



En un coup d’œil
| À voir aujourd’hui | Les arcades · le portail Renaissance du n° 18 · la fontaine Quiberet · la porte Sainte-Claire et son clocheton |
|---|---|
| À faire | Balade libre et gratuite · marché le mardi, le vendredi et le dimanche matin |
| L’histoire en une phrase | Une rue de marchands, d’évêques et de religieuses, qui a gardé ses arcades contre l’avis d’un architecte |
| L’expérience | Lire quatre siècles d’histoire sur une seule rue, entre deux terrasses |
| Pour qui | Curieux d’histoire, couples, familles, amateurs de marchés |
La rue Sainte-Claire, tout le monde l’a déjà parcourue. C’est la rue des arcades, des façades ocre et rose, des terrasses serrées et du marché du dimanche. On la traverse en regardant les vitrines.
Mais cette rue a failli perdre ses arcades. Elle a abrité une académie savante avant l’Académie française. Et sa petite fontaine allait chercher l’eau au fond d’un puits.
Alors on va la remonter doucement, numéro par numéro, jusqu’à la vieille porte qui fermait la ville.
Dans cet article
La rue Sainte-Claire, c’est quoi exactement ?
La rue Sainte-Claire est la grande rue à arcades de la Vieille Ville d’Annecy. Elle part du carrefour avec la rue de la République, côté centre, et file vers l’ouest jusqu’à la porte Sainte-Claire, l’une des dernières portes de l’ancienne enceinte. Au-delà, la rue devient le faubourg Sainte-Claire.
C’est par cette porte que la ville s’ouvrait sur la route de Chambéry.
Son nom vient des Clarisses, les religieuses de l’ordre de sainte Claire, dont le couvent se dressait tout près de la porte. Les religieuses ont disparu à la Révolution, le couvent aussi. Le nom, lui, est resté sur la porte, sur la rue et sur le faubourg.
L’homme qui voulait raser les arcades
Commencez par lever les yeux. Les arcades de la rue Sainte-Claire portent les étages des maisons au-dessus du trottoir, sur de gros piliers de pierre. En dessous, on marche à l’abri, et les boutiques ouvrent sous les voûtes. Pourquoi les maisons d’Annecy ont pris cette forme, on le raconte dans notre article sur les arcades de la Vieille Ville.
Ici, une histoire suffit. À la fin du XVIIIe siècle, Charles Gallo, membre du corps des architectes du royaume de Piémont-Sardaigne, rachète une maison au bout de la rue, place Sainte-Claire. Il la transforme en 1794 à son goût. Le goût de Turin : fenêtres ornées, symétrie, inspiration néoclassique et baroque.
Et la rue, il la trouve de travers. Gallo veut supprimer les arcades de la rue Sainte-Claire pour aligner les façades bien droites, comme dans une ville neuve. Il n’y parviendra pas.
Ce qui se voit encore : sa maison, la maison Gallo, juste à côté de la porte Sainte-Claire. Reculez sur la place et regardez les deuxième et troisième étages : les encadrements de fenêtres tranchent avec les maisons voisines. Aujourd’hui, elle abrite les Amis du Vieil Annecy, une association qui défend justement le patrimoine de la ville. On peut la visiter aux Journées du patrimoine.
La maison de l’architecte qui voulait raser les arcades abrite aujourd’hui les gardiens du vieil Annecy. Les arcades, elles, sont toujours là.
Au n° 18, une académie avant l’Académie française
Au 18 rue Sainte-Claire, passez les vitrines du rez-de-chaussée et cherchez un portail en pierre surmonté d’un fronton triangulaire. C’est l’entrée de l’hôtel Bagnorea, qu’on appelle aussi hôtel Favre.
La maison est bâtie dans la seconde moitié du XVIe siècle pour Gallois de Regard (1512-1582). Ce Savoyard a fait carrière au Vatican et porte le titre d’évêque de Bagnorea, une ville d’Italie. À 56 ans, il s’installe à Annecy dans une demeure à l’italienne.
C’est une petite révolution dans la rue. Sur la façade, les fenêtres n’ont plus la croisée de pierre du Moyen Âge, mais de simples moulures : c’est le premier exemple à Annecy. Derrière, le plan reprend celui d’un palais italien, quatre ailes autour d’une cour. Et l’escalier n’est plus une vis étroite, mais un escalier à volées droites.
En 1608, la maison est achetée par Antoine Favre, grand juriste et membre du Sénat de Savoie. Mais il y avait déjà installé, en 1606-1607, avec son ami François de Sales, une société savante qui voulait aussi instruire : l’Académie florimontane. C’était près de trente ans avant la fondation de l’Académie française, en 1635. François de Sales, alors évêque de Genève, a ensuite séjourné régulièrement dans la maison, de 1610 à 1622. On raconte sa vie dans notre portrait de François de Sales.
Ce qui se voit encore : le portail et l’escalier sont inscrits aux Monuments historiques depuis 1942. La maison reste une propriété privée. Le portail se regarde depuis la rue. Si la porte de la cour est ouverte, restez discret.
Au n° 31, une fontaine qui puisait sous vos pieds
Plus loin dans la rue, au 31, une fontaine se cache au pied du contrefort d’une arcade. C’est la fontaine Quiberet, bâtie au XVIIe siècle et inscrite aux Monuments historiques en 1943.
On passe devant sans la voir. Pourtant, elle cache une mécanique étonnante. Elle était alimentée par un puits. Une noria, une roue à godets, remontait l’eau jusqu’au bec de la fontaine.
Le détail à chercher : sur la pierre au sommet de l’arc, les armes d’Annecy. Une truite d’argent, l’emblème de la ville, posée là pour rappeler que l’eau et le poisson faisaient la richesse d’Annecy.
Au n° 35, une devanture protégée comme un monument
Quelques pas plus loin, au 35, regardez la devanture en bois du rez-de-chaussée. Elle date du XIXe siècle, quand la maison abritait un magasin. Un café l’occupe aujourd’hui.
Cette devanture est inscrite aux Monuments historiques depuis le 28 décembre 1984. Pas la maison entière : seulement la devanture. Le patrimoine de la rue Sainte-Claire, ce ne sont pas que des palais de la Renaissance. C’est aussi une simple vitrine de boutique.
Deux portes : la ville et son faubourg
Vous voici devant la porte Sainte-Claire. Elle faisait partie de l’enceinte de la ville, tournée vers Chambéry et Aix-les-Bains.
Approchez-vous. Les gonds de ses battants, usés par le temps, sont encore scellés dans la pierre. Plus haut, une rangée de mâchicoulis, ces ouvertures en surplomb d’où l’on défendait l’entrée. Et tout en haut, un clocheton. Pour bien le voir, reculez de quelques mètres.
Passez la porte. Vous n’êtes pas sorti de la ville pour autant. Les maisons continuent : c’est le faubourg Sainte-Claire. Au bout, une seconde porte, en ogive, le protégeait : la porte du Sépulcre. Elle tire son nom d’un ancien couvent de l’ordre du Saint-Sépulcre, installé tout près. Elle servait d’avant-défense à la ville. Deux portes, donc : la ville close et son faubourg. Toutes les entrées de l’ancienne Annecy sont racontées dans les anciennes portes de la ville.
Des Clarisses à la filature
Revenons au nom de la rue. En août 1535, Genève passe à la Réforme protestante. Les Clarisses de Genève quittent la ville et trouvent refuge à Annecy. Parmi elles, Jeanne de Jussie, qui raconte ces semaines d’angoisse et le voyage jusqu’à Annecy dans une chronique, Le Levain du calvinisme. Le manuscrit est conservé à la Bibliothèque de Genève. Elle devient abbesse de la communauté en 1548 et meurt à Annecy en 1561.
À la Révolution, le couvent des Clarisses de la rue Sainte-Claire devient bien national. En 1804, Jean-Pierre Duport le rachète et y installe une filature de coton, mue par le Thiou. Le quartier change de bruit : jusqu’à 2 000 ouvriers à son apogée, au XIXe siècle. Les bâtiments tiennent jusqu’en 1973. Toute cette histoire, du couvent à l’usine, est racontée dans notre article sur le Thiou.
Ce qui se voit encore : l’ensemble d’immeubles récents de la place Sainte-Claire occupe l’emplacement de la Manufacture. Des religieuses comme des métiers à tisser, il ne reste rien de visible. Le nom de la rue s’en souvient.
Remonter la rue Sainte-Claire en 7 arrêts
Le plus simple est de partir du bas, côté rue de la République, et de marcher vers la porte.
- Le carrefour avec la rue de la République : c’est là que se tient le marché, le mardi, le vendredi et le dimanche matin.
- Sous les arcades : regardez les piliers et les voûtes d’une maison à l’autre.
- Le n° 18, hôtel Bagnorea : le portail à fronton, les fenêtres sans croisée.
- Le n° 31, fontaine Quiberet : la truite sur la pierre au sommet de l’arc.
- Le n° 35 : la devanture en bois du XIXe siècle.
- La porte Sainte-Claire et la maison Gallo : les gonds, les mâchicoulis, le clocheton, puis les fenêtres de Gallo.
- Le faubourg et la porte du Sépulcre : la seconde porte, celle de la défense avancée.
Vous préférez qu’on vous raconte la Vieille Ville en marchant ? Des visites guidées se réservent en ligne.
À savoir avant de flâner rue Sainte-Claire
- Prix moyen : gratuit, rue piétonne en accès libre toute l’année.
- Durée : à votre rythme. Les 7 arrêts ci-dessus se font d’un bout à l’autre de la rue, sans se presser.
- Meilleure période : toute l’année. Les arcades protègent de la pluie comme du soleil.
- Niveau physique : facile. Depuis la gare, l’itinéraire à pied est plat.
- Avec enfants ? : oui. Chercher la truite de la fontaine et les gonds de la porte, c’est un jeu de piste tout trouvé.
- PMR et poussette : accès plat depuis la gare.
- Chien accepté ? : oui dans la rue, voie publique. En terrasse, demandez au restaurant.
- Toilettes ? :
- Parking ? : la rue est piétonne. Le plus simple est de venir à pied depuis la gare d’Annecy : environ 8 minutes et 600 mètres par la rue de la République.
Vous arrivez en train avec vos bagages ? Une consigne près de la gare vous permet de faire la balade les mains libres.
Voir les consignes à bagagesDepuis Annecy : 8 minutes à pied depuis la gare, par la rue de la République.
Est-ce que ça vaut le coup ?
- Pour les enfants ? Oui, si on en fait une chasse aux détails : la truite, les gonds, le clocheton, l’horloge de la porte.
- Avec une poussette ? Oui pour venir depuis la gare, l’itinéraire est plat.
- Combien ça coûte ? Rien. Seules les visites guidées sont payantes.
- Quel est le meilleur moment ? Le matin, avant les terrasses. Les jours de marché pour l’ambiance, les autres jours pour regarder les façades tranquillement.
- Y a-t-il beaucoup de monde ? D’après ceux qui la fréquentent, oui : elle est très animée les jours de marché et en saison touristique.
- Et si c’est plein ? Revenez tôt le matin, avant l’installation des terrasses, ou un jour sans marché. Les détails des façades se regardent mieux sans la foule.
Une matinée rue Sainte-Claire
- Le matin : arrivez à pied depuis la gare. Si c’est jour de marché, faites-en le tour au bas de la rue. Puis remontez les 7 arrêts jusqu’à la porte du Sépulcre.
- Le midi : au 5 rue Sainte-Claire, Tête de Cochon est l’une des tables les mieux notées de la rue : 4,8/5 sur plus de 1 900 avis, comptez 20 à 30 € par personne. Les clients parlent surtout de ses tartines, de sa charcuterie, de sa fondue et de l’humour de l’accueil. Envie d’une table plus bistronomique ? Les Chineurs de la Cuisine, au 26, ont une terrasse côté rue.
- L’après-midi : descendez vers le Thiou et le Palais de l’Isle.
- Plan B en cas de pluie : la rue elle-même. Sous les arcades, on fait toute la balade au sec. Puis le Palais de l’Isle et son centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine. Pour prolonger le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte la ville de la rue Sainte-Claire à aujourd’hui.
Mon conseil AnnecyPocket : remontez la rue au lieu de la descendre. On part de l’animation du marché et des terrasses, on passe devant la maison de l’évêque et la fontaine, et on finit devant la porte qui fermait la ville. Dans ce sens-là, la rue Sainte-Claire ne ressemble plus à une rue de boutiques : elle devient une frontière, celle de l’ancienne Annecy.
Selon votre profil
- En famille : transformez la balade en chasse au trésor. Première étape : la truite au-dessus de la fontaine. Deuxième : les gonds de la porte. Troisième : compter les arcades jusqu’à la porte. Tout est à plat et sans voiture.
- En couple : venez un matin sans marché, quand les façades se colorent au soleil, puis passez la porte vers le faubourg et la porte du Sépulcre, avant un déjeuner sous les arcades.
- Pour les passionnés d’histoire : gardez du temps pour le n° 18 et la maison Gallo, et visitez la maison Gallo aux Journées du patrimoine. Les Amis du Vieil Annecy y gardent une bibliothèque sur l’histoire de la ville.
À proximité
- RestaurantTête de Cochon5 rue Sainte-Claire
- RestaurantLes Chineurs de la Cuisine26 rue Sainte-Claire
- À voirFontaine Quiberet31 rue Sainte-Claire
- Plan B pluiePalais de l'Islecentre d'interprétation
- HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,7 km à vol d’oiseau
Dormir près de la rue Sainte-Claire
Carte proposée par Stay22 : en l’ouvrant, vous chargez ce service, qui peut déposer des cookies. Réservation sur le site du partenaire ; AnnecyPocket peut toucher une commission, sans surcoût pour vous.
Questions fréquentes des voyageurs
Pourquoi s’appelle-t-elle rue Sainte-Claire ?
Elle doit son nom aux Clarisses, les religieuses de l’ordre de sainte Claire, dont le couvent se trouvait près de la porte. Le couvent est devenu une filature de coton en 1804.
Que voir rue Sainte-Claire à Annecy ?
Les arcades, le portail Renaissance de l’hôtel Bagnorea au n° 18, la fontaine Quiberet au n° 31 et la porte Sainte-Claire. Au-delà de la porte, le faubourg mène à la porte du Sépulcre.
Quels jours a lieu le marché rue Sainte-Claire ?
Le marché de la Vieille Ville se tient le mardi, le vendredi et le dimanche matin. Il s’installe au bas de la rue, vers la rue de la République.
Peut-on visiter l’hôtel Bagnorea ?
C’est une propriété privée, dont le portail et l’escalier sont inscrits aux Monuments historiques. Le portail se voit depuis la rue.
Où est née l’Académie florimontane ?
Au 18 rue Sainte-Claire, dans l’hôtel Bagnorea, en 1606-1607. Antoine Favre et François de Sales l’y ont fondée, près de trente ans avant l’Académie française.
Pour aller plus loin
- Dans le même esprit : La rue Royale
- Autour de la rue Sainte-Claire : Le Palais de l’Isle
- Alternative : Les passages méconnus d’Annecy
- Toute la rubrique : La Vieille Ville
Conclusion
La rue Sainte-Claire à Annecy n’est pas qu’une rue de terrasses. C’est une ancienne sortie de ville, avec sa porte, son faubourg et sa seconde porte. Une rue d’évêque, de juriste et de religieuses. Une rue qui a gardé ses arcades malgré un architecte de Turin. La prochaine fois, ralentissez au n° 18, cherchez la truite au n° 31, et touchez des yeux les gonds de la porte.
Vous avez une photo ancienne de la rue Sainte-Claire, du marché ou de la Manufacture ? Écrivez-nous depuis la page contact.
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