Boutae, l’Annecy romaine : la ville de 2 000 ans cachée sous le quartier des Fins

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLes thermes de Boutae derrière leur vitrine, avenue des Romains · la place des Romains · la rue du Forum
À faireBalade libre et gratuite dans le quartier des Fins · Musée-Château d’Annecy
À manger, à boireCuisine française moderne au Petit Braquet, sur l’avenue des Romains
L’histoire en une phraseUne petite ville romaine de passage, au carrefour de trois routes, bien avant la vieille ville
L’expérienceMarcher dans un quartier moderne en sachant qu’un théâtre romain dort sous la place
Pour quiCurieux d’histoire, familles en jeu de piste, habitants du quartier

On croit souvent qu’Annecy est une ville médiévale. Le château, les canaux, les arcades. En réalité, la première ville d’Annecy n’était pas au bord du Thiou. Elle était un peu plus au nord, dans la plaine des Fins.

Elle s’appelait Boutae. Une ville romaine avec son théâtre, ses thermes, son forum et ses boutiques, sur la grande route des Alpes.

Il n’en reste presque rien de debout. Mais elle est toujours là, sous les immeubles, dans les noms de rues, derrière une vitrine de l’avenue des Romains. On vous apprend à la retrouver.

Boutae, la ville sous la ville

Boutae est ce que les Romains appelaient un vicus : un bourg, une agglomération secondaire, sans le rang d’une grande cité. Elle dépendait de Vienne, puis de Genève.

Pour la situer, prenez un plan d’Annecy. La ville romaine occupait la plaine des Fins, entre l’avenue de Genève, la place des Romains, l’avenue des Îles et la rue du Bel-Air. Plus de 25 hectares, et environ 2 000 habitants au temps de sa splendeur.

Première idée reçue à ranger : Boutae n’a rien à voir avec les villages préhistoriques du lac. Les sites palafittiques ont été noyés vers 800 avant J.-C. Boutae naît plus de sept siècles plus tard, sur la terre ferme, et c’est une création romaine.

Pourquoi les Romains se sont installés ici

Tout commence par une défaite. En 121 avant J.-C., le consul romain Quintus Fabius Maximus bat les Allobroges, le peuple gaulois qui tient la région. En 62 avant J.-C., leur dernière révolte est écrasée. La région devient romaine, et elle le restera.

L’installation romaine dans la plaine des Fins est attestée à partir du règne d’Auguste, le premier empereur, vers 27 avant J.-C. Le bourg grandit surtout quand s’ouvre la grande route qui franchit les Alpes.

Un carrefour en forme de triangle

Boutae a une forme étonnante : un triangle. Une route arrive d’Aix-les-Bains, au sud-ouest. Une autre vient du sud-est, de Faverges et de la vallée qui mène vers Albertville. Les deux se rejoignent dans la plaine des Fins et repartent en une seule voie vers Genève.

Le bourg est une étape de l’Itinéraire d’Antonin, le grand guide des routes de l’Empire, sur le trajet qui relie Milan à Strasbourg. Les voyageurs y trouvent un relais, la mansio, où l’on change de chevaux et où l’on dort. On vous raconte ces routes en détail dans notre article sur les voies romaines.

Et sans ce carrefour ? Il n’y aurait sans doute pas eu de ville dans la plaine. Boutae ne doit rien à un château ni à une rivière : elle existe parce que les routes s’y croisent.

Une vraie petite ville romaine

Pour un simple bourg de passage, Boutae est remarquablement équipée. Les fouilles y ont reconnu des forums, une basilique (le bâtiment de la justice et des affaires), des temples, des thermes, un théâtre et des entrepôts.

Le théâtre pouvait accueillir environ 1 000 spectateurs. C’est beaucoup : selon les guides-conférenciers de l’Office de Tourisme, les théâtres les plus proches étaient à Vienne et à Aoste. Il se trouvait sous l’actuelle place des Romains.

La basilique, elle, est sous un carrefour que les Annéciens connaissent bien : celui de la rocade et de l’avenue des Sports.

Des puits plutôt qu’un aqueduc

Les sources ne s’accordent pas sur l’existence d’un aqueduc. Une chose est sûre : les fouilles ont recensé plus d’une centaine de puits. À Boutae, on allait chercher l’eau dans le sol, juste sous ses pieds.

Le Thiou, la rivière qui sort du lac, n’est pas encore canalisé. Il sert de port fluvial.

Une ville qui fabrique et qui commerce

Boutae vit de la route. On y trouve des boutiques, des potiers, une boulangerie, des ateliers où l’on travaille l’os pour en faire des épingles ou des peignes.

Les fouilles de 2022 au nord du bourg, au 36 chemin des Fins Nord, ont livré un indice parfait : une forge de charrons, avec une fosse servant à cercler de fer les roues des chariots. Au bord d’une route de transit, ça tombe sous le sens.

Les marchandises, elles, viennent de loin : de la céramique de Toscane, des amphores d’Andalousie, des lampes d’Afrique du Nord. On sait même qu’une horloge à eau, une clepsydre, donnait l’heure aux habitants : une inscription en garde la trace.

Le trésor des Fins, parti à Paris

C’est le secret le mieux gardé de Boutae. Les plus beaux objets de la ville romaine ne sont pas à Annecy.

En 1867, aux Fins, on découvre une cachette soigneusement préparée. Dedans : une statuette de bronze brisée et trois portraits en bronze. Les archéologues l’appellent « la trouvaille des Fins d’Annecy ».

  • L’éphèbe des Fins d’Annecy : un jeune homme nu, en bronze, d’après un modèle du sculpteur grec Polyclète. Il a été fondu entre 50 et 30 avant J.-C. Le Petit Palais hésite sur son identité : Hermès, ou Bonus Eventus, le dieu du succès.
  • L’empereur Antonin le Pieux, qui a régné de 138 à 161 : un portrait barbu en bronze.
  • Deux magistrats du IIe siècle : selon le Petit Palais, des personnages qui exerçaient des fonctions publiques.

Pourquoi les avoir cachés ? Le musée lui-même pose la question sans la trancher. Ce qui est sûr, c’est leur destination finale : ils sont entrés au Petit Palais, à Paris, avec le legs des frères Dutuit, en 1902.

Voilà pourquoi on en parle si peu à Annecy. Pour voir les plus beaux bronzes de Boutae, il faut prendre le train pour Paris.

Comment Boutae s’est vidée

On imagine volontiers une ville rasée en un jour. La réalité est plus lente.

Le choc du IIIe siècle

Au milieu du IIIe siècle, l’Empire romain vacille. Boutae est attaquée et détruite : les historiens retiennent 251 ou 259 selon les sources. D’après le récit transmis par les historiens d’Annecy, les survivants se réfugient dans les grottes du mont Veyrier, la montagne qui domine le lac.

Les fouilles de 2022 au nord du bourg vont dans le même sens : ce quartier ne livre plus rien après le IIIe siècle. La ville se resserre. Elle est restaurée au IVe siècle, puis détruite à nouveau lors des grandes invasions du début du Ve siècle.

Les Burgondes de l’avenue des Romains

Et pourtant, la vie continue. En 2014 et 2016, l’Inrap fouille les numéros 39 et 41 de l’avenue des Romains, avant des travaux. Sur 1 800 m², plus de 220 tombes.

Ce cimetière s’ouvre au milieu du Ve siècle. Certaines tombes contiennent des objets de prestige liés aux Burgondes, un peuple germanique installé dans la région, la Sapaudia (la future Savoie), par un accord avec Rome. Boutae n’est plus la ville du temps d’Auguste, mais des gens vivent encore là.

Vers les collines

Peu à peu, les habitants quittent la plaine, trop exposée, pour les hauteurs voisines. Sur la colline d’Annecy-le-Vieux, un domaine royal, Anericiacum, est mentionné en 879. Son nom aurait donné celui d’Annecy.

Les monuments abandonnés deviennent des carrières. Leurs pierres partent, notamment, dans la construction d’églises. Les champs recouvrent le reste. Et la ville renaîtra ailleurs, au pied du château, le long du Thiou : c’est l’histoire de la naissance de la ville.

Ce que le nom raconte

Dans l’Itinéraire d’Antonin, l’étape s’écrit « Bautas ». Au XVIe siècle, des érudits la rebaptisent Civitas Bovis, « la cité du bœuf ». L’orthographe « Boutae » est arrivée plus tard, par corrections successives.

L’origine du mot reste discutée. Pour Pierre Broise, historien spécialiste de Boutae, il viendrait de Boutus, un nom de personne celtique.

Où voir Boutae aujourd’hui

Ne cherchez pas de colonnes debout comme à Vienne ou à Nîmes. Boutae se lit en creux : une vitrine, des noms de rues, un carrefour. C’est une balade d’enquêteur.

Les thermes, derrière la vitrine

Au 36 bis avenue des Romains, en remontant vers la rocade, le rez-de-chaussée d’une résidence pour personnes âgées abrite les restes des thermes publics de Boutae. Une enseigne l’annonce : « Espace archéologique – Les Thermes de Boutae ».

Les vestiges sont protégés derrière de grandes vitres. On les regarde depuis le trottoir, gratuitement, toute l’année. C’est le vestige de Boutae le plus parlant encore visible sur place.

La place des Romains et la rue du Forum

Descendez jusqu’à la place des Romains : le théâtre de 1 000 places est sous vos pieds. Puis passez par la rue du Forum, à deux pas des thermes : son nom garde le souvenir de la place publique romaine.

Ce que peu de visiteurs savent : au nord de la plaine des Fins, quelques petits passages suivent encore le tracé de voies de l’époque romaine.

Au Musée-Château

Le Musée-Château d’Annecy conserve les collections archéologiques de Boutae, enrichies depuis plus de 150 ans. En 2019-2020, l’exposition « Passé à la loupe » en avait montré près de 400 objets.

À savoir avant d’y aller

  • Prix : gratuit, les thermes se regardent depuis la rue.
  • Quand : toute l’année.
  • Niveau physique : facile, le quartier est plat.
  • Avec enfants ? : oui, en jeu de piste : trouver la vitrine, la place et la rue qui portent un nom romain.
  • Poussette et fauteuil : la vitrine se regarde depuis le trottoir, dans un quartier plat.
  • Depuis la Vieille Ville : environ 21 minutes à pied (1,5 km) depuis le Palais de l’Isle, par la rue Carnot et l’avenue des Romains.

Depuis Annecy : environ 21 minutes à pied (1,5 km) depuis la Vieille Ville, quartier plat

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Une demi-journée sur les traces de Boutae

  • Le matin : les thermes au 36 bis avenue des Romains, puis la rue du Forum et la place des Romains. Terminez par le carrefour de la rocade et de l’avenue des Sports, au-dessus de la basilique.
  • Le midi : notre adresse est sur l’avenue des Romains elle-même, à moins de 200 mètres des thermes. Le Petit Braquet, au 25, sert une cuisine française moderne, de 20 à 30 € par personne, avec une note de 5/5 sur Google (46 avis). Les avis parlent souvent de sa carte de saison et de ses vins. Ouvert le midi du lundi au vendredi, et le soir du mercredi au vendredi ; fermé le week-end. Réservation au 04 50 12 00 05.
  • L’après-midi : redescendez vers la Vieille Ville et le Thiou, là où Annecy a recommencé au Moyen Âge. Pour la comprendre avec quelqu’un qui la raconte, des visites guidées se réservent aussi en ligne.
  • Plan B en cas de pluie : le Musée-Château d’Annecy.

Mon conseil AnnecyPocket : avant de partir, ouvrez un plan sur votre téléphone et repérez l’avenue de Genève, l’avenue des Îles et la rue du Bel-Air : Boutae tenait entre elles. Une fois sur place, chaque nom de rue devient un indice, et le quartier des Fins ne ressemble plus du tout à un simple quartier d’immeubles.

Selon votre profil

  • En famille : transformez la balade en chasse au trésor : la vitrine des thermes, la place du théâtre, la rue du Forum. Racontez-leur ensuite l’histoire de la cachette de 1867.
  • En couple : la balade le matin, le déjeuner au Petit Braquet, et l’après-midi le long du Thiou.
  • Passionnés d’histoire : gardez le Petit Palais pour votre prochain passage à Paris : la trouvaille des Fins y est conservée. Vérifiez sur le site du musée que les bronzes sont présentés en salle avant d’y aller. Pour replacer Boutae dans toute l’histoire de la ville, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte l’évolution d’Annecy.
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À proximité

  • RestaurantLe Petit Braquet25 avenue des Romains
  • MuséeMusée-Château d'Annecycollections de Boutae
  • BaladeLe ThiouVieille Ville
  • HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 2,0 km à vol d’oiseau

Dormir près du quartier des Fins

Carte proposée par Stay22 : en l’ouvrant, vous chargez ce service, qui peut déposer des cookies. Réservation sur le site du partenaire ; AnnecyPocket peut toucher une commission, sans surcoût pour vous.

Questions fréquentes des voyageurs

Qu’est-ce que Boutae ?

Boutae est la ville gallo-romaine à l’origine d’Annecy. Ce bourg de plus de 25 hectares et d’environ 2 000 habitants occupait la plaine des Fins, au nord de la Vieille Ville, à partir du règne d’Auguste.

Peut-on voir des ruines romaines à Annecy ?

Oui, les restes des thermes de Boutae, visibles derrière une vitrine au 36 bis avenue des Romains, gratuitement et toute l’année. Le reste de la ville est enfoui sous le quartier des Fins.

Pourquoi Boutae a-t-elle été abandonnée ?

La ville a été détruite au milieu du IIIe siècle, puis lors des invasions du début du Ve siècle. Des habitants sont restés, puis la population s’est peu à peu installée sur les collines voisines, plus sûres.

Quelle est la différence entre Boutae et les sites palafittiques ?

Les sites palafittiques sont des villages préhistoriques au bord du lac, abandonnés vers 800 avant J.-C. Boutae est une ville romaine fondée plus de sept siècles plus tard, sur la terre ferme de la plaine des Fins.

Pourquoi n’y a-t-il pas de grand monument romain debout à Annecy ?

Après l’abandon de Boutae, ses pierres ont été réemployées, notamment pour construire des églises, et la plaine a été cultivée. La ville moderne s’est ensuite bâtie par-dessus.

Pour aller plus loin

Conclusion

Boutae ne se visite pas comme Vienne ou Nîmes. Elle se devine. La prochaine fois que vous passerez avenue des Romains, ralentissez devant la vitrine du 36 bis : c’est par là qu’Annecy a commencé, il y a deux mille ans.

Vous avez une anecdote sur Boutae ou une info à partager ? Écrivez-nous depuis la page contact.

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