


En un coup d’œil
| À voir aujourd’hui | La façade de 1535 et sa rosace · l’inscription des Lambert · le grand orgue de 1842 · la chaire portée par un aigle · le chœur lumineux |
|---|---|
| À faire | Visite libre · un concert d’orgue · la balade rue Jean-Jacques-Rousseau |
| L’histoire en une phrase | L’église d’un couvent, devenue refuge des évêques de Genève, temple de la Raison, puis cathédrale en 1822 |
| L’expérience | Une église cachée dans une rue étroite, sombre dans la nef, lumineuse dans le chœur |
| Pour qui | Curieux d’histoire, amateurs de musique, visiteurs de la Vieille Ville, jour de pluie |
On peut passer devant sans la voir. Pas de parvis, pas de grande place : la cathédrale d’Annecy se cache dans la rue Jean-Jacques-Rousseau, une rue étroite où l’on manque de recul pour la photographier.
C’est normal. Elle n’a jamais été construite pour être une cathédrale. Au départ, c’est l’église d’un couvent. Elle a ensuite accueilli des évêques chassés de Genève, servi de temple à la déesse Raison pendant la Révolution, perdu son clocher, abrité en secret des reliques… et n’est devenue cathédrale qu’en 1822.
Voici son histoire, et ce qu’il faut regarder pour la lire.
Dans cet article
Une église de couvent, signée par les Lambert
Au début du XVIe siècle, Annecy n’a pas d’évêque. La ville dépend du diocèse de Genève. L’église qui deviendra la cathédrale est d’abord celle d’un couvent, construite par le maître d’œuvre Jacques Rossel. En 1534, elle est confiée aux Cordeliers, des religieux franciscains. Sa façade est achevée en 1535, et l’église est consacrée en 1539.
Le chantier est financé par une famille annécienne, les Lambert. Elle a signé son œuvre.
Levez les yeux vers la façade : sous la rosace, une longue inscription latine court sur toute la largeur. On y lit le nom des Lambert et la date de 1535. Leurs armoiries sont au-dessus de la porte principale, et la maison qui fait face à la cathédrale porte encore leur nom : la maison Lambert.
Une façade entre Rome et Genève
Regardez-la bien, elle est double.
D’un côté, une façade déjà résolument Renaissance : des pilastres toscans, un grand fronton triangulaire. Selon l’historien de l’architecture Marcel Grandjean, elle s’inspire d’une église de Rome, Sainte-Marie-du-Peuple.
De l’autre, une grande rosace encore gothique. Et celle-ci a une histoire. D’après le même Marcel Grandjean, cité par Wikipédia, elle imite la rose supérieure de la tour sud de la cathédrale Saint-Pierre de Genève… construite par le même architecte, Jacques Rossel.
La cathédrale d’Annecy porte donc, dès 1535, un morceau de Genève sur sa façade. Personne ne sait encore qu’elle va bientôt en accueillir les évêques.
1538 : les exilés de Genève
Dans les années 1530, Genève passe à la Réforme protestante. L’évêque et le clergé catholique doivent partir. En 1538, le couvent d’Annecy devient le refuge du chapitre de Saint-Pierre de Genève, c’est-à-dire l’assemblée des chanoines de la cathédrale genevoise.
L’église des Cordeliers sert alors de cathédrale de substitution. Les évêques de Genève y officient en exil, à commencer par le plus célèbre d’entre eux, François de Sales, évêque de 1602 à 1622.
Au XVIIIe siècle, le décor change. Vers 1775, l’architecte turinois Giovanni Piacenza réaménage le chœur. Le couvent est supprimé en 1771, et un palais épiscopal est accolé à l’église.
Ce qu’on voit aujourd’hui : en entrant, la nef reste sombre, avec ses voûtes gothiques. Au bout, le chœur s’éclaire. Trois vitraux y représentent saint François de Sales. Deux époques, deux ambiances, dans la même allée.
La Révolution : temple de la Raison, clocher abattu
Pendant la Révolution française, l’église est fermée au culte catholique et transformée en temple de la déesse Raison.
En 1794, son clocher est en partie abattu. Il ne sera reconstruit qu’en 1828. Cherchez-le : on ne le voit pas depuis la rue Jean-Jacques-Rousseau. Il faut faire le tour jusqu’au quai de la Cathédrale pour apercevoir ce clocher unique, d’une couleur différente du reste de l’édifice.
Depuis 1793, l’église garde aussi les reliques de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantal. En janvier 1794, c’est ici qu’elles sont secrètement échangées contre deux squelettes, puis cachées dans une maison voisine jusqu’en 1806 : toute l’histoire est racontée dans notre article sur la basilique de la Visitation.
1822 : enfin une cathédrale
En 1803, l’église rouverte devient l’une des deux paroisses de la ville. Puis, en 1822, Annecy obtient son propre diocèse. L’ancienne église des Cordeliers devient officiellement la cathédrale Saint-Pierre-aux-Liens, près de trois siècles après sa construction.
Très décorée à la fin du XIXe siècle, elle est épurée et restaurée de 1933 à 1936. Elle est classée monument historique depuis le 30 octobre 1906.
Le grand orgue, l’instrument qui a failli ne pas exister
C’est la vedette de la cathédrale, accroché au-dessus de l’entrée : selon tourisme-annecy.net, plus de 7 mètres de haut, 10 tonnes et 2 000 tuyaux.
Son histoire n’a rien de tranquille, d’après l’association des Amis de l’orgue de la cathédrale. En 1838, le projet est confié à des facteurs valaisans, les frères Carlen : il échoue. C’est Nicolas-Antoine Lété qui construit l’orgue, inauguré en décembre 1842, dans un buffet de style Louis XIV réalisé par les frères Gilardi, d’Annecy.
En 1887, le facteur Merklin supprime le positif de dos, le petit orgue qui avançait au-dessus de la nef, et modifie la tribune. Il faudra attendre la grande restauration du facteur Michel Giroud, de 1986 à 1992, pour qu’un ébéniste de l’Ain, Nillon, reconstruise ce positif. L’orgue est réinauguré en novembre 1994.
Regardez la tribune : le petit buffet en avant, qui semble suspendu au-dessus du vide, n’avait pas existé pendant un siècle.
L’orgue a trois claviers de 54 notes et un pédalier de 30 notes. Le buffet est classé monument historique depuis 1972, l’instrument depuis 1980. Les visiteurs le disent : l’entendre pendant un concert, ou même pendant une répétition, change complètement la visite.
Ce qu’il faut regarder à l’intérieur
- La chaire. Ce n’est pas un pilier qui la porte, mais un aigle de bois sculpté, ailes déployées.
- Le chœur. Après la pénombre de la nef, la lumière du chœur de Piacenza et ses trois vitraux de saint François de Sales.
- Saint Pierre délivré de prison. La cathédrale conserve un tableau de saint Pierre délivré de prison par un ange. Il fait écho à son nom complet, Saint-Pierre-aux-Liens, qui rappelle justement les chaînes de l’apôtre.
- La tribune de l’orgue. Cherchez le positif de dos, reconstruit en 1992.
- Les cloches. On ne les voit pas, mais on les entend : deux cloches de la fonderie Paccard, dont un bourdon d’environ 3 000 kg.
Sous la cathédrale : le lac d’autrefois
En avril 2021, avant l’installation de deux conteneurs à déchets enterrés dans le passage de la Cathédrale, l’Inrap mène un petit sondage archéologique, au pied du mur est de l’édifice.
Le résultat est surprenant. Sur près de 3 mètres d’épaisseur, le sol est fait d’alluvions : des couches de sable et d’argile déposées par l’eau. On y trouve même des algues fossiles typiques d’un fond de lac. Le secteur a longtemps été une plaine inondée par le lac et par les débordements de ses chenaux.
Les archéologues y ont aussi trouvé des remblais d’époque moderne, liés au chantier de construction de l’église. En revanche, aucune trace romaine à cet endroit.
Pourquoi c’est méconnu ? Parce que rien ne se voit : le trou a été rebouché, et ce sont désormais des conteneurs de tri qui marquent l’emplacement.
Rousseau, la maîtrise et une fuite à Lyon
Jean-Jacques Rousseau, adolescent fugitif venu de Genève, rencontre Madame de Warens à Annecy en 1728. Un lieu de mémoire, le balustre d’or, rappelle cette rencontre à deux pas de la cathédrale.
En 1729, Rousseau étudie la musique à la maîtrise de la cathédrale, auprès du maître de chapelle, M. Le Maître. Quand celui-ci quitte Annecy, Rousseau l’accompagne jusqu’à Lyon. Là, Le Maître s’effondre dans la rue, pris d’une crise. Rousseau s’enfuit et l’abandonne. Il le raconte lui-même dans les Confessions, comme l’un des souvenirs dont il avait le plus honte.
À savoir avant d’y aller
- Prix moyen : l’entrée est gratuite.
- Adresse : rue Jean-Jacques-Rousseau, dans la Vieille Ville.
- Niveau physique : aucun effort, en plein centre, quelques marches à l’entrée.
- Avec enfants ? : oui, avec l’aigle de la chaire et l’orgue à observer.
- PMR, poussette ? : entrée par la façade avec des marches. Renseignez-vous auprès de la paroisse avant de venir.
- Parking ? : la Vieille Ville est piétonne. Garez-vous dans un parking du centre, comme celui de l’Hôtel de Ville, puis venez à pied.
- Concerts : l’orgue est mis à l’honneur lors de concerts. Consultez le programme des Amis de l’orgue.
- Tenue : c’est un lieu de culte en activité. Visite discrète pendant les offices.
Depuis Annecy : En plein cœur de la Vieille Ville, à pied.
Est-ce que ça vaut le coup ?
- Pour les enfants ? Oui, pour l’aigle qui porte la chaire, l’orgue de 10 tonnes et l’histoire des squelettes échangés.
- Combien ça coûte ? Rien.
- Quel est le meilleur moment ? Pendant un concert d’orgue, si vous pouvez. Sinon, en fin de matinée, avant la foule de l’après-midi dans la Vieille Ville.
- Y a-t-il beaucoup de monde ? Les visiteurs la décrivent comme un peu cachée : beaucoup passent à côté sans la voir.
- Et si c’est plein ? Faites d’abord le tour extérieur jusqu’au quai de la Cathédrale pour voir le clocher, puis revenez.
Une demi-journée autour de la cathédrale
- Le matin : la façade et son inscription, la maison Lambert en face, puis l’intérieur : la chaire, le chœur, l’orgue.
- Le midi : passage de l’Évêché, au bord du Thiou, La Table du Thiou sert une cuisine savoyarde, à quelques minutes à pied.
- L’après-midi : le Palais de l’Isle, à deux pas, puis l’église Saint-François-de-Sales, où reposaient les saints avant la Révolution.
- Plan B en cas de pluie : la cathédrale elle-même. Le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet complète la journée.
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Mon conseil AnnecyPocket : ne cherchez pas la cathédrale, cherchez la rosace. Dans la rue Jean-Jacques-Rousseau, levez la tête : c’est elle qui vous l’indique. Lisez ensuite l’inscription des Lambert et sa date, 1535, avant d’entrer.
Selon votre profil
- En famille : trois missions. Trouver l’aigle qui porte la chaire. Repérer la date 1535 sur la façade. Faire le tour pour trouver le clocher caché.
- En couple : une soirée de concert d’orgue, puis une promenade le long du Thiou.
- Pour les passionnés d’histoire : gardez cinq dates en tête : 1535 (la façade), 1538 (les exilés de Genève), 1794 (le clocher abattu et les reliques échangées), 1822 (la cathédrale), 1842 (l’orgue).
À proximité
- RestaurantLa Table du Thioupassage de l Évêché, au bord du Thiou
- À voirPalais de l'Isleà deux pas, au milieu du Thiou
- À voirÉglise Saint-François-de-Salesà deux pas
- À voirLe Thiouquais et ponts
- HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,6 km à vol d’oiseau
Dormir près de la cathédrale d Annecy
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Questions fréquentes des voyageurs
Pourquoi la cathédrale d’Annecy n’a-t-elle pas de parvis ?
Parce qu’elle n’a pas été construite comme une cathédrale. C’était l’église d’un couvent de la Vieille Ville, devenue cathédrale seulement en 1822.
La cathédrale Saint-Pierre d’Annecy est-elle gratuite ?
Oui, l’entrée est gratuite. C’est un lieu de culte en activité, à visiter en dehors des offices.
Quand la cathédrale d’Annecy a-t-elle été construite ?
Sa façade date de 1535 et l’église a été consacrée en 1539. Elle est devenue cathédrale en 1822, à la création du diocèse d’Annecy.
Pourquoi la rosace ressemble-t-elle à celle de Genève ?
Selon l’historien Marcel Grandjean, elle imite la rose de la tour sud de la cathédrale de Genève, œuvre du même architecte, Jacques Rossel.
Combien pèse l’orgue de la cathédrale d’Annecy ?
Environ 10 tonnes, pour plus de 7 mètres de haut et 2 000 tuyaux. Construit par Nicolas-Antoine Lété en 1842, il a été restauré de 1986 à 1992.
Pour aller plus loin
- Dans le même esprit : L’église Saint-François-de-Sales
- Autour de la cathédrale : Le Thiou
- Alternative : L’église Notre-Dame-de-Liesse
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Conclusion
La cathédrale Saint-Pierre n’a rien d’une cathédrale de carte postale. C’est une église de couvent qui a tout traversé : l’exil des évêques de Genève, la Révolution, la perte de son clocher, la garde secrète des reliques. Elle a gagné son titre en 1822, presque trois siècles après sa construction. La prochaine fois que vous passerez rue Jean-Jacques-Rousseau, levez les yeux vers la rosace : c’est un morceau de Genève, posé à Annecy en 1535.
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