Les métiers médiévaux d’Annecy : couteliers, tanneurs et meuniers au bord du Thiou

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLe Thiou et ses vannes · le Palais de l’Isle, ancien atelier monétaire · l’île Saint-Joseph
À faireLa balade « Le Thiou à Annecy » · l’itinéraire « Au fil du Thiou industriel » jusqu’à Cran-Gevrier
L’histoire en une phraseUne petite rivière régulière qui a fait d’Annecy une ville de couteliers et de tanneurs
L’expérienceRegarder les canaux comme des outils de travail, pas comme un décor
Pour quiCurieux d’histoire, familles, marcheurs

Aujourd’hui, au bord du Thiou, on entend surtout l’eau et les conversations des terrasses. On photographie les cygnes, les fleurs, le Palais de l’Isle.

Au Moyen Âge, le même endroit était un atelier. Des roues tournaient dans le courant, des marteaux battaient le fer, des peaux trempaient dans la rivière. Annecy vivait de ses artisans.

Les métiers médiévaux d’Annecy ont presque tout perdu de leurs machines. Mais on peut encore lire leur histoire dans la ville, si l’on sait où regarder.

Pourquoi les artisans se sont installés au bord du Thiou

Le Thiou est une rivière très courte : environ 3,5 kilomètres entre le lac et le Fier. Mais elle a un atout rare. Le lac, en amont, joue le rôle d’un grand réservoir. Le débit reste assez régulier, sans les crues brutales qui emportent tout.

Pour un artisan médiéval, c’est une aubaine. Une roue posée dans le courant tourne presque toute l’année. Elle peut moudre le grain, actionner un marteau, faire tourner une meule à aiguiser ou battre une étoffe. Au Moyen Âge, on appelle tout cela des moulins.

Les comtes de Genève l’ont vite compris. L’historien Adrien Tourasse a étudié 28 comptes de châtellenie rédigés sous le comte Amédée III, entre 1325 et 1366. On y voit l’administration comtale construire des moulins sur le Thiou, les entretenir, les louer et parfois les vendre. Un moulin, c’est un revenu pour le seigneur.

Les canaux de la Vieille Ville viennent de là. Ils ont été creusés et réglés pour amener l’eau aux roues, pas pour promener des barques. On raconte cette histoire en détail dans notre article sur l’histoire des canaux.

Le meunier, technicien de la rivière

Les plus anciens moulins connus à Annecy n’appartiennent pas au comte, mais à l’abbaye Sainte-Catherine-du-Mont, sur les hauteurs du Semnoz.

Un contrat de 1312 donne une idée très concrète du métier. Une meunière, Aimonète Colombet, loue des moulins de l’abbaye. Son loyer : 60 coupes de froment par an. En échange, elle doit entretenir à ses frais le canal qui alimente la roue. Et le contrat lui accorde un petit bonus : un tiers du profit des poissons pris dans le canal.

Le meunier n’est donc pas seulement celui qui moud le blé. Il surveille le niveau de l’eau, nettoie le canal, répare la roue. Sans lui, la machine s’arrête.

On le voit bien en 1348. La Peste noire frappe Annecy, et les comptes de châtellenie montrent que les meuniers ont été durement touchés. Les roues de bois, qui restent dans l’eau, pourrissent faute d’entretien. Le châtelain engage alors un nouvel homme pour les moulins, Thomasset Berthet, et fait couper des chênes dans la forêt de Chevêne pour refaire les grandes roues.

Le fer et le cuir : la ville des couteliers et des tanneurs

À la fin du Moyen Âge, Annecy n’est pas une ville d’armuriers pour chevaliers. C’est une ville de lames et de cuir.

Les registres fiscaux de la fin du XVe siècle, en particulier celui de 1497, permettent de compter les artisans. Les chiffres surprennent.

Métier en 1497Nombre
Couteliers24
Escoffiers (tanneurs)19
Cordonniersenviron 15
Gainiers (étuis et fourreaux)14
Forgerons7
Serruriers7
Fabricants d’épées3
Selliers3
Arbalétriers2
Fabricant de cuirasses1
Épinglier1

Vingt-quatre couteliers pour un seul fabricant de cuirasses : Annecy équipe le quotidien, pas la chevalerie. Et les quatorze gainiers vont avec les couteliers. Ce sont eux qui fabriquent les étuis et les fourreaux des lames.

Le cuir demande énormément d’eau. Il faut tremper les peaux, retirer les poils à la chaux, puis les tanner avec l’écorce de chêne. Une rivière qui coule sans s’arrêter, c’est exactement ce qu’il faut. Ce qui sort des cuves, en revanche, n’a rien de propre : chaux, déchets de peaux, tanin. Le Thiou de l’époque n’a pas grand-chose à voir avec l’eau claire d’aujourd’hui.

Les ateliers ont même laissé leur trace dans les textes sur l’enceinte : dès 1327, un acte parle d’une « porte neuve des fabriques ». On la présente dans notre article sur les anciennes portes de la ville.

Trois histoires que peu de visiteurs connaissent

Du papier dès 1395

On associe souvent le papier d’Annecy à la famille Aussedat et à sa papeterie de Cran-Gevrier, fondée au début du XIXe siècle. L’histoire commence bien plus tôt.

En 1395, un Lombard nommé Burin obtient du comte Humbert de Villars le droit d’installer un battoir à papier sur le Thiou. À l’époque, l’Italie du Nord maîtrise la fabrication du papier à partir de vieux chiffons broyés par des maillets mus par l’eau. Burin apporte ce savoir-faire à Annecy.

Le rêve du drap d’Amédée VIII

En 1412, le duc Amédée VIII accorde de larges privilèges pour installer à Annecy une industrie du drap, avec des drapiers venus d’Yverdon, en Suisse. Le projet ne fera pas d’Annecy une ville du drap.

Une explication est souvent avancée : pour fouler la laine, il faut de lourds maillets actionnés par l’eau, et la force du Thiou était déjà largement prise par les moulins, les forges et les tanneries. Annecy restera une ville du fer et du cuir.

Un moulin à deux propriétaires

Une roue à eau coûte cher. En 1465, un notaire, Antoine Chapuis, et un coutelier, Pierre Fournier, possèdent ensemble, à parts égales, un grand moulin à Cran. Au XVIe siècle, des bourgeois investissent dans des installations hydrauliques pour les louer à des artisans qui n’ont pas les moyens d’en avoir une. Partager l’outil pour réduire la dépense : l’idée n’a rien de moderne.

Quand l’artisanat descend vers Cran

Le centre d’Annecy est plat. Il y a peu de pente, donc peu de place pour de nouvelles roues. Et tout le monde veut la même eau : le meunier la veut propre et régulière, le tanneur la salit, le forgeron la ralentit.

En aval, à Cran, le Thiou descend beaucoup plus vite avant de rejoindre le Fier. Le moulin de 1465 s’y trouvait déjà. Au fil des siècles, les grandes industries s’y installent : papeterie Aussedat, Forges de Cran. On suit la rivière jusque-là dans notre article sur le Thiou.

Ceux qui faisaient tourner la ville : le cimetière du Petit-Metz

Une fouille a rappelé que derrière ces chiffres, il y avait des vies. En 2018, de mai à octobre, les archéologues ont fouillé le terrain de l’Institut de formation en soins infirmiers, près de l’hôpital d’Annecy. Ils y ont retrouvé près de 600 tombes, installées autour des restes de l’église Saint-Didier, détruite au XIXe siècle.

C’était le cimetière de l’ancienne paroisse du Petit-Metz, utilisé du Xe au XVIIIe siècle. L’étude des sépultures porte sur près de huit siècles d’habitants : leurs pratiques funéraires et leur état de santé.

Ce que l’on peut encore voir des métiers médiévaux

Aucune machine médiévale n’a survécu. Le bois des roues, toujours dans l’eau, a disparu depuis longtemps, et l’historien Adrien Tourasse souligne qu’aucun vestige archéologique de ces moulins n’est connu à Annecy. Ce qui reste, c’est le dessin de la ville.

  • Le Palais de l’Isle. Posé sur une île au milieu du Thiou, il a abrité l’atelier monétaire des comtes de Genève. Regardez comment il coupe la rivière en deux : c’est ce partage du courant qui rendait l’endroit si utile.
  • Les vannes du Thiou. Elles sont modernes, mais elles répondent à la même question qu’au Moyen Âge : combien d’eau laisser passer, et où. Les meuniers comme Aimonète Colombet réglaient déjà leur canal.
  • L’île Saint-Joseph. D’après Haute-Savoie Tourisme, c’était au Moyen Âge un lieu d’artisanat, avec des moulins et des battoirs. C’est aujourd’hui un parc.
  • Les canaux. Étroits, bordés de murs qui plongent dans l’eau, ils ont été tracés pour le travail. La mappe sarde, le cadastre savoyard du XVIIIe siècle, montre encore leur réseau avant les grands changements du XIXe siècle.

Le parcours des métiers du Thiou

Le plus simple est de suivre un parcours déjà balisé.

  1. « Le Thiou à Annecy », le parcours de la Ville d’art et d’histoire : 1,6 km et 8 étapes dans la Vieille Ville.
  2. « Au fil du Thiou industriel », l’itinéraire de Haute-Savoie Mont-Blanc Tourisme : de l’île Saint-Joseph jusqu’à l’ancien site des Forges de Cran, environ 3 km. Il passe par la papeterie Aussedat et la Turbine de Brassilly.

Vous préférez qu’on vous raconte la Vieille Ville en marchant ? Des visites guidées se réservent en ligne.

À savoir avant de partir sur les traces des artisans

  • Prix moyen : gratuit. Les quais, les ponts et les parcours sont en accès libre.
  • Durée : 1,6 km pour le parcours de la Vieille Ville. Ajoutez l’itinéraire jusqu’à Cran-Gevrier si vous avez une demi-journée.
  • Meilleure période : toute l’année. Tôt le matin, les quais sont plus calmes.
  • Niveau physique : facile. L’itinéraire vers Cran a une courte côte, d’environ 10 % sur 50 mètres.
  • Avec enfants ? : oui. Compter les vannes, trouver où l’eau se sépare autour du Palais de l’Isle, imaginer les roues.
  • PMR (Accessibilité réelle) ? : les quais sont plats, mais la Vieille Ville est pavée et très fréquentée en saison.
  • Chien accepté ? : oui, les animaux sont acceptés sur l’itinéraire du Thiou industriel.
  • Toilettes ? : toilettes publiques au parking de l’Hôtel de Ville, et à la Turbine de Brassilly, à Cran-Gevrier, généralement ouverte l’après-midi du mardi au dimanche.
  • Parking ? : la Vieille Ville est piétonne. Pour l’itinéraire industriel, un petit parking se trouve près de l’église du Pont-Neuf, rue de l’Isernon. Le bus Sibra dessert aussi le parcours (lignes Rythmo 1 et 2).

Depuis Annecy : 1,6 km de balade le long du Thiou.

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Est-ce que ça vaut le coup ?

  • Pour les enfants ? Oui. Une ville qui fabriquait des couteaux et du papier au bord de l’eau, ça se raconte bien en marchant.
  • Avec une poussette ? Oui sur les quais, qui sont plats. Les ruelles pavées de la Vieille Ville sont plus inconfortables.
  • Combien ça coûte ? Rien.
  • Quel est le meilleur moment ? Le matin, avant l’arrivée des groupes autour du Palais de l’Isle.
  • Y a-t-il beaucoup de monde ? Oui en été dans la Vieille Ville. L’itinéraire vers Cran-Gevrier est bien plus tranquille.
  • Et si c’est plein ? Partez de l’île Saint-Joseph et descendez le Thiou vers Cran : c’est la partie la moins fréquentée.

Une demi-journée sur les traces des métiers médiévaux

  • Le matin : le parcours « Le Thiou à Annecy », en commençant par le Palais de l’Isle. Arrêtez-vous sur un pont et regardez l’eau se partager autour de l’île.
  • Le midi : restez au bord de l’eau. Passage de l’Évêché, juste à côté des anciennes boucheries, La Table du Thiou sert une tartiflette très appréciée de ses clients, pour 20 à 30 € par personne.
  • L’après-midi : marchez jusqu’à l’île Saint-Joseph, puis suivez « Au fil du Thiou industriel » vers Cran-Gevrier.
  • Plan B en cas de pluie : le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte comment la ville s’est construite autour de sa rivière.
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Mon conseil AnnecyPocket : sur le pont le plus proche du Palais de l’Isle, tournez le dos aux boutiques et écoutez seulement l’eau. Puis imaginez à la place des marteaux, des meules et des roues de bois. Vingt-quatre couteliers travaillaient à Annecy en 1497. Le décor de carte postale est né de leur atelier.

Selon votre profil

  • En famille : trois missions. Trouver où le Thiou se sépare en deux. Compter les vannes. Deviner combien de couteliers vivaient à Annecy en 1497.
  • En couple : le parcours de la Vieille Ville le matin, un déjeuner au bord de l’eau, puis la partie calme vers Cran-Gevrier.
  • Pour les passionnés d’histoire : lisez l’article d’Adrien Tourasse sur les moulins seigneuriaux d’Annecy, en accès libre dans la revue Archéologies, puis allez voir le Thiou avec ses dates en tête : 1312, 1348, 1395, 1412, 1497.

À proximité

  • RestaurantLa Table du Thioupassage de l Évêché
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  • À voirTurbine de Brassillymémoire industrielle, Cran-Gevrier
  • HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,4 km à vol d’oiseau

Dormir près de la Vieille Ville

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Questions fréquentes des voyageurs

Quels étaient les principaux métiers d’Annecy au Moyen Âge ?

Le fer et le cuir. En 1497, on comptait 24 couteliers, 19 tanneurs, environ 15 cordonniers et 14 gainiers, mais un seul fabricant de cuirasses.

Pourquoi les artisans s’installaient-ils au bord du Thiou ?

Pour sa force. Grâce au lac en amont, le Thiou coule de façon régulière, ce qui permettait de faire tourner des roues presque toute l’année.

Reste-t-il des moulins médiévaux à Annecy ?

Non, aucune machine n’a survécu. On lit leur histoire dans le tracé des canaux, autour du Palais de l’Isle et sur l’île Saint-Joseph.

Depuis quand fabrique-t-on du papier à Annecy ?

Depuis au moins 1395, quand un Lombard nommé Burin obtient le droit d’installer un battoir à papier sur le Thiou, bien avant la papeterie Aussedat.

Les canaux d’Annecy servaient-ils à la navigation ?

Non. Ils ont été aménagés pour amener l’eau aux roues des moulins et des ateliers. C’étaient des outils de travail.

Pour aller plus loin

Conclusion

Les métiers médiévaux d’Annecy ont disparu, mais ils ont dessiné la ville. Les canaux, les îles, les vannes, et même la lente descente de l’industrie vers Cran racontent la même histoire : celle d’une petite rivière qu’on a fait travailler. La prochaine fois que vous photographierez le Palais de l’Isle, pensez aux roues qui tournaient à côté.

Vous avez une photo ancienne du Thiou ou d’un atelier de la Vieille Ville ? Écrivez-nous depuis la page contact.

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