marché n’a jamais quitté la Vieille Ville

Le plus étonnant, au fond, c’est que rien n’a vraiment bougé.

Le marché de la Vieille Ville se tient toujours le mardi, le vendredi et le dimanche matin, de 7 heures à 13 heures, toute l’année, rue Sainte-Claire et dans les rues voisines. Le mardi, c’est le marché alimentaire, avec les produits du terroir. Le vendredi et le dimanche, il s’élargit au textile et aux objets. On le décrit en détail dans notre page sur le marché de la Vieille Ville.

Sous les arcades de la rue Sainte-Claire, les étals s’installent à l’abri, comme les boutiques s’y sont toujours abritées. Et le pont Morens, l’ancien pont de la Poissonnerie, reçoit encore ses stands.

Un nom de rue garde aussi la mémoire du commerce : la rue Grenette, à deux pas du pont Morens. Une grenette, c’est une halle ou un marché aux grains : on en trouve aussi à Faverges ou au Grand-Bornand. Aucune source consultée ne dit où se trouvait exactement celle d’Annecy ni à quoi elle ressemblait. Le nom, lui, est resté.

Dernier chapitre en date : les Halles du Haras. Ouvertes le 5 juin 2026 dans l’ancien haras d’Annecy, elles réunissent dix-neuf commerçants sous un même toit. Après des siècles de marché en plein air, Annecy a de nouveau des halles couvertes.

Le parcours des marchés d’autrefois en 5 arrêts

Tout se fait à pied, sur un terrain plat. Du pont Morens aux Halles du Haras, en passant par la salle Pierre Lamy, Google Maps compte 19 minutes de marche pour 1,4 km, sans les arrêts.

  1. Le pont Morens : le biais, les trois voûtes, les étals. Imaginez trois maisons au-dessus de vous.
  2. Le passage de l’Évêché : l’emplacement des anciennes boucheries, juste en aval.
  3. La rue Sainte-Claire : le marché sous les arcades, le mardi, le vendredi et le dimanche matin.
  4. La salle Pierre Lamy, 12 rue de la République : l’abattoir de 1833 devenu salle de spectacle.
  5. Les Halles du Haras, 11 rue Guillaume Fichet : le marché couvert d’aujourd’hui.

Vous préférez qu’on vous raconte la Vieille Ville en marchant ? Des visites guidées se réservent en ligne.

À savoir avant de partir sur les traces des marchés

  • Prix moyen : gratuit. Le pont, les rues et le marché sont en accès libre.
  • Durée : 19 minutes de marche pour le parcours complet. Prévoyez davantage pour flâner entre les étals.
  • Meilleure période : toute l’année, un jour de marché. Le mardi pour le marché alimentaire.
  • Niveau physique : facile, tout est plat.
  • Avec enfants ? : oui. Chercher le biais du pont, compter ses voûtes, imaginer les maisons au-dessus de l’eau.
  • PMR (Accessibilité réelle) ? : le parcours est plat, mais pavé dans la Vieille Ville, et très fréquenté les matins de marché.
  • Chien accepté ? : oui, ce sont des rues. Les jours de marché, mieux vaut le tenir court.
  • Toilettes ? : toilettes publiques de la Manufacture, 1 quai des Clarisses, près de la place Sainte-Claire.
  • Parking ? : la Vieille Ville est piétonne. Le plus simple est d’y venir à pied.

Depuis Annecy : 19 minutes à pied jusqu aux Halles du Haras.

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Est-ce que ça vaut le coup ?

  • Pour les enfants ? Oui, surtout un jour de marché : il y a de quoi regarder partout, et l’histoire du château branlant amuse les petits comme les grands.
  • Avec une poussette ? Oui, c’est plat. Les matins de marché, la rue Sainte-Claire est encombrée : passez par les quais.
  • Combien ça coûte ? Rien, sauf vos courses.
  • Quel est le meilleur moment ? Tôt le matin : le marché ouvre à 7 heures, et c’est le moment le plus calme pour regarder les étals.
  • Y a-t-il beaucoup de monde ? Oui, les matins de marché, et énormément le jour de la foire de la Saint-André.
  • Et si c’est plein ? Allez aux Halles du Haras, à 19 minutes à pied, ou faites le parcours un jour sans marché pour regarder le pont tranquillement.

Une matinée de marché comme autrefois

  • Le matin : un mardi, commencez par le marché alimentaire de la rue Sainte-Claire, puis descendez au pont Morens et au passage de l’Évêché. Si vous repartez avec du fromage, un sac isotherme le gardera au frais jusqu’à la maison.
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  • Le midi : restez au bord du Thiou. Sur le quai de l’Évêché, à deux pas du pont Morens, Le Chalet est noté 4,4/5 sur plus de 4 700 avis Google, pour 30 à 70 € par personne. On y vient pour les plats savoyards, fondue et raclette en tête, dans une salle tout en bois.
  • L’après-midi : marchez jusqu’à la salle Pierre Lamy, puis aux Halles du Haras.
  • Plan B en cas de pluie : une partie des étals de la rue Sainte-Claire est à l’abri des arcades, et les Halles du Haras sont couvertes. Pour prolonger le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte l’évolution de la ville.
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Mon conseil AnnecyPocket : un matin de marché, descendez sur le quai de l’Évêché et regardez le pont Morens d’en bas, pas d’en haut. Comptez les trois voûtes, cherchez le décalage des piliers sous l’arche de droite. Puis remontez sur le pont, au milieu des étals, et dites-vous qu’on y vendait déjà du poisson en 1499.

Selon votre profil

  • En famille : trois missions. Trouver de quel côté le pont est de travers. Compter ses voûtes. Imaginer où tenaient les trois maisons.
  • En couple : le marché du dimanche matin, puis un déjeuner au bord du Thiou.
  • Pour les passionnés d’histoire : lisez la fiche du pont Morens dans l’Inventaire général du patrimoine culturel de la région, puis allez voir le pont avec ses dates en tête : 1293, 1499, 1617, 1854, 1886.

À proximité

  • RestaurantLe Chaletquai de l'Évêché
  • MarchéMarché de la Vieille Villemardi, vendredi, dimanche matin
  • À voirLe Thioules boucheries du passage de l'Évêché
  • À voirRue Sainte-Clairele marché sous les arcades
  • Plan B pluieHalles du Harasmarché couvert, 11 rue Guillaume Fichet
  • HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,6 km à vol d’oiseau

Dormir près des marchés de la Vieille Ville

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Questions fréquentes des voyageurs

Pourquoi le pont Morens s’appelait-il le pont de la Poissonnerie ?

Parce qu’on y vendait du poisson depuis 1499. En 1617, les textes le nomment officiellement « pont de la Poissonnerie ».

Qu’est-ce que le château branlant d’Annecy ?

C’était l’ensemble des maisons construites sur le pont Morens, jusqu’à trois étages. Ce n’était pas un château : le surnom moquait ces bâtisses peu solides, détruites en 1886.

Quels jours a lieu le marché de la Vieille Ville d’Annecy ?

Le mardi, le vendredi et le dimanche matin, de 7 heures à 13 heures, toute l’année. Le mardi est consacré à l’alimentaire.

Depuis quand existe la foire de la Saint-André à Annecy ?

Selon la presse locale, elle est mentionnée pour la première fois le 19 novembre 1367, dans la confirmation des franchises de la ville. Elle a lieu chaque année le premier mardi de décembre.

Peut-on encore voir les maisons du pont Morens ?

Non, elles ont été démolies en 1886. Le peintre Paul Cabaud les a représentées sur un tableau.

Pour aller plus loin

Conclusion

Les marchés d’autrefois à Annecy n’ont pas laissé de grande halle. Ils ont laissé un pont qu’on appelait la Poissonnerie, des règles de Carême, une foire mentionnée dès 1367 et un marché qui revient trois fois par semaine dans les mêmes rues. La prochaine fois que vous achèterez un fromage rue Sainte-Claire, vous saurez que vous suivez une très vieille habitude.

Vous avez une photo ancienne du pont Morens ou d’un marché d’Annecy ? Écrivez-nous depuis la page contact.

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