


En un coup d’œil
| À voir aujourd’hui | Le puits Saint-Jean · la plaque de cocher de la route de Genève · les façades aux cadres peints |
|---|---|
| À faire | Balade libre et gratuite, environ 600 mètres à plat · lèche-vitrine · pause fromage au 47 |
| L’histoire en une phrase | L’ancienne rue du faubourg du Bœuf, hors des murs, devenue la grande rue commerçante d’Annecy |
| L’expérience | Remonter, en huit minutes, de la Vieille Ville vers la route de Genève |
| Pour qui | Curieux d’histoire, amateurs de shopping, familles, couples |
La rue Carnot, à Annecy, tout le monde la connaît. C’est la rue des boutiques, celle qu’on remonte du puits Saint-Jean vers le centre Courier, les yeux sur les vitrines.
Mais elle n’a pas toujours porté ce nom. Avant, c’était la rue du faubourg du Bœuf, un quartier hors des murs de la ville. En 1757, on s’y bousculait pour entendre un esprit qui frappait dans la boutique d’un cordonnier. Et le président de la République dont elle porte le nom a vécu et travaillé à Annecy.
On vous emmène la lire autrement, de la margelle du puits jusqu’à la route de Genève.
Dans cet article
La rue Carnot, c’est quoi exactement ?
La rue Carnot est la grande rue commerçante du centre d’Annecy. Elle part du carrefour du puits Saint-Jean, à l’entrée de la Vieille Ville, là où se croisent aussi les rues Royale, Notre-Dame et du Pâquier. Puis elle file vers le nord jusqu’à l’avenue de Genève.
Comptez environ 600 mètres et 8 minutes à pied, tout à plat, selon Google Maps.
Elle change de visage en chemin. La première partie est pavée et piétonne. Ensuite, le sol devient lisse, toujours réservé aux piétons, avec des livraisons le matin. Le dernier tronçon, vers l’avenue de Genève, est réservé aux bus et aux vélos.
Avant Carnot, le faubourg du Bœuf
Pendant des siècles, cette rue s’appelle la rue de Bœuf. Le quartier qu’elle traverse, c’est le faubourg du Bœuf.
Un faubourg, c’est un quartier construit hors des murs. Annecy vivait alors serrée dans ses remparts, autour du château et du Thiou. On en sortait par des portes. Celle-ci, la porte de Bœuf, ouvrait la ville vers le nord. Selon une chronologie locale, elle est démolie en 1825. On raconte le sort de toutes ces entrées dans notre article sur les anciennes portes de la ville.
Et pourquoi « du Bœuf » ? On aimerait vous parler d’abattoirs ou de marchés aux bestiaux. Mais aucune source fiable ne l’explique. Le nom reste une énigme, et c’est plus honnête de le dire.
Ce qui se voit encore : le nom a disparu des plaques, mais pas des archives. Une photo prise le 16 mai 1889 par Charles Küss, conservée aux Archives nationales, porte cette légende écrite à la main : « Maison Carnot et entrée du faubourg de Bœuf ». Une route de terre, un mur de pierres, une grande maison carrée : on est loin de la rue des boutiques.
Au départ de la rue, le puits Saint-Jean a sa propre histoire, avec sa margelle de 1689 partie à Sévrier puis revenue en 1976. On la raconte en détail dans notre article sur la rue Royale.
1757 : l’esprit follet du cordonnier
Voici une histoire oubliée.
En 1757, dans le faubourg du Bœuf, un maître cordonnier, Jean Sioz, surnommé « Thoulouse », loue une boutique. Et dans cette boutique, il se passe des choses étranges. Des bruits que personne n’arrive à expliquer.
La rumeur court. L’inventaire des archives résume la scène d’une phrase : « Tout Annecy afflue dans la boutique d’un pauvre cordonnier du faubourg du Bœuf ». On parle de démons, de revenants. Un jeune garçon de la maison semble possédé. L’avocat fiscal de la province, chargé de l’accusation, écrit au juge que cela cause « un vray scandale et tumulte ». Le cordonnier finit par quitter son atelier et son logement.
La justice s’en mêle. Pas pour chasser un fantôme, mais pour calmer l’agitation. Le cordonnier, son beau-fils de 10 ans et le vicaire d’Annecy font leur déposition. Un an plus tard, l’avocat fiscal reprend le dossier avec une autre question : et si c’était une supercherie ? Le garçon accuse un homme surnommé « le Bossu », originaire de Sallanches, de l’avoir poussé, par des menaces, à « jouer l’esprit follet ». Le Bossu est mis en prison.
Le dossier est classé comme une affaire de « séduction faite en la personne d’un enfant », c’est-à-dire d’enfant manipulé. À la fin, l’avocat fiscal général, qui tenait le rôle du ministère public, demande la relaxe.
Pourquoi est-elle si peu connue ? Parce qu’elle dort dans les archives : le procès est conservé aux Archives départementales de la Savoie, et c’est une étude de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie qui l’a sortie de l’oubli. Pour comprendre comment fonctionnaient ces tribunaux, lisez notre article sur l’ancienne justice savoyarde.
La source ne dit pas dans quelle maison tout s’est passé. Seulement : le faubourg du Bœuf. Autrement dit, quelque part le long de la rue Carnot.
Pourquoi « Carnot » ?
Le nom honore Sadi Carnot, président de la République de 1887 à 1894. Mais à Annecy, Carnot n’est pas qu’un nom de président.
En 1864, quatre ans après le rattachement de la Savoie à la France, l’État envoie à Annecy un jeune ingénieur des Ponts et Chaussées : Sadi Carnot. C’est lui qui conçoit les vannes du Thiou, le système qui règle la sortie des eaux du lac. On raconte son travail dans l’histoire des canaux.
Il devient président de la République en 1887. Le 24 juin 1894, il est assassiné à Lyon. Selon la base « À nos grands hommes » du musée d’Orsay, une plaque est posée à Annecy dès le 17 août 1894 sur la maison qu’il avait habitée.
Et la photo de 1889 ? Sa légende parle d’une « maison Carnot », à l’entrée du faubourg du Bœuf. Était-ce la maison de l’ingénieur ? La légende ne le dit pas. La date exacte à laquelle la rue de Bœuf est devenue la rue Carnot reste, elle aussi, à préciser.
La route de Genève, écrite sur un mur
Voici le détail qu’on rate en regardant les vitrines. À l’entrée de la rue, côté puits Saint-Jean, au-dessus de la plaque bleue « Rue Carnot », levez les yeux : une vieille plaque en relief indique « Rte Natle N° 201 », puis Brogny 4 km, La Caille 14,6 km, Cruseilles 17,8 km, Saint-Julien 33,5 km et Genève 41,8 km. Sur la plaque, c’est écrit « 41 k 8 h » : k pour kilomètres, h pour hectomètres.
C’est une plaque de cocher : un panneau routier d’avant les panneaux routiers, posé pour les voitures à cheval. Elle dit tout de la rue Carnot. L’ancienne sortie nord de la ville était aussi la route de Genève. D’ailleurs, la rue se termine aujourd’hui… avenue de Genève.
Du faubourg à la rue des boutiques
Le faubourg a changé de rôle. Les murs sont tombés, la ville a poussé vers le nord, et la rue de sortie est devenue une rue où l’on vient faire ses courses.
Les Annéciens ont leurs repères. Selon le site Annecy-ville, La Brioche Chaude, une boulangerie-pâtisserie ouverte rue Carnot au tout début de 1980, a régalé des générations d’écoliers à la sortie des classes, avec des brioches servies chaudes et une odeur qui remplissait la rue. Elle a fermé en 2017, après près de 38 ans ; une bijouterie a pris sa place.
En mars 2001, le centre commercial Courier ouvre au 65 rue Carnot. La rue relie désormais la Vieille Ville à ce grand ensemble de boutiques.
Ce qui se voit encore : levez les yeux au-dessus des vitrines. Les premières maisons, côté puits, ont encore des arcades, comme dans la Vieille Ville. Plus haut, plusieurs façades sont décorées de cadres peints autour des fenêtres, roses, verts ou ocre. À hauteur d’yeux, c’est une rue d’aujourd’hui ; au-dessus, c’est encore une rue d’autrefois.
Lire la rue Carnot en 5 arrêts
Partez du puits et remontez vers le nord, comme la vieille route de Genève.
- Le puits Saint-Jean : la margelle de 1689, au carrefour.
- L’angle de la rue du Pâquier : la plaque de cocher de la route n° 201, au-dessus de la plaque « Rue Carnot », et les arcades.
- Les façades peintes : levez la tête sur les cadres décoratifs autour des fenêtres.
- Le n° 47, la Fromagerie Pierre Gay : une maison installée là depuis 1935.
- Le n° 65, le centre Courier, puis le bout de la rue et l’avenue de Genève : la sortie de l’ancien faubourg.
Vous préférez qu’on vous raconte la ville en marchant ? Des visites guidées de la Vieille Ville se réservent en ligne.
À savoir avant de flâner rue Carnot
- Prix moyen : gratuit, accès libre toute l’année.
- Durée : environ 600 mètres, 8 minutes à pied. Comptez davantage pour les arrêts et les vitrines.
- Meilleure période : toute l’année.
- Niveau physique : facile, tout est plat.
- Avec enfants ? : oui. La plaque de cocher et ses distances font une bonne énigme : « combien de kilomètres jusqu’à Genève ? »
- PMR et poussette : l’itinéraire est plat. La première partie est pavée, la suite est lisse.
- Chien accepté ? : oui dans la rue, voie publique. En boutique, demandez.
- Toilettes ? : toilettes publiques au 7 avenue de Brogny, près du bout nord de la rue, et au jardin de l’Évêché, rue Royale, près du puits.
- Parking ? : le parking couvert du centre Courier, rue Paul-Cézanne. Le plus simple reste de venir à pied depuis la gare : 6 minutes et 450 mètres jusqu’à la rue Carnot, selon Google Maps.
Vous arrivez en train avec vos bagages ? Une consigne près de la gare vous permet de faire la balade les mains libres.
Voir les consignes à bagagesDepuis Annecy : 6 minutes à pied depuis la gare, 450 m, itinéraire plat.
Est-ce que ça vaut le coup ?
- Pour les enfants ? Oui, en chasse aux détails : la plaque de cocher, les arcades, les cadres peints.
- Avec une poussette ? Oui, c’est plat. Sur les pavés du début, ça secoue un peu plus.
- Combien ça coûte ? Rien. Seules les visites guidées sont payantes.
- Quel est le meilleur moment ? Le matin, avant l’affluence des boutiques, pour lever les yeux sur les façades tranquillement.
- Y a-t-il beaucoup de monde ? C’est la grande rue commerçante d’Annecy : elle est animée aux heures d’ouverture des boutiques.
- Et si c’est plein ? Faites la balade dans l’autre sens, depuis l’avenue de Genève, et gardez le puits pour la fin. Ou prenez la rue Royale, qui part du même puits.
Une matinée rue Carnot
- Le matin : arrivez à pied depuis la gare. Commencez par le puits Saint-Jean et la plaque de cocher, puis remontez les 5 arrêts.
- Le midi : arrêtez-vous au 47, à la Fromagerie Pierre Gay. La maison est installée rue Carnot depuis 1935 ; Pierre Gay a été sacré Meilleur Ouvrier de France en 2011. Notée 4,7/5 sur plus de 500 avis, elle ouvre dès 8 h certains jours selon sa fiche ; les clients citent surtout les conseils des vendeurs et l’affinage. De quoi composer un plateau pour un pique-nique au bord du lac.
- L’après-midi : redescendez vers le puits et prenez la rue du Pâquier jusqu’au Pâquier, la grande pelouse au bord du lac.
- Plan B en cas de pluie : le centre Courier est couvert. Pour prolonger le soir, l’Histoire d’Annecy de l’historien Paul Guichonnet raconte toute l’évolution de la ville, faubourgs compris.
Mon conseil AnnecyPocket : ne commencez pas par les vitrines. Arrêtez-vous à l’angle de la rue du Pâquier, levez les yeux sur la plaque de cocher, et lisez « Genève 41 k 8 h », soit 41,8 km. Puis remontez la rue en pensant que vous êtes sur l’ancienne route de Genève, à travers l’ancien faubourg du Bœuf. La rue Carnot ne sera plus jamais une simple rue de boutiques.
Selon votre profil
- En famille : donnez une mission aux enfants : trouver la plaque de cocher, lire la distance jusqu’à Genève, puis compter les façades aux cadres peints. La première partie est sans voitures.
- En couple : venez un matin, composez un plateau à la Fromagerie Pierre Gay, puis filez pique-niquer au Pâquier par la rue du Pâquier.
- Pour les passionnés d’histoire : racontez l’esprit follet de 1757 sur place, puis enchaînez avec la rue Royale et le puits Saint-Jean : deux rues, deux sorties de la ville.
À proximité
- FromagerieFromagerie Pierre Gay47 rue Carnot
- À voirPuits Saint-Jeandépart de la rue
- Plan B pluieCentre commercial Courier65 rue Carnot
- Plan B pluiePalais de l'Islewp:108
- HébergementImpérial PalaceAnnecy, à 1,5 km à vol d’oiseau
Dormir près de la rue Carnot
Carte proposée par Stay22 : en l’ouvrant, vous chargez ce service, qui peut déposer des cookies. Réservation sur le site du partenaire ; AnnecyPocket peut toucher une commission, sans surcoût pour vous.
Questions fréquentes des voyageurs
Pourquoi la rue Carnot d’Annecy s’appelle-t-elle ainsi ?
Elle porte le nom de Sadi Carnot, ingénieur des Ponts et Chaussées à Annecy à partir de 1864, puis président de la République assassiné en 1894. Avant, c’était la rue de Bœuf, la rue du faubourg du Bœuf.
La rue Carnot est-elle piétonne ?
Oui, sur la plus grande partie, côté puits Saint-Jean. Le dernier tronçon, vers l’avenue de Genève, est réservé aux bus et aux vélos.
Qu’est-ce que l’esprit follet de la rue Carnot ?
En 1757, des bruits inexpliqués dans la boutique d’un cordonnier du faubourg du Bœuf attirent la foule. L’enquête conclut à une supercherie : un enfant aurait été poussé à « jouer l’esprit follet ».
Combien de temps faut-il pour parcourir la rue Carnot ?
Environ 8 minutes à pied pour ses 600 mètres, tout à plat. Prévoyez davantage pour les arrêts et les boutiques.
Que voir rue Carnot à Annecy ?
Le puits Saint-Jean au départ, la plaque de cocher de la route de Genève à l’angle de la rue du Pâquier et les façades aux cadres peints. Au n° 47, la Fromagerie Pierre Gay est installée depuis 1935.
Pour aller plus loin
- Dans le même esprit : La rue Sainte-Claire
- Autour de la rue Carnot : Le Pâquier
- Alternative : Les passages méconnus d’Annecy
- Toute la rubrique : La Vieille Ville
Conclusion
La rue Carnot à Annecy n’est pas qu’une rue de boutiques. C’est l’ancienne rue du faubourg du Bœuf, la vieille route de Genève, la rue d’un esprit follet qui a fait courir toute la ville en 1757, et celle d’un président qui avait été ingénieur ici. La prochaine fois, levez les yeux sur la plaque de cocher avant de regarder les vitrines.
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