


En un coup d’œil
| À voir aujourd’hui | Porte Sainte-Claire · arcades de pierre · pont Morens · quais du Thiou · rue Royale · façades restaurées |
|---|---|
| À faire | Balade libre et gratuite en 6 arrêts · visite guidée Ville d’art et d’histoire |
| L’histoire en une phrase | Une ville fermée, bruyante et laborieuse, ouverte puis restaurée pièce par pièce |
| L’expérience | Lire 900 ans de décisions dans un quartier qu’on croit figé |
| Pour qui | Curieux d’histoire, couples, familles, visiteurs d’un jour |
On croit que la Vieille Ville d’Annecy n’a pas bougé depuis le Moyen Âge. C’est presque l’inverse.
Ses portes ont été rasées, ses quais construits, son pont principal élargi, sa rivière bétonnée, ses rues fermées aux voitures et ses façades refaites, immeuble par immeuble. Ce que vous admirez aujourd’hui est le résultat de neuf siècles de chantiers.
Voici comment ce quartier de moulins et d’ateliers est devenu le cœur piéton qu’on connaît, et où lire chaque étape en vous promenant.
Dans cet article
Le point de départ : une ville serrée entre château, rivière et remparts
Au début, il y a deux raisons de s’installer ici. Le château, qui protège. Et le Thiou, la rivière qui sort du lac et fait tourner les moulins, les forges et les ateliers.
En 1107, on parle déjà d’Annecy-le-Neuf, la ville d’en bas, par opposition au vieux bourg sur la colline d’Annecy-le-Vieux. La ville se serre au bord de l’eau, au pied du château.
Au XIVe siècle, elle s’entoure de murs et de portes. On surveille les entrées, on paie des gardiens. Toute la vie tient dans un espace minuscule : c’est de là que viennent les ruelles étroites et les maisons hautes qui font aujourd’hui le charme du quartier.
Et ce n’est pas une ville calme. Le long du Thiou, on travaille le fer et le cuir, on fabrique des couteaux et même du papier. Le décor de carte postale est d’abord une zone d’ateliers.
Après les incendies : une ville reconstruite en pierre
Deux grands incendies, en 1412 et en 1448, ravagent une ville aux toits de bois. La réponse vient du pouvoir savoyard : Amédée VIII impose la pierre et les toits de lauze.
C’est un tournant qu’on voit encore partout. Les maisons à arcades de la rue Sainte-Claire ou de la rue Filaterie appartiennent à cette ville de pierre ; les guides les datent surtout des XVIe et XVIIe siècles.
La photo du canal prise vers 1890, plus haut, montre pourtant que le bois n’a jamais tout à fait disparu : des avancées de planches pendent encore au-dessus de l’eau. Comparez avec ce que vous voyez aujourd’hui depuis les ponts.
1822-1886 : la ville sort de ses murs
Au XIXe siècle, la logique s’inverse. On ne cherche plus à se protéger, mais à circuler.
- 1822-1823 : une rue toute droite est tracée hors des murs, la rue Neuve, devenue la rue Royale. L’idée du temps : ouvrir les villes vers l’extérieur.
- 1822-1825 : la plupart des anciennes portes de la ville sont démolies. Il en reste peu, dont la porte Sainte-Claire.
- 1833 : l’abattage quitte les vieilles boucheries du passage de l’Évêché, au-dessus du Thiou, pour de nouveaux abattoirs. Le bâtiment existe toujours : c’est aujourd’hui la salle Pierre Lamy.
- À partir de 1854 : les quais sont aménagés le long du Thiou, et le pont Morens, le grand pont du marché, est élargi.
- 1886 : les maisons bâties sur ce pont sont démolies. On raconte cette histoire dans notre article sur les marchés d’autrefois et le pont Morens.
En soixante ans, la Vieille Ville perd ses murs, gagne des quais et s’ouvre. Les quais où l’on flâne aujourd’hui datent de cette époque.
1860 : Annecy change d’échelle
En 1860, la Savoie est rattachée à la France et Annecy devient le chef-lieu du nouveau département de la Haute-Savoie. La préfecture, la gare et les nouveaux quartiers se construisent en dehors du vieux centre.
C’est un paradoxe utile à connaître : la ville moderne pousse surtout ailleurs, et la Vieille Ville garde son plan médiéval.
Dompter l’eau, puis la nettoyer
Pendant des siècles, le Thiou est un outil. Il faut ensuite le maîtriser. L’ingénieur Sadi Carnot, futur président de la République, conçoit des vannes qui règlent le niveau du lac. En 1913, le lit de la rivière est bétonné. En 1939, les canaux du Thiou et du Vassé sont classés : tout changement y demande désormais une autorisation. On raconte tout cela dans notre histoire des canaux d’Annecy.
Les ateliers, eux, s’en vont. La Manufacture, installée en 1804 dans l’ancien couvent des Clarisses, ferme en 1955. Plus en aval, les berges du Thiou sont rendues à la promenade entre 1987 et 1993.
Reste le lac, d’où sort toute l’eau des canaux. Le 15 juillet 1957, les communes riveraines créent un syndicat pour arrêter les rejets d’eaux usées : c’est l’ancêtre du SILA. De 1961 à 1976, un réseau de collecteurs est construit tout autour du lac.
L’eau claire qui fait aujourd’hui la réputation d’Annecy est donc, elle aussi, le fruit d’un chantier.
Les années 1970 : rendre les rues aux piétons
Au début des années 1970, Annecy crée le premier secteur piéton de son centre. Seuls les riverains et les livraisons, à certaines heures, y circulent encore. Aujourd’hui, tout le périmètre historique de la Vieille Ville est réservé aux piétons.
Le mouvement gagne ensuite les rues voisines. La piétonnisation de la rue Royale est décidée en 1975 et ouverte à l’été 1976 : les commerçants y voient alors leurs ventes progresser d’environ 30 %.
Pourquoi c’est important ? Parce que c’est là que la Vieille Ville commence à devenir la promenade qu’on connaît.
1977 à aujourd’hui : restaurer sans rien montrer
C’est l’étape la plus récente, et la moins connue. Pour une raison simple : une restauration réussie ne se voit pas.
- 1977 : une société d’économie mixte rédige pour la Ville une synthèse des études et des propositions pour restaurer les immeubles du Vieil Annecy.
- 1978 : un bureau dédié est créé dans la Vieille Ville.
- 1979-1981 : première opération programmée d’amélioration de l’habitat.
- 1983-1987 : contrat de quartier.
- Depuis 1988 : l’Opération Sainte-Claire accompagne les copropriétés : règlements, toitures, façades, escaliers.
- 1993-1996 : une campagne au nom parlant, « Belle jusqu’au bout des toits », s’occupe des combles et des greniers.
- 1998 : le ravalement des façades devient obligatoire. En 2015, plus de 70 % des immeubles concernés avaient fait les travaux.
Un incendie, le 7 juin 2003, touche cinq immeubles et une trentaine de logements. Depuis, une mission de prévention des incendies visite les immeubles du secteur ancien.
En moyenne, les copropriétés engagent environ 3 millions d’euros de gros travaux par an dans la Vieille Ville, selon la Ville. Depuis 2004, Annecy porte aussi le label Ville d’art et d’histoire, qui l’engage à faire connaître ce patrimoine.
Ce que les visiteurs ne savent pas
Ce n’est pas un musée : on y vit
La Vieille Ville compte environ 5 000 habitants, 400 immeubles, 3 000 logements et 250 commerces sur une vingtaine d’hectares, d’après la Ville d’Annecy en 2015. Derrière les volets, ce sont des appartements, pas des décors.
La « Venise des Alpes » était une ville d’ateliers
Le surnom fait rêver, mais le Thiou n’a jamais été une rue de gondoles. Ses canaux servaient à travailler, pas à se promener. La promenade est venue après, quand les ateliers sont partis.
Le plus « ancien » n’est pas toujours le plus vieux
Les façades lumineuses, les quais propres, les rues sans voitures : tout cela date des XIXe et XXe siècles, et même des années 1990-2000 pour beaucoup de façades. Le plan des rues, lui, est médiéval.
Lire 900 ans d’histoire en 6 arrêts
- Le Palais de l’Isle et les quais : les quais n’ont été aménagés qu’à partir de 1854. Sur les canaux plus étroits, les maisons tombent encore droit dans l’eau, comme sur la photo des années 1890.
- Le pont Morens : regardez dessous, les piliers trahissent deux ponts accolés. Il a été élargi en 1854 et débarrassé de ses maisons en 1886.
- Le passage de l’Évêché : là travaillaient les bouchers au-dessus du Thiou, jusqu’aux abattoirs de 1833.
- La rue Sainte-Claire : les arcades de la ville de pierre, rebâtie après les incendies du XVe siècle.
- La porte Sainte-Claire : l’une des rares portes rescapées des démolitions de 1822-1825.
- La rue Royale : la rue la plus droite du parcours, tracée hors des murs en 1822-1823, piétonne depuis 1976.
Vous préférez qu’on vous raconte la Vieille Ville en marchant ? Des visites guidées se réservent en ligne.
À savoir avant d’y aller
- Prix moyen : la balade est libre et gratuite. Seuls les monuments, comme le Palais de l’Isle ou le château, sont payants.
- Meilleure période : toute l’année. Les rues sont plus calmes tôt le matin et hors saison.
- Affluence : forte en été et les matins de marché, le mardi, le vendredi et le dimanche.
- Avec enfants ? : oui, tout se fait à pied, sans voitures.
- Toilettes ? : toilettes publiques au parking de l’Hôtel de Ville.
- Parking ? : la Vieille Ville est piétonne. Garez-vous dans un parking du centre, comme celui de l’Hôtel de Ville, et finissez à pied.
Depuis Annecy : Au cœur d Annecy, à pied.
Est-ce que ça vaut le coup ?
- Pour les enfants ? Oui, si on en fait un jeu : chercher la rue droite, les deux ponts sous le pont Morens, la porte rescapée.
- Avec une poussette ? Les quais et les grandes rues se font bien. Pour les passages les plus étroits, mieux vaut repérer avant de s’y engager.
- Combien ça coûte ? Rien, sauf si vous entrez dans un monument.
- Quel est le meilleur moment ? Le matin, avant la foule : on voit alors un quartier habité, pas seulement un décor.
- Y a-t-il beaucoup de monde ? Oui en été, surtout autour du Palais de l’Isle et du pont Morens.
- Et si c’est plein ? Commencez par la rue Royale et la porte Sainte-Claire, un peu à l’écart des quais, et gardez le Palais de l’Isle pour la fin de journée.
Une demi-journée pour comprendre la Vieille Ville
- Le matin : commencez rue Royale par un café à la Brasserie des Antiquaires, au 6 bis. Notée 4,4/5 sur plus de 600 avis, elle plaît surtout pour son décor Art déco ; comptez 30 à 70 € par personne pour un repas. Puis faites les 6 arrêts.
- Le midi : restez au bord du Thiou, ou revenez à la Brasserie des Antiquaires.
- L’après-midi : montez au château pour voir d’en haut le plan serré de la ville médiévale, puis redescendez par les quais.
- Plan B en cas de pluie : les arcades de la rue Sainte-Claire et des rues voisines gardent au sec une partie du parcours. Le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet replace toutes ces étapes dans l’histoire de la ville.
Mon conseil AnnecyPocket : faites le parcours deux fois. Une fois en regardant les vitrines, comme tout le monde. Une fois en cherchant seulement les traces des chantiers : la porte rescapée, la rue trop droite, les deux ponts sous le pont Morens, les quais de 1854. La deuxième balade raconte une autre ville.
Selon votre profil
- En famille : trois missions. Trouver la rue toute droite. Repérer les deux ponts cachés sous le pont Morens. Compter les portes de la ville encore debout.
- En couple : le parcours en fin de journée, quand la foule baisse, puis un verre au bord du Thiou.
- Pour les passionnés d’histoire : gardez ces dates en tête et cherchez leurs traces : 1107, 1412, 1822, 1854, 1886, 1939, 1957, 1976, 1998.
À proximité
- RestaurantBrasserie des Antiquaires6 bis rue Royale
- À voirPalais de l'Islequais de 1854 tout autour
- À voirPont Morensdeux ponts accolés
- À voirPorte Sainte-Clairerescapée des démolitions
- À voirRue Royaletracée en 1822-1823
- HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,4 km à vol d’oiseau
Dormir près de la Vieille Ville
Carte proposée par Stay22 : en l’ouvrant, vous chargez ce service, qui peut déposer des cookies. Réservation sur le site du partenaire ; AnnecyPocket peut toucher une commission, sans surcoût pour vous.
Questions fréquentes des voyageurs
La Vieille Ville d’Annecy date-t-elle vraiment du Moyen Âge ?
Son plan, oui : la ville se forme au bord du Thiou, au pied du château, dès le début du XIIe siècle. Mais beaucoup de ce qu’on voit est plus récent : maisons de pierre rebâties après les incendies du XVe siècle, quais du XIXe siècle, façades restaurées à la fin du XXe.
Depuis quand la Vieille Ville d’Annecy est-elle piétonne ?
Le premier secteur piéton du centre date du début des années 1970. Aujourd’hui, tout le périmètre historique est réservé aux piétons ; la rue Royale voisine l’est depuis l’été 1976.
Quand les portes de la ville ont-elles été démolies ?
Pour la plupart entre 1822 et 1825, au moment où Annecy commence à s’ouvrir hors de ses murs. La porte Sainte-Claire fait partie des rares rescapées.
Combien de personnes habitent la Vieille Ville ?
Environ 5 000 habitants, dans quelque 400 immeubles, selon la Ville d’Annecy en 2015. C’est un quartier habité, pas seulement touristique.
Pourquoi les façades de la Vieille Ville sont-elles si bien entretenues ?
Parce que la Ville accompagne la restauration des immeubles depuis la fin des années 1970, et que le ravalement des façades y est obligatoire depuis 1998.
Pour aller plus loin
- Dans le même esprit : La transformation des quartiers d’Annecy
- Autour de la Vieille Ville : Le Thiou, la rivière qui a fait la ville
- Alternative : Les arcades de la Vieille Ville
- Toute la rubrique : La Vieille Ville
Conclusion
La Vieille Ville d’Annecy n’est pas restée figée : elle s’est enfermée, reconstruite en pierre, ouverte, nettoyée, rendue aux piétons, puis restaurée immeuble par immeuble. Chaque époque a laissé une trace qu’on peut encore trouver. La prochaine fois que vous la traverserez, cherchez la rue trop droite et la porte rescapée : vous verrez une ville qui n’a jamais cessé de changer.
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