Église Saint-François-de-Sales à Annecy : l’église des Italiens, où reposaient les deux saints

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLe premier tombeau de saint François de Sales · un pilier affaissé depuis 1645 · le retable baroque · les autels des chapelles
À faireVisite libre · photo de la façade et de son reflet depuis le Thiou · la balade vers le Palais de l’Isle
L’histoire en une phraseL’église du premier monastère de la Visitation, devenue fabrique, logements, puis église des Italiens
L’expérienceUne façade sage au bord de l’eau, un intérieur baroque inattendu
Pour quiCurieux d’histoire, amateurs de baroque, visiteurs de la Vieille Ville, jour de pluie

Tout le monde la photographie, posée au bord du Thiou, à deux pas du Palais de l’Isle. Peu d’Annéciens savent ce qu’elle est vraiment.

Pour beaucoup, c’est « l’église des Italiens », où la messe est encore dite en italien. En réalité, c’est l’église du premier monastère de la Visitation. Pendant près d’un siècle et demi, saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal y ont reposé. Puis elle a servi de fabrique, de dépôt de charbon, de logements… avant d’être sauvée de justesse.

Voici son histoire, et les détails à chercher en entrant.

Le premier monastère de la Visitation

Fondé en 1610 dans une petite maison de la Vieille Ville, la maison de la Galerie, l’ordre de la Visitation s’installe très vite dans la maison Nycollin, au bord de l’eau. Ce sera le premier monastère de la Visitation, que les visitandines appellent la « Sainte Source ».

Une première église est construite à partir de 1614 et consacrée par François de Sales en 1617. Il y est enterré à sa mort, en 1622. Jeanne de Chantal, morte à Moulins le 13 décembre 1641, y est ramenée et inhumée le 30 décembre.

L’histoire de la fondation et de l’ordre est racontée dans notre article sur la basilique de la Visitation. Ici, on s’intéresse à l’église elle-même.

1644 : reconstruire… au-dessus d’un canal

En décembre 1642, on prépare l’église pour le premier anniversaire de la mort de Jeanne de Chantal. Et on découvre de graves fissures. Le verdict est sans appel : il faut tout démolir et reconstruire.

L’argent manque. Selon l’historien Christian Regat, c’est le geste d’un pauvre paysan du Chablais, François Essève, venu offrir aux sœurs le peu qu’il possédait, qui les décide à se lancer. Le 11 avril 1644, la supérieure Marie-Aimée de Blonay signe le contrat avec des architectes et des maçons de Mâcon, pour 78 000 livres.

La nouvelle église est beaucoup plus grande. Si grande qu’elle doit enjamber le canal Saint-Dominique, un bras d’eau qui passe sous le bâtiment. Ce canal fait partie du réseau raconté dans notre article sur les canaux d’Annecy.

Les chapelles sont payées par de grands donateurs. Celle des Saints-Innocents, prévue pour le corps de François de Sales, est financée par Michel Particelli d’Émery, surintendant des Finances du roi de France, qui attribuait au saint la guérison de son fils. Celle de Sainte-Lucie, pour Jeanne de Chantal, est offerte par Marie-Félicité des Ursins, veuve du duc de Montmorency. Leurs armoiries sont toujours sculptées sur l’arc des deux chapelles.

20 juin 1645 : le « météore »

En plein chantier, un accident. Le 20 juin 1645, selon le récit de l’époque, « une grande comète ou un météore » s’abat sur l’église en construction. La voûte qui couvre le canal s’effondre, deux grands piliers s’affaissent.

Que s’est-il passé ? À l’époque, le mot « météore » désigne n’importe quel phénomène venu du ciel. Une tornade ? La foudre ? On ne sait pas.

Ce qu’on sait, c’est que la trace est toujours là. En entrant, regardez les piliers du côté droit de la nef : l’un d’eux est nettement affaissé. Selon Christian Regat, c’est la marque de ce 20 juin 1645.

Le chantier reprend. Le 30 juin 1648, le corps de François de Sales est déposé dans sa chapelle. Le 11 décembre, celui de Jeanne de Chantal dans la sienne.

Ce que dit la façade

La façade reprend, en plus simple, celle de l’église des Jésuites de Chambéry : deux grandes volutes de pierre, enroulées sur les côtés, raccordent l’étage du haut, plus étroit, à celui du bas, plus large.

À l’intérieur, une seule nef de trois travées, bordée de trois chapelles de chaque côté. Une église savante, de ville et de couvent, très différente des églises baroques des villages de montagne.

1793 : caserne, fabrique, logements

Le 20 mars 1793, en pleine Révolution, le monastère est transformé en caserne. Dans la nuit du 26 mars, les religieuses s’enfuient en emportant les corps des deux saints. Les reliques sont rattrapées et déposées à la cathédrale Saint-Pierre. L’église est pillée et son clocher abattu en 1794.

La suite est presque incroyable. Le bâtiment est vendu, puis revendu en 1795 à un industriel genevois, Samuel Fazy, qui en fait une indiennerie : on y imprime des tissus de coton, de près de 20 mètres de long, qui sèchent dans le pré voisin. En 1812, la fabrique compte 360 ouvriers.

En 1827, l’ensemble devient un immeuble de rapport. L’église abrite à elle seule un dépôt de charbon, une boulangerie et fabrique de pâtes, et une vingtaine de logements, décrits par Christian Regat comme des taudis.

1888 : le chanoine qui a racheté l’église

À la fin du XIXe siècle, la Ville prévoit d’aménager la place de l’Hôtel de Ville. Le vieux monastère et son église doivent disparaître.

Un homme s’y oppose : le chanoine Ernest de Ville de Quincy, polytechnicien devenu vicaire général du diocèse. En 1888, il crée une société pour racheter l’église. Il vend des actions aux familles nobles de Savoie et aux industriels d’Annecy. En 1889, il en émet de nouvelles, auprès de l’aristocratie parisienne, avec des dividendes « payables au Ciel ».

L’argent permet d’acheter et de restaurer. En 1893, le chanoine dégage les premières tombes des deux saints. Il fait refaire le grand retable du maître-autel, détruit pendant la Révolution, par Giuseppe Giannina, un artiste du Valsesia. Et il rachète, pour les chapelles, des autels baroques venus des campagnes, dont plusieurs du Valais.

1923 : l’église des Italiens

L’église restaurée attend encore son culte. En 1923, l’évêque la confie à la Mission catholique italienne, créée pour accueillir les nombreux travailleurs venus d’Italie. C’est depuis « l’église des Italiens », et la messe y est toujours célébrée en italien.

Les Italiens y ont apporté une copie de la Vierge noire d’Oropa, vénérée dans les montagnes du Piémont. Et une statue étonnante de saint Jean Bosco en soutane blanche, au lieu de la noire habituelle : elle était destinée au départ à une mission en Afrique.

L’église est inscrite aux monuments historiques en 1952. Mais la société du chanoine n’existe plus vraiment, et le toit fuit. En 1972, la Ville l’achète pour un franc symbolique et refait la toiture. La façade est ravalée en 1980, puis l’église entièrement restaurée en 2003.

Ce qu’il faut regarder à l’intérieur

  1. Le premier tombeau de saint François. Une dalle de pierre l’indique : « Dans ce tombeau reposa de 1648 à 1793 le corps de saint François de Sales ».
  2. Le pilier affaissé. Côté droit de la nef, la trace du « météore » de 1645.
  3. Les armoiries des chapelles. Sur l’arc de la chapelle des Saints-Innocents, l’arbre de Particelli d’Émery. Sur celle de Sainte-Lucie, les armes des Montmorency et des Ursins.
  4. Le retable du maître-autel. Dans l’esprit baroque, mais refait à la fin du XIXe siècle. Cherchez la statue de saint Augustin, une vraie œuvre baroque du sculpteur François Cuénot, cachée pendant la Révolution.
  5. Les autels des chapelles. De beaux exemples du baroque alpin. L’autel de la Vierge, tout en bleus, a perdu ses quinze médaillons dorés, volés en 1998.
  6. Saint Jean Bosco en blanc. La statue destinée à l’Afrique.

À savoir avant d’y aller

  • Prix moyen : l’entrée est libre.
  • Adresse : place Saint-François-de-Sales, au bord du Thiou, en face du Palais de l’Isle.
  • Niveau physique : aucun effort, en plein centre.
  • Avec enfants ? : oui, pour le pilier « tombé du ciel » et la statue en soutane blanche.
  • PMR, poussette ? : renseignez-vous sur place avant de venir.
  • Parking ? : la Vieille Ville est piétonne. Garez-vous dans un parking du centre, comme celui de l’Hôtel de Ville, tout proche.
  • Tenue : c’est un lieu de culte en activité, avec des messes en italien. Visite discrète pendant les offices.

Depuis Annecy : Au bord du Thiou, à deux pas de l Hôtel de Ville, à pied.

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Est-ce que ça vaut le coup ?

  • Pour les enfants ? Oui. Un pilier tordu par un « météore », un saint en soutane blanche, une église qui a servi de fabrique.
  • Combien ça coûte ? Rien.
  • Quel est le meilleur moment ? Le matin, pour la lumière sur la façade et son reflet dans le Thiou.
  • Y a-t-il beaucoup de monde ? Beaucoup photographient l’extérieur, moins de monde entre : les visiteurs décrivent un lieu propice au calme.
  • Et si c’est fermé ? Faites le tour par les quais : la façade, le clocher et les vannes du Thiou se regardent depuis l’extérieur.

Une demi-journée sur les traces des deux saints

  • Le matin : la maison de la Galerie, rue de la Providence, où l’ordre est né. Puis l’église Saint-François, où les deux saints ont reposé de 1648 à 1793.
  • Le midi : de l’autre côté du Thiou, passage de l’Évêché, La Table du Thiou sert une cuisine savoyarde.
  • L’après-midi : la cathédrale Saint-Pierre, où les reliques ont été cachées en 1794, puis la montée à la basilique de la Visitation, où elles reposent aujourd’hui.
  • Plan B en cas de pluie : l’église elle-même, puis la cathédrale. Le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet complète la journée.
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Mon conseil AnnecyPocket : avant d’entrer, traversez sur le pont face au Palais de l’Isle et regardez l’église depuis l’eau. Puis, une fois dedans, cherchez le pilier affaissé côté droit avant même de regarder l’autel.

Selon votre profil

  • En famille : trois missions. Trouver le pilier affaissé. Lire la dalle du premier tombeau. Repérer saint Jean Bosco en blanc.
  • En couple : la façade dans la lumière du matin, puis un café sur les quais du Thiou.
  • Pour les passionnés d’histoire : gardez cinq dates en tête : 1617 (première église), 1645 (le « météore »), 1648 (les saints dans leurs chapelles), 1793 (la caserne), 1923 (l’église des Italiens).

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Dormir près de l église Saint-François

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Questions fréquentes des voyageurs

Pourquoi appelle-t-on l’église Saint-François « l’église des Italiens » ?

Parce qu’elle a été confiée en 1923 à la Mission catholique italienne, créée pour les travailleurs venus d’Italie. La messe y est toujours célébrée en italien.

Le tombeau de saint François de Sales est-il dans l’église Saint-François ?

Plus aujourd’hui. Il y a reposé de 1648 à 1793, et une dalle marque l’emplacement. Ses reliques sont à la basilique de la Visitation.

Pourquoi un pilier de l’église est-il penché ?

Pendant le chantier, le 20 juin 1645, un phénomène décrit comme « une comète ou un météore » fit s’affaisser deux piliers. L’un d’eux, côté droit de la nef, en garde la trace.

L’église Saint-François d’Annecy se visite-t-elle ?

Oui, l’entrée est libre en dehors des offices. C’est une église en activité, avec des messes en italien.

Qui a sauvé l’église Saint-François ?

Le chanoine Ernest de Ville de Quincy, qui la rachète en 1888 grâce à des actions vendues aux familles nobles, puis la Ville d’Annecy, propriétaire depuis 1972.

Pour aller plus loin

Conclusion

L’église Saint-François a tout vécu : la ferveur des pèlerins venus prier les deux saints, la caserne, la fabrique de toiles, le charbon et les taudis, puis la messe en italien. Elle n’a été sauvée que par l’obstination d’un chanoine et, un siècle plus tard, par un franc symbolique. La prochaine fois que vous la photographierez depuis le Thiou, pensez au pilier qui penche à l’intérieur : il raconte, lui aussi, cette histoire.

Vous avez une photo ancienne de l’église ou du quai Saint-François ? Écrivez-nous depuis la page contact.

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