Prisons et tribunaux d’Annecy : du Palais de l’Isle au palais de justice de la rue Sommeiller

En un coup d’œil

À voir aujourd’huiLe Palais de l’Isle et ses cachots · sa cour intérieure · les fenêtres grillagées au-dessus du Thiou
À faireVisite des cachots du Palais de l’Isle · balade libre sur les quais du Thiou
L’histoire en une phrasePlus de cinq siècles de prisons et de juges sur une île, puis le départ vers la ville neuve
L’expérienceDescendre dans d’anciens cachots au cœur du décor le plus photographié d’Annecy
Pour quiCurieux d’histoire, familles, visiteurs d’un jour de pluie

Tout le monde photographie le Palais de l’Isle. Peu de visiteurs savent qu’on l’appelle encore, à Annecy, les « Vieilles Prisons ».

Pendant des siècles, c’est sur cette île du Thiou qu’on enfermait et qu’on jugeait. Puis la justice a quitté la Vieille Ville : une prison neuve au XIXe siècle, un palais de justice de verre à la fin du XXe.

Voici où l’on rendait la justice à Annecy, où l’on gardait les prisonniers, et ce qu’on peut encore en voir aujourd’hui.

Une prison sur une île : pourquoi le Palais de l’Isle

Au départ, le Palais de l’Isle n’est pas une prison. C’est une maison forte du XIIe siècle, posée sur une île rocheuse au milieu du Thiou.

L’île a un avantage évident pour un geôlier : l’eau tout autour. Isoler les prisonniers, c’est aussi les surveiller plus facilement.

La fonction carcérale apparaît très tôt dans les archives. En 1325, les comptes du comte de Genève mentionnent déjà une dépense pour nourrir deux prisonniers sur l’île.

Elle ne s’interrompt qu’une fois au Moyen Âge : de 1355 à la fin du XIVe siècle, quand le bâtiment accueille l’atelier monétaire des comtes de Genève. Puis les cachots reprennent du service.

Où l’on jugeait : le tribunal de l’Isle et la justice du Genevois

À la fin du XVIe siècle, la maison forte accueille le tribunal. C’est de là que vient son nom : on l’appelle désormais le « Palais de justice de l’Isle ». Le mot « palais » n’a rien de princier : il désigne le lieu où l’on rend la justice.

Annecy n’est pas alors une simple ville de province. Elle est la capitale du Genevois, et plusieurs juridictions y siègent. Au-dessus des juges locaux se trouve le juge-mage du Genevois. Au sommet, le Conseil de Genevois, la cour suprême de la province, siège à Annecy, tout comme la Chambre des comptes.

L’historien Laurent Perrillat a consacré une étude à ces lieux de justice de la ville sous l’Ancien Régime. Elle montre une ville où la justice se voit, se pratique et se met en scène.

Les archives de ces tribunaux gardent des affaires étonnantes. L’une d’elles, en 1757, part d’un cordonnier du faubourg de Bœuf persuadé d’être hanté : on la raconte dans notre article sur la rue Carnot et l’affaire de l’esprit follet.

La vie derrière les grilles

À quoi ressemblaient ces prisons ? Les sources donnent quelques repères précis.

  • Au XVIIe siècle, seuls quatre cachots sont utilisés.
  • Pendant la Révolution, la prison déborde : on y compte plus de cent détenus en 1794.
  • En 1845, les sœurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul arrivent au Palais de l’Isle. Elles adoucissent les conditions de détention.
  • Jusqu’en 1955, une partie du rez-de-chaussée sert encore de « violon » municipal : le local où l’on garde quelqu’un pour une nuit.

Les cachots sont au ras de l’eau. Ils ne sont pas sous la rivière, comme on l’entend parfois, mais l’humidité y est permanente. Au XIXe siècle, la ville veut mieux : une vraie prison moderne.

Les années 1860 : la nouvelle prison de la ville neuve

En juin 1861, la ville veut remplacer ses vieilles prisons par un établissement pénitentiaire moderne. Deux projets sont présentés. Le 4 mars 1862, c’est celui de l’architecte Charvet qui est choisi : une prison pour une centaine de détenus.

Le chantier commence au printemps 1862, sur un terrain cédé gratuitement par les frères Salomon. La pierre vient de toute la région : Faverges, Seyssel, Annecy, Cessens, Bonneville, Talloires.

La nouvelle maison d’arrêt se dresse rue Guillaume-Fichet, à côté de l’actuelle rue Sommeiller, à environ 600 mètres à vol d’oiseau du Palais de l’Isle. Les prisonniers y sont transférés au milieu des années 1860 : Haute-Savoie Tourisme donne l’année 1864, un historique local le 1er juillet 1865 pour l’arrivée des premiers détenus. Le Palais de l’Isle perd alors sa fonction de prison principale.

Le vieux bâtiment connaît ensuite une vie inattendue : asile de vieillards de 1865 à 1880, projet de démolition pour y installer des bains, finalement abandonné, puis classement aux monuments historiques en 1900. On raconte cette histoire en détail dans notre article sur le Palais de l’Isle.

1944 : quand la Milice rouvre les prisons

La Seconde Guerre mondiale redonne aux lieux d’enfermement d’Annecy un rôle très sombre. D’après la Ville d’Annecy, la Milice ouvre treize prisons dans la ville. Parmi elles : la prison départementale, les Vieilles Prisons du Palais de l’Isle, le château, la villa des Marquisats, l’école Saint-François et le camp de Novel.

Le 13 mars 1944, une rafle est menée sur ordre de la Milice. Cent sept personnes sont arrêtées et « parquées » sur le France, le bateau à roues du lac, avant d’être interrogées à l’Intendance.

À la Libération, en août 1944, ce sont les soldats allemands qui sont faits prisonniers par les résistants. Les récits d’évasion liés au Palais de l’Isle, eux, ont leur propre histoire : on les retrouve dans notre article sur les évasions du Palais de l’Isle.

Trois histoires que peu de visiteurs connaissent

Un procès de sorcellerie au bord du lac

En 1477, une procédure contre de prétendus sorciers est menée à Saint-Jorioz, sur la rive ouest du lac. L’abbé Joseph-Marie Lavanchy en a publié les pièces au XIXe siècle sous le titre Sabbats ou synagogues sur les bords du lac d’Annecy. On y revient dans notre article sur les procès de sorcellerie.

La corde plutôt que la guillotine

Entre 1815 et 1860, la Savoie appartient de nouveau au royaume de Piémont-Sardaigne. Comme le rappelle le site d’histoire Histoires de bourreaux, la justice sarde n’utilise pas la guillotine, associée à la Révolution française : les condamnés à mort sont pendus. Tout change de nouveau en 1860, avec le rattachement de la Savoie à la France.

Un palais de justice sur l’emplacement de la prison

La prison des années 1860 sert pendant plus de cent ans. Elle a aujourd’hui complètement disparu. À sa place se trouvent le palais de justice d’Annecy, au 51 rue Sommeiller, et son parking.

Le bâtiment est l’œuvre de l’architecte savoyard Maurice Novarina. Dessiné au milieu des années 1970, il est construit en 1977-1978 : une architecture vitrée, bien loin des façades à colonnes de nombreux palais de justice plus anciens. Passer devant, c’est marcher sur l’ancienne prison de la ville.

Ce que l’on peut encore voir des prisons et tribunaux

  • Les cachots du Palais de l’Isle. Ils se visitent avec le Palais. C’est le seul endroit où l’on peut entrer dans une ancienne prison d’Annecy.
  • Les fenêtres grillagées. Depuis les quais et les ponts autour du Palais, regardez les petites ouvertures barrées de fer du rez-de-chaussée, juste au-dessus de l’eau. Comparez-les aux fenêtres des étages.
  • La cour intérieure. Petite, fermée, avec sa tour : on comprend vite comment on surveillait un lieu pareil.
  • Le palais de justice de la rue Sommeiller. Il ne se visite pas comme un monument, mais on peut le regarder de l’extérieur en pensant à ce qui se trouvait là.

Le parcours de la justice à Annecy

  1. Le Palais de l’Isle : visite des cachots et de la cour, puis tour du bâtiment par les quais pour repérer les grilles.
  2. Le château : il domine la Vieille Ville, et il a lui aussi servi de lieu d’enfermement en 1944.
  3. La rue Sommeiller : le palais de justice de Novarina, à l’emplacement de la prison des années 1860.

Vous préférez qu’on vous raconte la Vieille Ville en marchant ? Des visites guidées se réservent en ligne.

À savoir avant de visiter les anciennes prisons

  • Prix moyen : la visite du Palais de l’Isle est payante, avec un petit droit d’entrée (4 € pour un adulte en 2025, 5 € en juillet et août). Gratuit pour les moins de 12 ans accompagnés d’un adulte.
  • Horaires : du 1er juin au 30 septembre, tous les jours de 10 h 30 à 13 h et de 14 h à 18 h. Du 1er octobre au 31 mai, tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Fermé certains jours fériés.
  • Meilleure période : toute l’année. Hors saison, le Palais est bien plus calme.
  • Avec enfants ? : oui. Les cachots marquent les esprits, et l’histoire des prisonniers se raconte bien.
  • Toilettes ? : toilettes publiques au parking de l’Hôtel de Ville, tout près.
  • Parking ? : la Vieille Ville est piétonne. Le plus simple est de se garer dans un parking du centre, comme celui de l’Hôtel de Ville, puis de finir à pied.

Depuis Annecy : Au cœur de la Vieille Ville, à pied.

Itinéraire depuis AnnecyDepuis ma position

Est-ce que ça vaut le coup ?

  • Pour les enfants ? Oui. Une prison sur une île, au milieu d’une rivière : c’est une histoire qui parle tout de suite.
  • Avec une poussette ? Sur les quais, oui. Pour le bâtiment ancien, renseignez-vous à l’accueil.
  • Combien ça coûte ? Quelques euros pour le Palais. Le reste du parcours est gratuit.
  • Quel est le meilleur moment ? À l’ouverture, avant l’arrivée des groupes autour du Palais.
  • Y a-t-il beaucoup de monde ? Oui en été autour du Palais de l’Isle. La rue Sommeiller, elle, est une rue de la ville neuve, sans foule touristique.
  • Et si c’est plein ? Faites d’abord le tour extérieur par les quais pour repérer les grilles, et revenez visiter les cachots plus tard dans la journée.

Une demi-journée sur les traces des prisons d’Annecy

  • Le matin : visite du Palais de l’Isle à l’ouverture. Descendez aux cachots, puis faites le tour du bâtiment par les quais.
  • Le midi : restez au bord de l’eau. Passage de l’Évêché, à deux pas, La Table du Thiou sert une tartiflette très appréciée de ses clients, pour 20 à 30 € par personne.
  • L’après-midi : montez au château, puis traversez vers la ville neuve et la rue Sommeiller.
  • Plan B en cas de pluie : la visite du Palais de l’Isle se fait en grande partie à l’abri. Le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet replace ces lieux dans l’histoire de la ville.
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Mon conseil AnnecyPocket : avant d’entrer dans le Palais de l’Isle, faites-en le tour par les quais et cherchez les fenêtres grillagées au ras de l’eau. Puis entrez visiter les cachots qu’elles fermaient. Le décor de carte postale redevient alors ce qu’il a été pendant plus de cinq siècles : une prison.

Selon votre profil

  • En famille : trois missions. Compter les fenêtres à barreaux depuis les quais. Trouver la tour dans la cour intérieure. Deviner combien de prisonniers il y avait en 1794.
  • En couple : le Palais de l’Isle à l’ouverture, un déjeuner au bord du Thiou, puis la balade jusqu’au château.
  • Pour les passionnés d’histoire : cherchez l’étude de Laurent Perrillat sur les lieux de justice d’Annecy sous l’Ancien Régime, publiée dans les Cahiers des mardis du Vieil Annecy, puis refaites le parcours avec ses dates en tête : 1325, fin du XVIe siècle, 1794, 1862, 1944, 1978.

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Questions fréquentes des voyageurs

Le Palais de l’Isle a-t-il été construit pour être une prison ?

Non. C’est d’abord une maison forte du XIIe siècle. Mais il sert de prison très tôt : dès 1325, les comptes mentionnent des prisonniers sur l’île.

Pourquoi l’appelle-t-on « Palais » ?

Parce qu’il accueille le tribunal à partir de la fin du XVIe siècle. On l’appelle alors le « Palais de justice de l’Isle ».

Jusqu’à quand le Palais de l’Isle a-t-il servi de prison ?

Jusqu’au milieu des années 1860, quand les détenus sont transférés dans une nouvelle maison d’arrêt. Une partie du rez-de-chaussée sert encore de « violon » municipal, une cellule pour la nuit, jusqu’en 1955.

Peut-on visiter les cachots du Palais de l’Isle ?

Oui. Ils font partie de la visite du Palais de l’Isle, ouverte toute l’année, avec un petit droit d’entrée et la gratuité pour les moins de 12 ans accompagnés.

Où se trouvait la prison d’Annecy au XIXe siècle ?

Dans la ville neuve, à l’emplacement de l’actuel palais de justice de la rue Sommeiller. Construite au début des années 1860, elle a servi plus de cent ans avant d’être démolie.

Pour aller plus loin

Conclusion

Les prisons et tribunaux d’Annecy racontent une ville qui a longtemps gardé sa justice au milieu de l’eau, sur une île facile à surveiller. Au XIXe siècle, la prison part vers la ville neuve ; à la fin du XXe, le palais de justice de verre prend sa place. La prochaine fois que vous photographierez le Palais de l’Isle, cherchez ses grilles au ras du Thiou.

Vous avez une photo ancienne de la prison de la rue Sommeiller ou du Palais de l’Isle ? Écrivez-nous depuis la page contact.

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